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Liberté, Égalité, Fraternité

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Jean-Jacques RousseauJean-Jacques Rousseau
Plan de l'article
1

Présentation

Liberté, Égalité, Fraternité, en France, devise d’origine révolutionnaire qui se confond avec l’histoire de l’idée républicaine, puis avec celle de la République au point d’en devenir un des principaux symboles.

En usage entre 1793 et le Consulat, puis sous la IIe République (1848-1851), la triade constitue depuis 1871 — sauf durant les années 1940-1944 — la devise officieuse, puis officielle de la République française.

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Aux origines de la devise : l’esprit des Lumières

La maxime « Liberté, Égalité, Fraternité » puise ses origines au xviiie siècle. Au siècle des Lumières, le binôme liberté, égalité — qui apparaît sous la plume de nombreux penseurs, dont le Chevalier de Jaucourt et Rousseau — renvoie à un idéal politique qui inspire les acteurs de la Révolution. L’idée de fraternité est moins présente. Fénelon et Thomas More, comme les loges maçonniques (qui jouent un rôle important à partir de 1789) la mettent cependant en avant, soulignant sa centralité vis-à-vis de tout progrès du système politique.

En 1755, dans une ode à la gloire du gouvernement helvétique, Voltaire associe implicitement les trois termes : « La liberté ! J’ai vu cette déesse altière avec égalité répandant tous ses biens […]. Les États sont égaux et les hommes sont frères. » Mais c’est Rousseau qui, dans son Discours sur l’économie (1855), propose cette triade comme une des bases du contrat social.

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La diffusion de la devise sous la Révolution

La devise n’est toutefois pas formellement constituée en 1789 et, contrairement aux idées reçues, elle ne devient pas une maxime officielle de la Révolution, bien qu’elle en incarne certaines valeurs clefs.

Le couple liberté, égalité symbolise, en effet, l’objet de la Révolution dans son action contre l’oppression, pour l’abolition des privilèges et le partage des richesses, pour la définition d’une nouvelle citoyenneté. Liberté et égalité s’inscrivent donc naturellement dans tout discours sur l’évolution de la société politique et figurent d’ailleurs dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Parallèlement, les progrès de l’idée de solidarité nationale (en France et face aux contre-révolutionnaires, face à la guerre) renforcent l’idéal patriotique. Le mot fraternité tend alors à traduire cet idéal : la Nation confraternelle étant considérée comme la Mère nourricière des citoyens, comme le lieu de réalisation, dans la concorde et l’entraide — si nécessaire au prix de sacrifices guerriers — de la liberté et de l’égalité.

« Liberté, Égalité, Fraternité » : les trois termes se trouvent ainsi associés. Pourtant, la devise ne figure jamais stricto sensu dans les textes officiels de la Ire République. Le serment de 1789 est prêté sur la maxime « La Nation, la Loi, le Roi. » En juillet 1790, lors de la fête de la Fédération, les expressions « Patrie, Liberté » ou « Union, Force, Vertu » dominent. Du reste, Camille Desmoulins recourt à la triade pour décrire cette grande réunion confraternelle de la Nation ; en décembre 1790, Robespierre la présente comme le credo obligé de la Garde Nationale ; enfin, divers projets constitutionnels la mentionnent.

L’expression accompagne donc communément l’aventure révolutionnaire, en particulier de juin 1793 jusqu’à l’instauration du Consulat. En 1793-1794, diverses versions : « Liberté, Égalité, Unité, Indivisibilité de la République » ou encore « Liberté, Égalité, Fraternité, ou la mort », témoignent déjà de son enracinement et de sa malléabilité selon les circonstances — en particulier en regard de la Terreur.

Sans en avoir été devise officielle, l’expression marque donc les esprits et s’impose à la fois comme le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, comme un programme politique et, à terme, comme un point de ralliement pour les républicains.

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La consécration

Les années 1800-1830 constituent une traversée du désert pour la maxime. L’expression réapparaît à la faveur de la Révolution de juillet 1830. Puis, l’« héroïque devise » (selon les termes de Louis Blanc en 1839) se réimpose avec force en 1846-1847, années de grande tension sociale et politique qui débouchent sur la Révolution de février 1848. La IIe République consacre l’expression après que le gouvernement provisoire l’emploie dans sa première déclaration (24 février 1848). Son emprise sur la culture républicaine et sa place dans la culture populaire y gagnent en force, même si certaines contradictions évidentes justifient le débat autour de la capacité à réaliser le programme qu’elle propose. En effet, affronté au système industriel qui maintient l’iniquité sociale, affronté à la naissance des concepts de prolétariat et de lutte des classes, affronté à la difficulté d’ériger un système politique représentatif durable et à l’impossibilité de dépasser les oppositions politiques, chacun des termes de l’expression pose de réels problèmes de légitimité conceptuelle.

Mise en sommeil après le coup d’État napoléonien de 1851, la devise n’en reste pas moins l’un des principaux pivots de la rhétorique républicaine. Sa légitimité est désormais renforcée par une forte charge symbolique et affective liée à l’histoire des Révolutions, des Républiques. La Révolution s’éloignant dans le temps, elle confère à l’expression une force légendaire idéalisée. La devise renvoie également à une mémoire vive ou ravivée avec le souvenir de 1830, de 1848 et de la deuxième expérience de gouvernement républicain. En outre, elle est profondément associée à certaines conquêtes et valeurs sociales et politiques fondamentales (tel le suffrage universel) qui sont au cœur du programme républicain. Dès lors, elle ne peut qu’accompagner le cheminement de l’opposition républicaine sous le Second Empire.

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