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Plan de l'article
Présentation ; La révolution culturelle des années soixante ; L’importance de la drogue ; La musique rock, creuset de la contre-culture
contre-culture, ensemble des phénomènes de contestation, liés par l’affirmation commune d’un « refus de l’aliénation », nés aux États-Unis dans les années soixante, et dont la musique rock, devenue à cette époque un véritable fait de culture, a porté témoignage.
La contre-culture s’enracine dans un rejet de la société américaine des années cinquante. Une frange significative de la génération du baby boom adopte, en effet, une conscience politique nouvelle, qu’elle doit essentiellement au choc provoqué par la mort de John Fitzgerald Kennedy, aux mouvements comme le Free Speech Movement et les Civil Rights Movements — manifestations diverses pour l’intégration de la communauté noire (voir Noirs américains) — et au refus de la guerre du Viêt Nam. Au puritanisme et à l’austérité des années de reconstruction qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale succède une véritable révolution culturelle dénonçant une société jugée aliénante, répressive et étouffante. L’université de Berkeley devient un foyer de lutte contre le pouvoir : happenings, performances, concerts et shows en tout genre fleurissent sur le campus californien et font rapidement de nombreux émules. La culture occidentale et le système capitaliste sont remis en cause via un ensemble hétéroclite de références : Trotski, Mao Zedong, Nietzsche, Freud, Baudelaire, Henry Miller, Artaud et la beat generation. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs, Lawrence Ferlinghetti comptent, en effet, parmi les modèles directs de la génération hippie. Toutefois, la contre-culture américaine des années soixante donne à leurs thèmes de prédilection — spontanéité, mysticisme teinté d’orientalisme, révolte contre l’ordre établi, libération de la conscience, usage de la drogue — une ampleur tout autre.
L’usage de la drogue se répand dans les années soixante au point de faire partie intégrante de la vie des musiciens et des hippies, qui n’hésitent pas à se définir eux-mêmes comme Freaks ou Heads (« défoncés » ou « shootés »). À la marijuana — longtemps consommée par les Noirs et les Latinos-Américains seulement — succède le LSD (ou « acide lysergique diéthylamide »), qui va trouver dans la contre-culture des chantres inspirés. Le premier est un ancien professeur de l’université de Harvard, le psychologue Timothy Leary, qui, dans les colonnes de sa revue The Psychedelic Review, prétend contrôler ce nouveau moyen d’exploration de l’inconscient et propose comme devise : Turn On, Tune In, Drop Out (« branchez-vous, accordez-vous, soyez en marge »). Le second est Ken Kesey, l’auteur du roman Vol au-dessus d’un nid de coucou. En compagnie de ses Merry Pranksters (« joyeux drilles »), il appelle, sans autre forme de procès, à « s’éclater librement » (freak freely). Au cours de leurs Acid Tests, « festivités » où le LSD est distribué gratuitement, l’écrivain et ses acolytes proposent à leurs convives d’abolir toutes les formes de contrôle de la conscience ; tous les moyens sont bons pour « planer », puisque champignons hallucinogènes, amphétamines, tranquillisants et excitants figurent également parmi les substances « libératrices ». Dans tous les cas, il s’agit de refuser l’aliénation d’une « société unidimensionnelle » (selon l’expression consacrée de Herbert Marcuse) et d’élargir la conscience à une nouvelle palette de sensations et d’émotions.
Influencé par les sonorités anglaises, Bob Dylan ouvre de nouvelles voies expressives au rock, en montrant que cette musique peut être un instrument de création totale, libéré de tous les tabous et de toutes les contraintes, fussent-elles artistiques. Le révolutionnaire Jerry Rubin ne fait que radicaliser cet esprit en proclamant : « De la musique pour libérer l’esprit. De la musique pour nous unir […]. La révolution a commencé avec le rock » (Do It, 1973, Le Seuil). Désormais, les musiciens tendent vers une liberté créatrice plus importante : ils abandonnent ainsi le format commercial du 45 tours au profit de concept-albums, dont les différentes compositions forment un tout homogène au service d’un discours unique ou d’une idée directrice, et privilégient l’expérimentation sonore et l’improvisation, caractéristiques du blues et des raggas orientaux. En outre, avec les magazines International Times (à Londres), City of San Francisco Oracle (à San Francisco), Actuel (en France), la création d’une véritable presse rock — Rolling Stone en 1967, Creem en 1969 ou Rock & Folk en 1967 — et l’avènement du phénomène des radios pirates — Radio Caroline, Radio London, Radio City — et des labels indépendants aux noms particulièrement emblématiques d’une démarche nouvelle et progressiste — Island et Reaction notamment —, le rock et la contre-culture se dotent d’une véritable représentation, intellectuelle et médiatique. Enfin, le phénomène des festivals — Newport en 1963, Monterey en 1967, Woodstock en 1969 — achève de cristalliser autour du rock tous les mouvements de protestation sociale de cette époque.
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