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Dreyer, Carl Theodor

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Carl Theodor DreyerCarl Theodor Dreyer

Dreyer, Carl Theodor (1889-1968), cinéaste et scénariste danois, auteur d’une œuvre à la dimension dramatique et métaphysique. Son œuvre, construite sur la fascination des visages et de leur langage, est composée d’une vingtaine de films et de seulement quatorze longs métrages. Elle se partage entre le muet et le parlant, et compte parmi les plus marquantes de l’histoire du cinéma. Par sa technique originale et la dimension spirituelle de ses films, il a influencé toute une génération de cinéastes, en particulier — et différemment — Ingmar Bergman et Jean-Luc Godard.

Après avoir débuté comme journaliste, Dreyer fut engagé à la Nordisk Film, compagnie de production danoise, en tant que scénariste en 1912. Il écrivit alors une quarantaine de scénarios. Marqué par Intolérance de Griffith, son premier film, le Président, voit le jour en 1919. En 1920 sort Pages arrachées au livre de Satan, film malicieux et amer qui dépeint en quelques traits l’action de Satan dans l’histoire du monde. Dès lors, Dreyer travailla dans plusieurs pays et tourna des films en Norvège, au Danemark, en France et en Suède. Influencé par l’œuvre de Victor Sjöström, Dreyer, dans la Quatrième Alliance de Dame Marguerite (ou la Veuve du pasteur, 1920), attacha un soin particulier au cadrage et au rythme de l’action qui devint caractéristique de son style de la maturité. Le Maître du logis (1925) témoigne de l’humour féroce de Dreyer, qui apparaît peu dans ses autres films : il y présente un tyran domestique et une femme oppressée et soumise. On peut y voir en germe la critique de la bourgeoisie et le refus de l’intolérance qui s’exprimeront dans plusieurs de ses films, et notamment Gertrud.

Dans la Passion de Jeanne d’Arc (1928), interprétée notamment par l’actrice Renée Falconetti dans le rôle de Jeanne d’Arc et par Antonin Artaud dans le rôle d’un moine, Dreyer, qui signait là l’un de ses chefs-d’œuvre, mit l’accent sur la composition décentrée et sur les propriétés graphiques du plan cinématographique, jouant de cadrages très serrés sur des visages expressifs, tendus et douloureux, qui firent de ce film muet, selon le mot de Paul Claudel, un « film qui crie vers la parole ».

Vampyr (Vampire, l’étrange aventure de David Gray, 1932), tourné en France, son premier film sonore et seul film « fantastique », suivant un procédé inverse, attirait l’attention vers la caméra par l’utilisation de l’espace hors champ. L’espace et le temps furent systématiquement mis en exergue dans les films dramatiques que Dreyer réalisa à la fin de sa carrière. Dans Dies Irae (Jour de colère, 1943), Dreyer met en scène un injuste procès en sorcellerie et dénonce l’intolérance de son temps (le Danemark est alors occupé par l’Allemagne nazie). Dies Irae est aussi un superbe film sur l’amour impossible. Pendant la guerre, Dreyer refusera de tourner un film antisémite pour l’Allemagne nazie, l’adaptation de Pan, de Knut Hamsun.

De 1949 à sa mort, il travailla à un projet de film réaliste sur Jésus-Christ, Jésus juif. Avec Ordet (la Parole, ou, plus exactement, « le Verbe », 1955), d’après l’œuvre du pasteur et dramaturge Kaj Munk, Dreyer atteignit les sommets mystiques de son œuvre, démontrant le pouvoir de résurrection (au propre comme au figuré) de la parole, et la puissance de la foi, à travers l’étrange relation qui s’instaure dans une famille entre un fou et un enfant, lors de la mort de la mère de celui-ci. Les grands thèmes de Dreyer : l’amour, l’idéalisation de la femme et la mort sont présents. Techniquement, il élabora pour ce film un système de travelling qui, associé aux longues prises de vue, réussit à rendre compte de la durée de l’action et mit l’accent sur les différents plans pour faire ressortir l’entité spatio-temporelle.

Dans Gertrud (Gertrude, 1964), il retrouve le thème de l’amour impossible, qu’une femme mariée découvre après avoir sacrifié sa vie au faux bonheur de son couple. Dreyer utilisa pour ce film de longues prises de vues, présenta ses personnages de face, utilisa des symétries composées et la présence de l’espace hors champ par le jeu d’un miroir, cela afin de produire des effets archaïsants. Derrière une apparence feutrée, ce film, comme tous les films de Dreyer, est d’une grande violence de sentiments et dévoile un être de douleur habité par une forte dimension spirituelle. À la fin de sa vie, pour vivre, Dreyer fut contraint de diriger une salle de cinéma à Copenhague. Il reçut le Lion d’Or au Festival du film de Venise en 1955.

Les notes que Dreyer prit sur ses films ont été rassemblées dans Dreyer in Double Reflection (1973).

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