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    Un mouvement littéraire, le nouveau roman ... L e roman n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture.

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Nouveau Roman

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Alain Robbe-GrilletAlain Robbe-Grillet
Plan de l'article
1

Présentation

Nouveau Roman, courant littéraire réunissant un ensemble d’œuvres écrites par un groupe d’écrivains français et publiées dans les années 1950 par Jérôme Lindon aux Éditions de Minuit, qui ont en commun de remettre en cause les principales caractéristiques du roman traditionnel.

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L’expression « Nouveau Roman »

C’est le journaliste Émile Henriot qui utilise l’expression « nouveau roman » (sans majuscule), dans un article du journal Le Monde du 22 mai 1957, pour critiquer avec véhémence la Jalousie d’Alain Robbe-Grillet et Tropismes de Nathalie Sarraute. Ce terme apparaît quelques mois avant la naissance des expressions « Nouvelle Vague » (octobre 1957) et Nouveau Théâtre (« théâtre de l’absurde » à partir de 1962) et s’inscrit dans une période d’intense renouveau artistique.

L’expression qui a un sens péjoratif selon son auteur, désigne les tentatives littéraires de différents écrivains qui ont pour point commun de rejeter l’écriture romanesque traditionnelle. Jean-Paul Sartre avait déjà proposé l’expression « anti-roman » pour regrouper les œuvres de cette génération d’écrivains, mais c’est « Nouveau Roman » (avec majuscules) qui s’impose finalement.

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Une « collection d’écrivains » plus qu’une école

L’appellation a été en effet reprise et, plus ou moins adoptée, par quelques auteurs de cette génération, qui prônent notamment l’abandon des éléments traditionnels de l’écriture romanesque, qu’il s’agisse de la conception du personnage héritée du récit balzacien, de la notion d’intrigue, ou encore du principe de l’omniscience de l’auteur démiurge. Il ne s’agit cependant pas d’une école à proprement parler, mais d’une « collection d’écrivains » (l’expression est de Jean Ricardou) qui se retrouvent dans une même critique du réalisme littéraire, tout en usant de modes narratifs très différents. Parmi ces auteurs figurent Claude Simon, Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Robert Pinget, Jean Ricardou et Claude Ollier, édités aux Éditions de Minuit (Alain Robbe-Grillet est alors au comité de lecture de la maison). Certains cependant, telle Nathalie Sarraute, prennent rapidement leurs distances par rapport à l’appellation « Nouveau Roman ». D’autres au contraire veulent l’élargir, notamment Alain Robbe-Grillet qui rapproche également de cette collection Samuel Beckett, Jean Cayrol (le Déménagement, 1956 ; les Corps étrangers, 1959) ou Claude Mauriac (le Dialogue intérieur, 1957-1979 ; l’Alittérature contemporaine, 1958) et considère que Marguerite Duras fait partie de ce groupe de « Nouveaux Romanciers », tandis que Jean Ricardou l’en exclut. La critique a quant à elle limité les Nouveaux Romanciers aux sept écrivains qui ont participé au colloque de Cerisy-la-Salle en 1971, c’est-à-dire ceux cités plus haut.

Trois essais constituent par ailleurs une théorie du Nouveau Roman, sans être pour autant des manifestes d’écoles : Pour un nouveau roman (1963) d’Alain Robbe-Grillet, Problèmes du Nouveau Roman (1967) et Pour une théorie du Nouveau Roman (1971) de Jean Ricardou.

Le Nouveau Roman commence à poindre dès les années 1940 avec le Tricheur (1945) ou la Corde raide (1947) de Claude Simon Molloy (1951) et Malone meurt (1951) de Samuel Beckett, et les Gommes (1953) d’Alain Robbe-Grillet — que d’aucuns considèrent comme le « premier » nouveau roman. Mais c’est l’année 1957 qui marque de son empreinte l’envolée du courant avec la parution aux Éditions de Minuit d’un ensemble d’œuvres capitales : la Jalousie d’Alain Robbe-Grillet, le Vent de Claude Simon, Tropismes (1939, réédition) de Nathalie Sarraute et la Modification (prix Renaudot en 1957) de Michel Butor. Avec ces ouvrages, le roman entre dans l’« ère du soupçon » (comme le pressent dans un ouvrage éponyme Nathalie Sarraute dès 1956).

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« L’ère du soupçon »

Les « Nouveaux Romanciers » trouvent le roman engagé de Jean-Paul Sartre ou d’Albert Camus périmé, et refusent toute approche psychologique des personnages. Le monde a changé et ils veulent écrire autrement. Selon Jean Ricardou, « le roman n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture ». Nathalie Sarraute avec ses Tropismes a ouvert la voie en 1939 à une forme d’écriture neuve, qui transcrit l’alchimie des émotions biologiques — provoquées par une situation extérieure (parole, présence de l’autre ou d’objets) —, qu’éprouve tout être humain de manière diffuse parce que furtive. Ainsi, remettant en cause le roman traditionnel, elle peut observer à la loupe ces mouvements intimes à peine conscients qui alors « bouillonnent davantage ». Les « ils » et les « elles » qui définissent les personnages traduisent l’anonymat et l’universalisme des tropismes, parce que « nous sommes tous seuls lorsque nous ressentons cela ». Selon elle, le soupçon est né dès lors que s’est imposé « un je anonyme qui est tout et qui n’est rien et qui n’est le plus souvent qu’un reflet de l’auteur lui-même » (l’Ère du soupçon).

Cette volonté de rompre avec la narration classique est assez radicale en France, mais ne l’est pas, par exemple, dans la littérature anglo-saxonne qui connaît déjà des tentatives similaires notamment avec Ce que savait Maisie d’Henry James, Ulysse de James Joyce, mais aussi les Vagues (1931) de Virginia Woolf. En effet, dans leurs œuvres déjà, comme dans celles de Franz Kafka ou de Marcel Proust — dont Nathalie Sarraute revendique également l’héritage —, la liberté de style, la focalisation interne, le monologue intérieur, le travail sur la mémoire, l’absence de narrateur omniscient, ouvrent la voie à une nouvelle matière romanesque.

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