![]() |
Résultats avec Windows Live® Search
Résultats avec Windows Live® Search Partage de midi [Paul Claudel]Article
Plan de l'article
Présentation ; « Comme une armée qui se retire en brûlant tout derrière elle » ; « Nous n'échapperons pas à la rose ! » ; « L'extermination de Midi »
Partage de midi [Paul Claudel], drame en trois actes de Paul Claudel, dont la première version date de 1905. La création par Jean-Louis Barrault, dans une version profondément remaniée, a eu lieu en décembre 1948.
Sur un navire en partance pour la Chine, une petite société d'âmes diversement perdues, qui tentent toutes l'aventure de l'Est, attend son rendez-vous intime, son « midi ». C'est là, au milieu de la mer et de la vie, que Mesa, l'homme que Dieu a répudié, et Ysé, la femme alourdie d'enfants, se foudroient l'un l'autre d'un amour impossible. À côté de son mari, l'incertain De Ciz, et sous les yeux ironiques de son ancien amant, Amalric, Ysé, la rebelle éclatante, échange son insatisfaction avec l'amertume de Mesa, le dévoré d'absolu. Ils finissent par « perdre connaissance » dans l'abandon à leur passion (I). Un rendez-vous au cimetière de Hong-Kong décide de leur avenir : Mesa éloigne De Ciz par une mission qu'il lui confie, malgré les injonctions d'une Ysé déchirée qui y devine une sorte de condamnation à mort (II). Un an plus tard, on retrouve Ysé veuve et vivant en Chine avec l'enfant qu'elle a eu de Mesa, en compagnie de l'aventurier Amalric. Leur maison est encerclée par une révolte et leurs heures sont comptées. Mesa survient alors et propose à Ysé de s'enfuir. Mais c'est Amalric qui, après une lutte avec lui, part avec Ysé. Juste avant l'explosion de la maison, où Mesa gît blessé et abandonné, Ysé revient pour mourir avec lui (III).
L'exceptionnelle tension du drame tient à la transcription quasi immédiate qu'il a la charge d'effectuer de la passion qui a saisi le poète de trente-deux ans, refusé par les bénédictins de Ligugé et en partance pour son poste consulaire de Foutchéou à bord de l'Ernest-Simmons. De la « longue crise de quatre conclue par le départ de « Rose » en 1904 et par la course-poursuite hagarde à travers les Flandres du printemps 1905, Partage de midi est littéralement l'exorcisme — incantation de la femme radieuse « comme une rose sous la rosée » et épreuve du sacrifice amoureux. « Midi » biographique incandescent, qui va demander au temps une interminable pacification, et dont les répercussions, par-delà un mariage aussitôt contracté puis l’« apaisement dans un sens élevé » que procurent des retrouvailles postérieures, ne se résorberont vraiment qu'au temps du prodigieux Soulier de satin.
Sur le modèle de Tristan et Isolde, ou encore de Dante et Béatrice, le drame de jeunesse chantait sans mesure la passion aveuglante, l'effraction horrible de l'être et sa dénudation vertigineuse, l'emportement des amants jusqu'au crime et au suicide. Il exploitait ainsi scandaleusement la parenté, ou la compétition, de l'amour et de la grâce, donnait corps, en un lyrisme éperdu, à l'amalgame furieux de la faute et de la vérité venant se loger au plus profond d'une vacance de l'homme et de la femme que Dieu remplissait et justifiait avec beaucoup de difficulté de son autorité. C'est pourquoi le vieil écrivain de 1948 revient sur cette œuvre proprement primitive et s'acharne à en diminuer la puissance et la flamboyance, à la revisiter avec le recul d'une supposée sagesse, pour la plier et comme la forcer à endosser un sens plus conforme au catholicisme, en refaisant pour finir un texte moins inacceptable mais aussi moins brûlant.
© 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés. |
© 2008 Microsoft
![]() ![]() |