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Mère Courage et ses enfants [Bertolt Brecht]

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Brecht, Mère Courage et ses enfantsBrecht, Mère Courage et ses enfants
Plan de l'article
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Présentation

Mère Courage et ses enfants [Bertolt Brecht], (Mutter Courage und ihre Kinder), « Chronique de la guerre de Trente Ans », pièce en douze tableaux de Bertolt Brecht, achevée en 1939, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.

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Anna Fierling, mère et cantinière

La « chronique  de Brecht évoque, en s'inspirant du personnage et du ton d'un roman picaresque de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen (la Vagabonde Courage, 1672), les atrocités de l'interminable guerre de religion qui, au XVIIe siècle, a ravagé l'Allemagne. Du printemps 1624 jusqu'à une aube blême de 1636, en plein cœur de la guerre, la cantinière Anna Fierling, appelée Mère Courage, tente de faire son chemin. Elle trimbale sa carriole plus ou moins pleine de marchandises le long des routes, à la suite d'armées de plus en plus misérables à mesure que la guerre s'étire. Mère Courage vit de la guerre et de son caractère mercenaire : elle vend aux soldats, quel que soit leur camp, les vêtements ou le schnaps qui leur permettent d'aller mourir sous les coups des canons, d'aller piller les maisons et violer les filles. Tant bien que mal, Mère Courage mène son petit commerce pour temps de tueries. Mais sa vie, et son drame, ce sont ses trois enfants, qu'elle chérit d'un amour animal, et qui vont mourir dans cette guerre : le cadet, Schweizerkas, meurt d'être trop honnête (tableau 3), l'aîné Eilif d'être trop téméraire (tableau 8), et Catherine, la sourde-muette, parce qu'elle ne peut accepter l'idée que les enfants d'une ville assiégée vont mourir (tableau 11). En prétendant tirer profit de l'état de guerre sans lui payer son dû mortel, Mère Courage perd ses enfants, au double sens du terme : elle assiste avec une impuissante horreur à leur mort, mais elle en porte aussi la responsabilité par son obstination aveugle à frayer avec la guerre.

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« Ils font la guerre pour le profit »

Brecht écrit la pièce au Danemark, au début de son exil, tandis que le régime nazi met en marche son effroyable ordre de guerre. En représentant la guerre de Trente Ans, grand traumatisme de l'histoire allemande, Brecht met en cause la conception héroïque de l'histoire : ce n'est pas l'enterrement d'un grand capitaine qui, pour Mère Courage, représente un « moment historique », c'est sa fille revenant de la ville défigurée par un soldat (6). La disparité des scènes, de leur rythme et des ressorts affectifs qu'elles convoquent, le recours à des effets constants de paradoxes et d'ironie et les chansons produisent la mise à distance nécessaire à la prise de conscience éthique du public. Ce monde où « la guerre satisfait tous les besoins, même les besoins pacifiques », ne relève nullement d'un ordre social qui serait naturel et irrémédiable, mais résulte, au contraire, du développement historique du capitalisme : la société capitaliste, qui produit la guerre permanente et l'entre-dévoration des pauvres gens, est elle-même le produit, inscrit dans un temps et un lieu définissables, d'une adhésion passive du peuple à ses diktats.

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« Si ta colère est assez grande »

« Toute notre énergie, ils nous l'ont achetée », explique Mère Courage au jeune soldat en colère du tableau 4 — « ils », c'est-à-dire les « gros bonnets », ceux qui se préparent encore, en 1939, à tirer profit de la guerre. Cette lucidité de Mère Courage n'atteint cependant pas à la révolte : parce que sa colère n'est pas assez grande, ou plutôt parce que sa révolte reste individuelle, Anna Fierling continue de tirer sa carriole et de supporter qu'on tue ses enfants. Sa lucidité se dissout dans la résignation terrible de la « Chanson de la grande capitulation ». En créant, avec Mère Courage, cette association contradictoire de la lucidité et de la résignation, Brecht espérait provoquer le spectateur pour qu'il refuse l'état de fait et prenne conscience de la nécessité collective d'une action politique.

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