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Plan de l'article
Présentation ; Le péronisme fondateur : 1945-1955 ; Le retour de l’« homme » : 1972-1974 ; La mutation du péronisme : 1988-1999 ; La victoire du péronisme réformé ?
péronisme, terme issu du nom du général Juan Domingo Perón, destiné à désigner son style politique et la nature du régime établi pendant ses deux premières périodes de gouvernement. Ce terme a connu un grand succès dans le vocabulaire politique latino-américain dans la seconde moitié du xxe siècle. L’expression « péronisme » est également devenue synonyme de « populisme », quoique les spécialistes ne s’accordent pas toujours sur le contenu précis des définitions.
L’expérience politique péroniste est à l’œuvre dès 1943, après le coup d’état militaire perpétré par le « groupe des officiers unis », faction nationaliste et anticommuniste de l’armée argentine qui, malgré l’expression de tendances diverses, prend le pouvoir. Le gouvernement formé par la junte militaire incorpore le colonel Perón comme sous-secrétaire au Travail et aux Affaires sociales. Personnage charismatique, populaire et plébéien, il devient vite un militaire apprécié des travailleurs et des syndicalistes. Mais il est encombrant pour les autres membres de la junte qui cherchent à s’en débarrasser. Cependant, le 17 octobre 1945 (date historique dans le calendrier péroniste), des centaines de milliers de travailleurs témoignent de leur sympathie envers ce nouveau « caudillo » que l’armée veut écarter du pouvoir, et lui ouvrent la voie vers sa première élection présidentielle, en 1946. Avec le soutien et l’action d’Eva Perón, sa femme, très populaire et surnommée « Evita », Perón met rapidement en place les principes du « péronisme classique » : protectionnisme industriel et commercial, législation sociale en faveur des salariés, redistribution des revenus. Légende naissante, Evita injecte au mouvement du mysticisme, du sentiment maternel et de l’« argentinité » enfin retrouvée. C’est toute la complexité de la première phase du péronisme, que la mort d’une Evita mythifiée renforce. Réélu en 1952, Perón démontre qu’il est également capable d’appliquer une politique d’ajustement économique et financier et de l’imposer à ses partisans. Mais, en 1955, un coup d’état militaire le renvoie en exil.
Que le général revienne au pays et au gouvernement devient peu à peu une monomanie dans la vie politique argentine, mais aussi une angoisse. Des coups d’état successifs cherchent à empêcher la victoire des candidats soutenus par l’électorat péroniste et par son parti justicialiste. Une première tentative de retour, en 1965, échoue lamentablement. Ces tentatives n’aboutissent qu’en 1972. Il revient au pouvoir en triomphe en 1973, à l’âge de 79 ans. Toutefois, ce n’est que pour gouverner dix mois, puisqu’il meurt en juillet 1974. Il a néanmoins le temps d’assister au déchirement de son mouvement et de voir le départ des jeunes radicaux « montoneros », qui épousent la lutte armée. María Estela Martínez, devenue Isabel Perón, sa troisième femme, occupe la présidence de la République, mais c’est pour céder le pouvoir au sinistre José López Rega, fondateur de la tristement célèbre « Triple A », l’Alliance anticommuniste argentine. Les affrontements entre les « montoneros », péronistes, l’Armée révolutionnaire du peuple (ERP), de tendance trotskiste, et les forces paramilitaires d’extrême droite facilitent l’intervention de l’armée, qui a finalement lieu en 1976 et amorce la période la plus noire de l’histoire argentine contemporaine. Il faut attendre la fin des années 1980 pour assister au sursaut du péronisme politique.
Le sursaut du péronisme et sa mutation démarrent lors des primaires du Parti justicialiste, en 1988, sous la conduite de Carlos Menem. Appelé « le Turc », doué d’un charisme incontestable, plébéien comme Perón l’était, Menem mène, dans un pays à forte immigration étrangère, une campagne qui articule les références au péronisme fondateur, la démagogie du tribun populaire et les rappels bibliques. Élu président de la République et pressé par une crise sans précédent, il assume ses fonctions — un peu en sauveur de la nation, comme Perón — à partir de juillet 1989. Cela étant, il applique une politique à l’opposé de la « doctrine péroniste », politique inattendue, même si elle n’est pas inconnue dans le pays : dollarisation, austérité et orthodoxie financière et budgétaire, flexibilité du travail, ouverture néolibérale, privatisations, etc. Menem réussit pourtant sur un point essentiel, la maîtrise de l’hyperinflation. Dans l’ensemble, l’électorat péroniste accepte et entérine la mutation, au point que Menem est réélu en 1995. Cependant, le malaise s’installe peu à peu dans les rangs du péronisme social et politique. Ce n’est pas le manquement à la « doctrine » qui détermine la défaite électorale du péronisme, en 1997, puis en 1999. Il faut chercher la raison de cette défaite dans les conditions de vie du peuple argentin qui se sont sensiblement détériorées, malgré les succès macroéconomiques enregistrés au cours de la décennie écoulée. L’Argentine, qui autrefois avait pu être considérée comme l’archétype — ou le mirage — du modèle économique latino-américain, compte désormais 50 p. 100 de pauvres. Cette situation culmine en 2001-2002, avec une crise économique qui entraîne une dévaluation de la monnaie nationale et plonge le pays dans une situation de faillite d’une ampleur inédite.
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