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Pagliacci [Ruggero Leoncavallo]

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Leoncavallo, PagliacciLeoncavallo, Pagliacci
Plan de l'article
1

Présentation

Pagliacci [Ruggero Leoncavallo] (Paillasse), drame en un prologue et deux actes de Ruggero Leoncavallo, sur un livret du compositeur d'après un fait divers, créé le 21 mai 1892 au Teatro Dal Verme de Milan.

Pagliacci, premier ouvrage lyrique représenté de Ruggero Leoncavallo, remporte dès sa création un immense succès, et il est rapidement traduit dans d'innombrables langues (y compris l'hébreu et le serbo-croate), ce qui montre l'universalité de la question des apparences. Cette œuvre courte et remarquablement efficace à la scène, servie par les plus grands ténors du XXe siècle, en particulier Enrico Caruso, Fernando De Lucia, Giovanni Martinelli ou Beniamino Gigli, est fréquemment associée à Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni (1890).

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Théâtre dans le théâtre

Le bref prologue situe d'emblée l'intrigue dans la réalité de la fin des années 1860 — si tant est que l'on puisse parler de réalité au théâtre — et il évoque le paradoxe des acteurs devant faire bonne figure sur scène en toute circonstance.

Le premier acte présente l'arrivée d'une troupe de commedia dell'arte dans un village de Calabre le jour de l'Assomption. Les relations entre les comédiens sont tendues, en raison de l'excessive jalousie de Canio (Paillasse sur scène) envers son épouse Nedda (Colombine), gentiment courtisée par Tonio (Taddeo). Lorsque ce dernier s'aperçoit que la jeune femme projette de s'enfuir le soir même avec son amant Sylvio, un villageois, il décide de se venger et prévient Canio. Le mari arrive juste à temps pour entendre la promesse de Nedda à Sylvio : « Ce soir, bien-aimé, et pour toujours, je serai tienne. » Ivre de fureur et manquant de peu Sylvio, le mari berné chante sa célèbre diatribe « Vesti la giubba… ridi Pagliaccio ».

Le second acte montre la représentation donnée par la troupe de Canio. Pendant ce temps, profitant de l’absence de son mari Paillasse, Colombine attend Arlequin, accompagnée par un charmant menuet. Son amant lui chante une sérénade et détrousse l'entreprenant Taddeo. Il donne à Colombine une fiole de somnifère pour Paillasse. Avant qu'Arlequin ne disparaisse par la fenêtre, Colombine lui crie un tendre adieu, le même que celui qu'elle avait murmuré à Sylvio le matin même. Entendre de nouveau ces mots dans la bouche de sa femme ranime la colère de Canio, qui abandonne le personnage de Paillasse pour redevenir un mari jaloux. Il questionne et menace Nedda devant le public et la poignarde alors qu'elle tente de s'échapper. Puis il assassine Sylvio, qu’elle avait appelé à son secours, avant de proclamer, hagard : « La comédie est finie. »

3

Du vérisme avant toute chose

Après le grand succès de Cavalleria rusticana, l'éditeur Sonzogno cherche des sujets de même facture. Le projet de Leoncavallo lui agrée tout à fait. L'intrigue de Pagliacci met, certes, le théâtre en abyme, mais elle ouvre aussi sur la dévastation de l'espace scénique et de l'espace réel, illustrant parfaitement ce goût du public pour les drames concis et poignants à la fin du XIXe siècle. L'air de Canio à la fin du premier acte crée un lien entre les deux espaces en présence : celui de la vie réelle et celui du théâtre ; il retrouve ainsi la justesse et l'expression désespérée du monologue de Rigoletto (1851) à l'acte II de l'opéra de Verdi, mettant lui aussi en scène ce pitoyable personnage du bouffon qui doit amuser la galerie alors que sa vie vient de se briser.

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