![]() |
Résultats avec Windows Live® Search
Résultats avec Windows Live® Search Richard III [William Shakespeare]Article
Plan de l'article
Présentation ; La résistible ascension du « sanglier » ; Le Moyen Âge, version Sénèque ; La Bête de l'Apocalypse
Richard III [William Shakespeare], tragédie de William Shakespeare, écrite vers 1593, concluant la première tétralogie consacrée à la fin de la guerre des Deux-Roses qui a ensanglanté l'Angleterre du XVe siècle.
York a triomphé de Lancastre, lorsque le frère du roi Édouard IV, Richard Gloucester, entame sa terrible marche vers le trône par l'assassinat de son frère Clarence (acte I). La mort du roi ouvre une vacance dont Richard profite pour éliminer le clan favorable à la reine et installer sa protection menaçante sur l'héritier présomptif, son neveu Édouard (II). Rejoint par son frère, celui-ci est enfermé à la Tour de Londres, pendant que Richard fait écarter le Chambellan Hastings par le Conseil et organise une comédie publique où il feint d'accepter à regret la royauté (III). Son accession au trône suscite une rébellion multiple qui joint Richmond en France pour se fédérer, au moment de l'assassinat des enfants d'Édouard (IV). Avant la bataille décisive de Bosworth, Richard connaît une nuit de terreur, visitée par les spectres accusateurs de toutes ses victimes. Abandonné, il meurt dans le combat singulier qui l'oppose à Richmond, laissant celui-ci devenir, sous le nom d'Henri VII, le réconciliateur des roses blanche et rouge (V).
Shakespeare emprunte aux chroniqueurs du XVIe siècle des matériaux recomposés selon les lois du tragique pour dire l'ascension et la chute d'un roi. D'où une pièce toute de complots retors, de crimes horribles et de situations extrêmes, qui retrouve l'alliance détonante propre à la « tragédie de vengeance » selon Sénèque : rhétorique raffinée et virtuosité langagière se surimpriment à la scène sanglante des passions. L'accumulation des supplices est couronnée par l'imprescriptible meurtre des enfants d'Édouard, comme celle des imprécations par la scène prodigieuse à l'acte IV qui réunit autour du démon de leur vie les femmes-fauves du cercle royal.
Exclu de la nature par sa difformité, Richard fait de sa monstruosité sa liberté et sa puissance. Fasciné par l'exécration dont il est l'objet et par l'incompréhensible impunité qu'elle lui confère, Richard ne cesse de contempler, narquois et terrifiant, la facilité de sa démesure. C'est que, prince machiavélien, il devance tous ses adversaires par la modernité d'une politique de ruse et de force. C'est aussi qu'il est contemporain d'une Angleterre dévastée qui n'a plus en elle la conscience ni la pratique d'aucun droit. Il peut être blasphémateur, puisque rien de sacré ne subsiste, usurpateur, puisque rien de légitime ne survit, dévastateur, puisque aucune justice ne peut lui être opposée. La scène de la séduction de Lady Anne dont il a tué mari et beau-père, véritable légende de l'histoire du théâtre, est à cet égard emblématique, parce qu'elle réunit et réalise l'impossible, ouvrant des abîmes vertigineux sur l'âme humaine. Fléau de Dieu qui semble venir châtier le monde de et par sa faiblesse ignominieuse, Richard, une fois passée l'allégresse cynique qui le porte dans sa marche au pouvoir, ne peut être arrêté que par l'effet de ses propres ravages. Ainsi, loin d'une interprétation « Tudor » (l'avènement de la dynastie régnante avec Henri VII), la pièce excède largement l'exécution « providentielle » du monstre. Elle impose l'épouvante des secrets qui fondent l'Histoire, et c'est pourquoi Bertolt Brecht s'en souviendra quand il lui faudra affronter Hitler. Par son ironie tragique, son pathos singulier, sa légitimité invertie, la figure de Richard profile toutes les puissances à venir de Macbeth. Parmi d'innombrables approches, on retiendra celle, modeste, aiguë, qu'Al Pacino fait de cette pièce immense dans son film-laboratoire, Looking for Richard.
© 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés. |
© 2008 Microsoft
![]() ![]() |