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Resnais, Alain (1922- ), réalisateur et scénariste de cinéma français. La filmographie d’Alain Resnais repose sur une volonté permanente d’expérimenter et de surprendre. Embrassant tous les arts (peinture, théâtre et musique notamment), elle témoigne d’une simplicité et d’une maîtrise formelles qui parviennent à séduire un large public.
Né à Vannes (Morbihan), Alain Resnais s’intéresse très jeune à la littérature populaire (Harry Dickson, Fantômas, etc.) et à la bande dessinée (Terry et les Pirates, Mandrake, Dick Tracy), passions qu’il a conservées et dont on retrouve la trace dans plusieurs de ses œuvres. La musique et le théâtre le fascinent également, mais c’est le cinéma qui l’attire le plus. Adolescent, il achète une caméra 8 mm et réalise de petits films, dont un Fantômas (1935). Installé à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, Alain Resnais songe à devenir comédien et suit les cours de plusieurs écoles d’art dramatique. Passionné par le surréalisme, par les œuvres de Sacha Guitry et celles de Jean Cocteau, comme par les grands textes de la littérature classique, il s’intéresse également à la peinture et, après avoir tenté un film d’inspiration surréaliste, Schéma d'une identification (1946), il tourne une série documentaire sur ce thème avec Visite à Oscar Dominguez (1947), Visite à Lucien Coutaud (1947), Visite à Félix Labisse (1947), Visite à Hans Hartung (1947), Portrait d’Henri Goetz (1947) et Visite à Max Ernst (1947).
Monteur et auteur de courts métrages régulièrement sollicité, Alain Resnais réalise des œuvres de commande, comme la Bague (1947), mimodrame de Marcel Marceau, l’Alcool tue (1947), film de mise en garde contre l’alcoolisme, Transfo transforme l’énergie du Pyrium (1947), le Lait Nestlé (1947), Châteaux de France (1948) et Versailles (1948). Il réalise également Malfray (1948), le portrait d’un sculpteur — pour le compte d’un collectionneur —, puis Van Gogh (1948) et Paul Gauguin (1950), produits par Pierre Braunberger, qui attirent l’attention de la critique sur son travail. Il est salué pour Guernica (1950), mais connaît des problèmes de censure à cause d’un pamphlet anticolonialiste, écrit et réalisé avec Chris Marker, Les statues meurent aussi (1953). Malgré cette censure de 1953 à 1963, le film reçoit le prix Jean-Vigo en 1954. Alain Resnais obtient à nouveau le prix Jean-Vigo en 1956 avec Nuit et Brouillard (1955), un essai documentaire sur les camps de concentration, dont le texte est écrit par l’ancien déporté Jean Cayrol et la musique signée par Hanns Eisler. Ce film est resté un classique du cinéma documentaire et, jusqu’à Shoah (1985) de Claude Lanzmann, le seul film ambitieux consacré à la Shoah. Alain Resnais tourne ensuite une étude sur la Bibliothèque nationale, Toute la mémoire du monde (1956), puis il participe au Mystère de l’atelier quinze (1957) d’André Heinrich. Il signe aussi un film sur la fabrication du plastique, le Chant du Styrène (1958), écrit et commenté par Raymond Queneau. À travers ces courts métrages et ces documentaires se précise déjà l’écriture cinématographique d’Alain Resnais : lenteur des travellings, plans fixes au cadre impeccable et dialogue entre la voix et la musique.
Le premier long métrage d’Alain Resnais, Hiroshima mon amour (1959), écrit par Marguerite Duras, le rapproche de la Nouvelle Vague, mais son rapport à la modernité, ses jeux sur la temporalité, la mémoire et le secret, lui valent aussi le soutien d’intellectuels qui apprécient d’ordinaire peu le cinéma. Avec l'Année dernière à Marienbad (1961), œuvre expérimentale co-écrite avec Alain Robbe-Grillet, il obtient le lion d’or au festival de Venise. Il continue ses recherches sur la mémoire et la quête du temps perdu avec Muriel ou le temps d'un retour (1963), écrit par Jean Cayrol, qui dénonce la torture en Algérie, mais dont l’audace déconcerte le public et la critique. Trois ans plus tard, il porte à l’écran un scénario de Jorge Semprún sur la résistance antifranquiste en Espagne, La guerre est finie (1966), avec Yves Montand en militant désabusé. Homme de gauche et intellectuel lucide, Alain Resnais participe au film Loin du Viêt Nam (1967) avant d’approfondir encore le thème de la mémoire avec un film d’anticipation insolite, écrit par Jacques Sternberg et interprété par Claude Rich, Je t’aime, je t’aime (1968). Il part ensuite aux États-Unis, où il ne parvient pas à monter les projets qui lui tiennent à cœur, dont le plus ancien, les Aventures de Harry Dickson, d’après les fascicules populaires de l’écrivain belge Jean Ray.
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