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Ruiz, Raúl

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1

Présentation

Ruiz, Raúl (1941- ), scénariste et réalisateur de cinéma chilien.

Censuré dans son pays natal à ses débuts, puis longtemps considéré comme un cinéaste cérébral et ésotérique, Raúl Ruiz est néanmoins parvenu à imposer son univers décalé, loufoque et surréaliste auprès d’un large public. Il est en outre l’un des réalisateurs les plus prolifiques de sa génération.

2

L’avènement d’un style poétique et marginal

Né à Puerto Montt (Chili), Raúl Ruiz suit des cours de théologie et de droit avant d’étudier le cinéma. Alors qu’il est encore très jeune, il écrit de nombreuses pièces de théâtre et travaille à la réécriture de séries télévisées au Mexique, puis au Chili. Son premier long métrage, Trois Tristes Tigres (Tres Tristes Tigres, 1968), s’oppose à la production sud-américaine courante : sous une forme en apparence voisine du « cinéma direct » d’Argentine (ou Nuevo Cine), articulé autour de thèmes sociaux, Raúl Ruiz se révèle en fait plus proche du Cinema Novo brésilien, dominé par des préoccupations formelles.

Méfiant à l’égard du documentaire et du cinéma politique néoréaliste, il s’entend mal avec les autres réalisateurs (Saul Landau et Nina Serrano) du film collectif Qué hacer ? (Que faire ?, 1970) et gagne une réputation de cinéaste « en marge ». Sous la présidence de Salvador Allende, son film la Expropriaçión (l’Expropriation, 1972) est interdit pour impertinence, bien qu’il soit un proche du président, en même temps que son conseiller cinématographique.

3

Un cinéaste exilé, de multiples influences

Accueilli par la France à la suite du coup d’État du général Pinochet, Raúl Ruiz refuse d’adopter pour autant une mentalité d’exilé, tout comme il avait refusé l’étiquette de « cinéaste militant » ; c’est ce dont témoigne son premier film français, le très ironique Dialogue d’exilés (1974).

Dès lors, l’œuvre de Raúl Ruiz se révèle aussi féconde que diverse. Il travaille sans relâche, acceptant les commandes en tout genre (fiction, documentaire, théâtre filmé) et les enrichissant de sa vaste culture, celle-ci mêlant la littérature, les feuilletons et les mélodrames latino-américains, les romans anglo-saxons, la bande dessinée, le cinéma américain ou français, William Shakespeare, Jean Racine ou Arthur Adamov. En 1978, l’Hypothèse du tableau volé (d’après les Lois de l’hospitalité de Pierre Klossowski) confirme son talent de conteur : il est capable de dévoiler les ficelles qui animent la fiction tout en gardant intacts le mystère et la fascination du récit. Mettant en question les oppositions traditionnelles entre réel et imaginaire, il expérimente, avec entre autres le chef opérateur Henri Alekan, toutes les métamorphoses cinématographiques possibles dans le domaine de la narration et de l’image.

4

Un réalisateur inclassable, une œuvre libre

Avec des films authentiquement baroques — trop intellectuels pour certains — comme le Territoire (1981), les Trois Couronnes du matelot (1982), la Ville des pirates (1983), l’Éveillé du pont de l’Alma (1985), l’Île au trésor (1985) ou l’Œil qui ment (1992), il suscite longtemps l’enthousiasme de la critique et d’un public restreint.

Cependant, sans renoncer à ses ambitions, ce cinéaste inclassable finit par rencontrer une plus large audience, en partie grâce à des acteurs comme Marcello Mastroianni (Trois Vies et une seule mort, 1996), Catherine Deneuve et Michel Piccoli (Généalogie d’un crime, 1997), Lambert Wilson (Combats d’amour en songe, 2000), Isabelle Huppert (Comédie de l’innocence, présenté au festival de Venise en 2000) ou Bernard Giraudeau et Elsa Zylberstein (Ce jour-là, présenté au festival de Cannes en 2003) ; la tonalité plus légère, facétieuse et surréaliste — influencée par Luis Buñuel — imprimée à ses films contribue également à la nouvelle notoriété du réalisateur.

Raúl Ruiz réalise parallèlement deux adaptations littéraires : l’une de l’œuvre de Marcel Proust, le Temps retrouvé (1999), avec Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart, John Malkovich et Vincent Perez ; l’autre de Jean Giono, les Âmes fortes (2001), avec Laetitia Casta, Arielle Dombasle et John Malkovich. Mêlant de nouveau les références littéraires (hommage au Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, Antoine de Saint-Exupéry et Francisco Coloane), il évoque le Chili de son enfance dans le Domaine perdu (2005), film labyrinthique au cours duquel se croisent deux personnages à différentes périodes de leurs vies.

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