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Ceux qui m'aiment prendront le train [Patrice Chéreau]

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Ceux qui m'aiment prendront le train [Patrice Chéreau], film français en couleurs de Patrice Chéreau, réalisé en 1998.

Le célèbre peintre Jean-Baptiste Emmerich (Jean-Louis Trintignant) est mort. Selon la volonté du défunt, sa famille, ses proches, ses amants, les amants de ses amants, ses vrais amis et ses amis prétendus, tous prennent le train gare d’Austerlitz à destination de Limoges, son lieu de naissance.

À bord du train se trouvent notamment son neveu Jean-Marie (Charles Berling) séparé de sa femme Claire (Valéria Bruni-Tedeschi) qui est enceinte de lui mais qui le lui cache, un ancien élève de Jean-Baptiste, François (Pascal Greggory), accompagné de son amant Louis (Bruno Todeschini), couple en crise que l’irruption de Bruno (Sylvain Jacques), séropositif, va séparer, et un jeune transsexuel (Vincent Pérez) sur le point de « renaître » sous le nouveau nom de Viviane. Parallèlement, le corps du défunt est transporté en voiture depuis Paris par Thierry (Roschdy Zem), un jeune dealer.

Après l’enterrement à Limoges, auquel assiste également Lucien (Jean-Louis Trintignant), le frère jumeau du défunt, tous se réunissent dans la vaste maison de famille. Déchirements, pleurs, rires et aveux marquent ces deux journées pendant lesquelles hommes et femmes seront violemment confrontés aux autres et à eux-mêmes.

Homme de théâtre et metteur en scène d’opéra, Patrice Chéreau affirme encore davantage son indépendance et sa singularité avec ce sixième long métrage, le plus original depuis l’Homme blessé (1983). C’est un film en deux volets, le premier suffocant et tout entier situé dans un train en marche, le second se déroulant dans une vaste maison de famille. Ces deux parties sont à la fois séparées et reliées par une séquence de transition et de révélation : l’enterrement du peintre Jean-Baptiste. Tournée caméra à l’épaule (Chéreau est un admirateur de Breaking the Waves de Lars von Trier, réalisé en 1996), la première partie est un maëlstrom d’attitudes et de sentiments, de postures et de mots, où chaque personnage est saisi dans sa solitude écorchée.

La seconde partie, plus apaisée, révèle les personnages à eux-mêmes, au gré de confessions, de bilans et de rencontres. Ce dispositif dramatique et cinématographique évoque celui de la Règle du jeu (1939) de Jean Renoir. Mais ce portrait de famille évoque aussi, de façon inattendue, les films de Claude Sautet et de Claude Lelouch — le soufre et la noirceur en plus. En prenant à bras le corps les relations et les situations les plus triviales, Patrice Chéreau dresse, avec ce film, un bilan saisissant de la condition humaine moderne.

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