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marxisme

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Karl MarxKarl Marx
Plan de l'article
2.3

La superstructure et la société capitaliste

Puisque le capital résulte d’une accumulation de plus-value, accumulation qui a sa source dans le surtravail, l’écart se creuse entre les propriétaires du capital, qui augmentent ainsi leur richesse et les travailleurs qui sont maintenus dans un rapport de dépendance vis-à-vis de leurs employeurs. Ces derniers détiennent donc aussi le pouvoir. Une « superstructure » politique complexe faite de lois et d’idéologies contribue à perpétuer ces rapports sociaux.

Mais cette superstructure, en particulier l’État qui en est l’expression politique principale, bien qu’elle soit déterminée par une base économique, ne saurait se réduire, selon Marx, à ce seul déterminisme économique. Elle conserve une part relative d’autonomie et peut, le cas échéant, influer sur la sphère économique et la faire évoluer.

Aussi les capitalistes déterminent-ils à leur avantage l’orientation globale de la société. Si les biens produits par le capitalisme doivent posséder « une valeur d’usage », sans laquelle ils ne trouveraient pas d’acheteurs, les capitalistes privilégient la valeur d’échange. La société capitaliste est essentiellement tournée vers la circulation marchande et monétaire, qui est improductive. La concurrence conduit les capitalistes non efficaces à la faillite ; les moyens de production se concentrent donc nécessairement de manière croissante, tandis que les marchés se développent. Le capitalisme tend également à accroître la plus-value par une augmentation de la productivité du travail. Il est donc contraint de révolutionner sans cesse les techniques de production.

2.4

Le marxisme politique

L’application politique du marxisme découle directement de l’analyse économique. Marx fait du rapport de travail le rapport social fondamental. Les crises sont un élément central du capitalisme. Les capitalistes sont incités à allonger la durée du travail quotidien, à augmenter l’intensité ou la productivité du travail. Il apparaît alors comme légitime que les travailleurs s’associent de façon à leur opposer une résistance. Victime de l’exploitation, le prolétariat incarne les contradictions du capitalisme qui sont aussi ses limites. C’est pourquoi il devra être l’agent du dépassement historique du capitalisme dans la révolution. De plus, la transformation du mode de production capitaliste doit s’accompagner d’une nécessaire prise de contrôle par les travailleurs et les organisations révolutionnaires, de l’État et, plus largement de l’ensemble de l’appareil politique. Marx considère, à la différence des anarchistes, qu’au lendemain de la révolution, une phase transitoire est nécessaire, caractérisée par la dictature du prolétariat, conçue comme celle de la majorité sur la minorité. Le dépérissement de l’État, temporairement maintenu, doit intervenir lorsque disparaîtront les classes sociales.

3

Les marxismes

3.1

Le marxisme-léninisme

Karl Kautsky, théoricien du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), a longtemps été considéré comme l’héritier direct du marxisme. Mais la révolution russe de 1917 est en fait apparue comme la première mise en pratique de principes dérivés du marxisme. À Kautsky, qui insiste sur l’aspect quasi automatique de l’accentuation des contradictions du capitalisme et donc sur sa destruction inéluctable, et préconise par conséquent le simple renforcement des partis ouvriers dans l’attente de cette destruction, Lénine oppose la nécessité d’une action politique favorisant la venue de la révolution. Surtout, il fait des principes d’organisation révolutionnaire un point central de la pratique marxiste, en prônant la constitution d’un parti de révolutionnaires professionnels, discipliné et très structuré, le parti communiste, qui se présente comme l’avant-garde consciente et agissante du prolétariat. Ajoutant une théorie de l’impérialisme et une autre sur le rôle de l’État, il créé ainsi le « marxisme-léninisme ».

3.2

Le marxisme occidental

On désigne sous le terme de « marxisme occidental » plusieurs courants qui se sont développés en Europe occidentale à partir de la Première Guerre mondiale. Parmi ses représentants, on trouve le Hongrois György Lukács (Histoire et conscience de classe, 1923), qui s’intéresse à l’aliénation de la conscience ouvrière ainsi qu’au phénomène de réification, propre au capitalisme. Le communiste italien Antonio Gramsci met pour sa part l’accent sur le rôle qu’occupe l’idéologie dans la société civile pour la construction de l’hégémonie politique. Les théoriciens de l’école de Francfort intègrent le marxisme à d’autres courants de pensée, telles la phénoménologie ou la psychanalyse (Max Horkheimer, Theodor Adorno, Walter Benjamin, Herbert Marcuse), pour fonder la théorie critique ou s’en servent comme point de départ d’une théorie globale de la connaissance et de la communication (Jürgen Habermas). Jean-Paul Sartre et Louis Althusser témoignent dans les années cinquante d’une philosophie intégrant le marxisme comme objet de réflexion et comme concept opératoire. Jusqu’à la fin des années soixante-dix, enfin, le marxisme exerce une influence considérable dans le champ des sciences sociales.

Malgré son rayonnement intellectuel, le marxisme a traversé une crise profonde. Antérieure à l’effondrement des régimes communistes dans l’Europe de l’Est, cette remise en cause est d’abord liée aux révélations faites sur la réalité du stalinisme, à la faillite des économies socialistes et à la caducité qui frappe des notions comme celle de « dictature du prolétariat ». Plus profondément, la perte de crédibilité du marxisme est apparue liée aux problèmes que pose l’inévitable devenir étatique de la politique prolétarienne, alors même qu’elle prévoit un dépérissement de l’État, tandis que son analyse économique apparaît liée à un certain stade de développement du capitalisme, le capitalisme industriel du xixe siècle, rendant compte assez mal de son évolution ultérieure.

Mais réhabilité par certains penseurs en tant que philosophie, et non plus en tant que système théorique ayant des implications pratiques révolutionnaires ; le marxisme, débarrassé de son statut d’idéologie officielle, offre aujourd’hui encore, au-delà de ses aspects historiquement dépassés, une méthode, la dialectique, et des concepts qui peuvent permettre, dans le cadre d’une remise en question de l’« économisme », promu au nom du triomphe de l’économie de marché d’opérer certaines lectures éclairantes, et conserve sa vigueur critique et révolutionnaire aux yeux de toute une partie de la gauche.

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