![]() Le choix d'Encarta
Consultez les ouvrages concernant République, IIe et sélectionnés par l'équipe éditoriale d'Encarta Recherche Encarta
Rechercher dans Encarta des informations sur République, IIe |
Résultats avec Windows Live® Search
Résultats avec Windows Live® Search République, IIeArticle
Plan de l'article
Présentation ; L’illusion lyrique ou l’échec d’une république romantique ; La République bourgeoise et modérée ; La marche vers l’Empire ; La mémoire et le legs de la IIe République
République, IIe, régime politique de la France du 25 février 1848 au 2 décembre 1852. Souvent comparée à la Révolution française, dont elle serait en quelque sorte un condensé au xixe siècle, la IIe République a fait, en effet, chuter une monarchie (la monarchie de Juillet) et préparé un empire (le Second Empire). Elle a été immédiatement un objet d’études prisé, notamment pour Alexis de Tocqueville, dans ses Souvenirs, et Karl Marx, dans les Luttes des classes en France (1848-1850). Victor Hugo et Gustave Flaubert en tirent trois grandes descriptions littéraires, respectivement dans les Châtiments, Souvenirs personnels, 1848-1850 et dans l’Éducation sentimentale. La IIe République comprend trois principales phases. La première enveloppe la période révolutionnaire, de l’insurrection de février à la crise de juin 1848. La deuxième correspond au temps de la République bourgeoise et modérée, dont l’histoire est interrompue par le coup d’État napoléonien de 1851. Enfin, les derniers mois de la IIe République ouvrent la voie au Second Empire, institué fin 1852.
La crise politique menant à l’insurrection révolutionnaire des 22-25 février 1848 se développe sur l’humus d’un malaise économique et social qui mine la monarchie de Juillet depuis le début des années 1840 (voir Révolution française de février 1848). La crise de subsistance des années 1845-1846 — la dernière en date, en France —, avec ses récoltes déficitaires, son augmentation des prix et ses émeutes rurales et ouvrières, plonge le pays dans une intense confusion sociale. En dépit de la bonne récolte de 1847, le retour à la stabilité tarde. Les masses et une partie importante de la petite et moyenne bourgeoisie se rapprochent alors d’un idéal républicain en rupture avec la monarchie. Le mécontentement politique qui s’ensuit s’exprime dans la « campagne des Banquets » (juillet 1847-février 1848). Celle-ci réunit l’opposition au régime de Louis-Philippe autour d’un thème clef : la réforme électorale, synonyme d’une meilleure représentativité des élus et d’une démocratisation de la vie politique. Au cours de banquets (substituts des réunions interdites), les toasts qu’on porte à la réforme électorale, au suffrage universel et à la République suppléent alors les discours politiques prohibés. La Révolution elle-même a pour cause immédiate une manifestation de protestation contre l’interdiction du dernier banquet, prévu le 22 février 1848, afin de protester contre le refus du ministère Guizot d’avaliser une réforme électorale. Le 14 février, François Guizot interdit le banquet à venir. Le 21, craignant d’être débordés par un large mouvement de protestation populaire, ses organisateurs tentent de l’annuler. Mais il est trop tard. Du 22 au 25 février, le peuple parisien prend le pouvoir. Le 24, le roi Louis-Philippe abdique et un gouvernement provisoire est immédiatement formé.
Le gouvernement provisoire naît d’une négociation entre deux organisations politiques constituées le 25 février 1848 : l’une au Palais-Bourbon, modérée, composée de députés républicains non socialistes ; l’autre à l’Hôtel de ville, républicaine, formée de personnalités civiles. Les onze membres du gouvernement provisoire reflètent cette hétérogénéité : du côté du National d’Armand Marrast (lui-même membre du gouvernement), les anciens députés Lamartine, Ledru-Rollin, Dupont de l’Eure, François Arago, Adolphe Crémieux, Marie, Garnier-Pagès ; du côté de la Réforme de Ferdinand Flocon (également membre du gouvernement), le théoricien socialiste Louis Blanc et l’« ouvrier » Albert. En dépit des espoirs du peuple insurgé, cette faible représentation socialiste prouve que le gouvernement est d’emblée dominé par des hommes de pouvoir acquis à un changement plus réformateur que révolutionnaire. En somme, si l’hétérogène unanimité du groupe l’emporte symboliquement (un « chef d’État à onze têtes » selon les termes de l’historien Maurice Agulhon), les hommes de la gauche républicaine n’y sont pas en position de force. La composition du gouvernement provisoire ne présuppose donc pas un désir de rupture révolutionnaire, évidence confortée par la combinaison du ministère façonné par le gouvernement : Louis Blanc et Albert n’y disposent d’aucun maroquin ; en revanche, les postes clefs sont contrôlés par les anciens députés (Lamartine aux Affaires étrangères et chef du gouvernement, Ledru-Rollin à l’Intérieur). En outre, des ministres modérés ne siégeant pas au gouvernement sont appelés en renfort : Sadi Carnot à l’Instruction publique, Bethmont au Commerce, le général Bedeau à la Guerre, le colonel Charras et Victor Schoelcher respectivement secrétaires d’État à la Guerre et à la Marine.
Si les décisions du gouvernement introduisent une rupture politique avec la monarchie de Juillet, le maintien du drapeau tricolore contre le drapeau rouge (ayant les préférences du peuple insurgé) souligne de manière emblématique l’ancrage modéré de l’action entreprise. Néanmoins, plusieurs décisions symboliques touchent aux thèmes de la dignité humaine et de la liberté du peuple. À l’instigation de Victor Schoelcher, l’abolition de l’esclavage est décrétée le 4 mars 1848. Sur un autre plan, le recrutement de la Garde nationale se démocratise (17 mars). Plusieurs décrets et principes rapidement édictés illustrent la volonté subséquente de démocratiser le débat et la vie politiques. Le 25 février, la peine de mort pour délit politique est abrogée. Le 2 mars, le principe du suffrage universel est adopté, offrant une réponse forte au peuple qui aspire depuis longtemps à une réforme électorale démocratique. Le 4 mars, la liberté totale de la presse et de réunion est adoptée. Le lendemain, un décret organise les futures élections à la Constituante. À ces mesures s’ajoutent des événements témoignant d’une rapide libéralisation de la vie publique : démis en janvier, Jules Michelet est réintégré au Collège de France en février ; Karl Marx, exilé, rentre à Paris courant mars. En matière économique, le gouvernement s’affronte à la crise et à l’inquiétude des entrepreneurs qui hésitent à reprendre l’activité devant le risque d’émeutes. Pour relancer la circulation monétaire et l’activité économique, des coupures de 100 francs au cours forcé sont émises. Pour soutenir le Trésor Public et nourrir le portefeuille gouvernemental, l’impôt des « 45 centimes » est institué. À la charnière de l’économie et du social, le gouvernement doit résoudre avec célérité la question du chômage endémique, car celui-ci porte en germes d’éventuels désordres populaires. Pour des raisons identiques, il doit légiférer sur le droit et sur les conditions du travail. Après la proclamation préliminaire du « droit au travail » (25 février 1848) et la réduction du temps de travail de 11 à 10 heures (2 mars), l’organisation des Ateliers nationaux (6 mars) se fait sous l’égide de Marie, ministre des Travaux publics. Ces Ateliers nationaux offrent du travail aux chômeurs, limitant ainsi les effets de la crise, tout en retenant les élans critiques d’un prolétariat urbain miséreux, susceptible d’adhérer aux clubs de gauche et de participer à quelque soulèvement. Le gouvernement est, en effet, échaudé dès le 28 février 1848 par une manifestation revendiquant la création d’un ministère du Travail.
|
© 2008 Microsoft
![]() ![]() |