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Quartett [Heiner Müller]

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1

Présentation

Quartett [Heiner Müller], œuvre dramatique d'Heiner Müller, écrite en 1980, confrontant dans un dialogue les deux principaux personnages du roman épistolaire de Choderlos de Laclos, les Liaisons dangereuses (1782).

2

« La nuit des corps »

Cette confrontation de Merteuil et de Valmont consiste en un jeu de masques pervers. Sur la scène, les libertins jouent tantôt leur propre rôle, tantôt se travestissent pour mimer Valmont séduisant Madame de Tourvel (il est alors joué par Merteuil, lui-même jouant Tourvel), ou Valmont déflorant la jeune Cécile de Volanges (jouée par Merteuil, tandis que Valmont se joue lui-même). Le face-à-face érotique et rhétorique tourne très vite à l'entre-dévoration, aboutissant au sacrifice de Valmont-Tourvel sur l'autel du narcissisme de la Merteuil. Ces deux personnages, qui en deviennent quatre (pour former un « quartette »), affrontent avec une violence inouïe la réalité, odieuse et brutale, de leur propre corps, autrement dit de leur propre mort. Pour ces libertins post-modernes, l'idée de l'âme humaine n'est que le long mensonge qui était nécessaire au christianisme pour assurer son empire sur les corps. Le corps seul, en effet, dit vrai, avec sa sueur, son sang et ses déchets : corps altéré par le temps, et qui va droit à la mort, ou corps jouissant, échappant au temps de la mort — chair pourrissante et glorieuse en même temps.

3

« Chaque mot est caillot de sang »

Pour Heiner Müller, le détour par la fin du XVIIIe siècle, c'est-à-dire par le monde qui précède immédiatement la Révolution française, permet de toucher au cœur le mal occidental. Entre le moment où les libertins, dans leur « salon d'avant la Révolution française », s'écrivent des lettres amorales, et le temps des massacres qui auront lieu dans « un bunker d'après la troisième guerre mondiale » (ce sont les deux seules indications de décor dans Quartett), l'histoire occidentale a dépouillé ses oripeaux rationnels et mis à nu l'obscénité profonde qui la régit : une fois le rêve des Lumières éteint dans les charniers monstrueux de l'Histoire, le monde n'est plus qu’« une encyclopédie à l'agonie ». Cette pièce, qui fouille impitoyablement l'archéologie fantasmatique du monde occidental, est l'une des seules qu'ait représentée Heiner Müller au Berliner Ensemble (1994).

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