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Jaurès, Jean

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Jean JaurèsJean Jaurès
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1

Présentation

Jaurès, Jean (1859-1914), homme politique français et principale figure du socialisme français durant les années 1880-1914.

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Un intellectuel en politique

Né à Castres, Jean Jaurès est issu de la moyenne bourgeoisie tarnaise. En 1878, ce brillant élève est reçu à l’École normale supérieure, vivier de nombreux talents intellectuels et politiques. À vingt ans, il y fait la connaissance de Lucien Herr, philosophe et bibliothécaire de l’institution qui influence la pensée politique du normalien. Une fois agrégé de philosophie, Jean Jaurès est nommé professeur à Albi. En ce début des années 1880, le jeune enseignant, tôt attiré par la politique et marqué par la lecture de Jules Michelet, admire deux dirigeants de la République naissante : Léon Gambetta et Jules Ferry.

Inspiré par eux — même s’il s’en éloigne rapidement —, il se présente aux législatives et est élu député du Tarn (1885). À vingt-six ans, ce benjamin de l’Assemblée nationale appartient au groupe des « républicains opportunistes ». Mais, en 1889, les électeurs ne renouvellent pas son mandat ; il retourne alors à ses études, se consacrant à la rédaction de sa thèse (De la réalité du monde sensible : les Origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte et Hegel, 1891) tout en enseignant à la faculté des lettres de Toulouse. Ce retrait politique lui permet d’approfondir sa connaissance et sa représentation du socialisme, qu’il considère comme lié à la liberté individuelle et à la démocratie.

Il décide de se représenter en 1893 à Carmaux, sous l’étiquette socialiste cette fois. La ville minière, où il a soutenu les grèves en 1892, en fait son député (il conserve son mandat jusqu’à sa mort, avec une interruption entre 1898 et 1902). Il adhère ensuite au Parti ouvrier français et, sa verve aidant, ne tarde pas à devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

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Entre pragmatisme et détermination

Dans l’enchevêtrement partisan du socialisme des années 1890-1900, Jean Jaurès incarne une vision humaniste du socialisme, ni modéré ni utopiste.

Alors que les marxistes orthodoxes considèrent que la liberté individuelle naît d’une liberté collective et collectiviste imposée, Jaurès estime à l’inverse que les libertés individuelles (droit de vote, liberté de conscience, droit au travail) mènent vers la liberté collective et l’harmonie sociale consenties. Dès lors, de la révolution de 1789, il retient l’esprit et l’élan fraternels et rejette les excès du révolutionnarisme, comme le révèle son Histoire socialiste de la Révolution française, publiée en 1908. De la Révolution de 1848, il se souvient moins du combat que de la fraternité et du civisme, témoignages à ses yeux de la capacité des hommes à lutter ensemble pour la justice sociale et la démocratie. Ce sens critique ne l’empêche pas de défendre, par a priori, la collectivisation des biens de production.

Mais ses positions l’amènent souvent à s’accrocher avec l’orthodoxie marxiste et son principal gardien, Jules Guesde. Les relations entre les deux hommes s’enveniment au rythme de leurs discordes, par exemple lorsque Jean Jaurès accepte la participation du socialiste Alexandre Millerand au cabinet « bourgeois » de Waldeck-Rousseau (1899-1902). Elles ne s’améliorent pas lorsque, au nom de l’action républicaine de gauche, Jean Jaurès défend l’entrée de socialistes au gouvernement radical d’Émile Combes (1902-1905).

Il justifie ces prises de position par un mot d’ordre simple et définitif : il faut aider la République parlementaire et pluraliste à s’enraciner. Jean Jaurès n’en est pas moins un militant déterminé, opiniâtre, ne craignant pas d’aller au feu. Ainsi, il est un des premiers à prendre position pour le capitaine Dreyfus. En 1898, il plaide dans Preuves pour la reconnaissance de son innocence, en toute cohérence avec son indéfectible respect pour les droits de l’homme. Dans un autre ordre d’idée, en 1899, il publie l’Action socialiste, éloge d’un socialisme militant, renouvelé et unifié.

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De l’indépendance à l’unification socialiste

Jean Jaurès a en effet un objectif central depuis son retour au Palais-Bourbon, en 1893 : l’unification des courants socialistes. En 1901, deux partis socialistes cohabitent sur l’échiquier politique français : le Parti socialiste français (PSF) auquel appartiennent notamment — outre Jean Jaurès lui-même —, Aristide Briand et Alexandre Millerand, et le Parti socialiste de France (PSDF) de Jules Guesde et Édouard Vaillant. Le PSF estime que les deux partis doivent s’associer sur la base d’un programme syncrétique. Parce que le guesdisme perd en audience et que les autres courants socialistes s’affaiblissent, ce projet gagne en crédit. Toutefois, peut-être n’aurait-il pas abouti sans le renfort charismatique de Jean Jaurès. Ce charisme, Jaurès le tient de son allure débraillée et de sa franchise chaleureuse. En outre, malgré ses divergences avec les autres chefs de file, il rassemble sur des mots d’ordre fédérateurs : anticléricalisme, antimilitarisme, justice sociale, république égalitaire et laïque. Enfin, il doit ce charisme à ses talents de tribun et cette éloquence lui vaut tout à la fois les plus grandes inimitiés et l’adoration de la majorité de l’opinion socialiste.

Après une vingtaine d’années de carrière, jouissant de sa réputation d’homme politique et d’intellectuel de haute volée, bénéficiant aussi de son profil humaniste, Jean Jaurès s’affirme dorénavant comme l’incontestable chef de file du socialisme. En 1904, fort de cette autorité et de son expérience de journaliste (il a beaucoup écrit dans la Dépêche de Toulouse), il lance sa stratégie unitaire en fondant avec succès l’Humanité : le quotidien est lu par 100 000 personnes chaque jour, bien plus que les 50 000 adhérents d’un éventuel parti unifié.

En avril 1905, il réussit à forcer les réticences réciproques : la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) voit le jour et reste unie jusqu’à la séparation, en 1920 lors du congrès de Tours, des socialistes et des communistes. Du reste, Jean Jaurès se trouve d’emblée en décalage par rapport au parti qu’il a contribué à créer ; dès 1904 en effet, le congrès d’Amsterdam a décidé, dans la perspective de l’unité future, que le parti adoptera une ligne marxiste orthodoxe et refusera toute collaboration avec des ministères bourgeois.

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