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Présentation ; De Worth à la Belle Époque ; Les Années folles ; Les courants de l’avant-guerre ; La mode pendant la guerre ; La mode de l’après-guerre : une nouvelle ligne ; L’époque contemporaine
mode, histoire de la, traits caractéristiques de l’évolution des goûts vestimentaires depuis l’apparition, au XIXe siècle, de la haute couture, secteur économique autonome organisé autour de marques et de créateurs individualisés. Cette apparition coïncide avec l’émergence d’une industrie de la confection, touchant une clientèle de plus en plus vaste. Dans une société ayant tendance à se décloisonner, ce phénomène s’accompagne — avec un certain décalage — de la diffusion (par la presse, puis par le cinéma et par la télévision) d’esthétiques vestimentaires (mêlant longues tendances et phénomènes éphémères) qui acquièrent un statut dominant. Directement reliée aux mutations qui affectent les modes de vie et les valeurs des sociétés (telles que les guerres, les périodes de bouleversements sociaux ou les revendications féministes, voir femmes, mouvement des), la mode subit, durant la période considérée, une évolution paradoxale. Si la haute couture, activité de luxe par excellence, placée à la frontière de l’artisanat et de l’industrie, semble réservée à une élite, sociale ou économique, elle s’inscrit dans une évolution plus vaste. La différenciation sociale est atténuée au moyen du vêtement, grâce à cette évolution, au travers de l’expansion de la confection et du prêt-à-porter. De plus, parallèlement à la simplification des usages sociaux, on assiste à une aspiration à une plus grande fonctionnalité. L’apparition, à partir des années soixante, aux côtés des couturiers, de créateurs appelés stylistes témoigne de cette évolution : bien que travaillant pour l’industrie, ces derniers n’en ont pas moins profondément influé sur les tendances de la mode durant les trente dernières années.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il est possible de distinguer, au gré des époques, des modes successives qui se répandent dans les classes privilégiées de la société. Cependant, d’une manière générale, le vêtement apparaît plutôt comme un facteur de différenciation sociale et professionnelle (comme en témoignent, par exemple, les descriptions que l’on trouve chez Honoré de Balzac). Il ne subit donc que de rares évolutions. C’est le cas, notamment, du costume paysan, fortement empreint de particularités locales, qui reste en vigueur dans certaines provinces jusqu’au milieu du XXe siècle, ou du vêtement porté par les ouvriers (que le port de la casquette et de la blouse différencie des boutiquiers ou des bourgeois). Cette situation se modifie sous l’influence de plusieurs phénomènes : le développement de l’industrie des textiles, fortement mécanisée — la soierie lyonnaise, entre autres —, et le perfectionnement des techniques de la teinture. En même temps qu’apparaît, aux côtés des tailleurs, l’industrie de la confection, les premiers magasins de nouveautés sont créés (comme la Belle Jardinière ou la Samaritaine). Ils permettent à leur clientèle de disposer d’un très grand choix, promis à de rapides renouvellements.
C’est dans ce contexte qui correspond, en France, au second Empire, que la haute couture (ou « couture-création ») fait son apparition, avec l’Anglais Charles Frédéric Worth. Fournisseur attitré de l’impératrice Eugénie, Worth introduit la plupart des innovations qui ont caractérisé la haute couture : l’identification d’un créateur (souvent masculin) avec une marque, soigneusement protégée de la contrefaçon ; la présentation chaque année sur des mannequins vivants (appelé alors des « sosies »), d’un certain nombre de modèles exclusifs (confectionnés ensuite aux mesures de chaque cliente) vendus à un prix bien supérieur à leur prix de revient ; enfin, le recours à la publicité. Worth impose Paris comme capitale de la mode, alors que la bourgeoisie d’affaires, enrichie par l’essor de l’industrie et des chemins de fer, est avide de luxe et de fêtes. La mode qui prévaut reflète l’extrême codification de la vie sociale jusque dans la hiérarchisation des modèles proposés (distinction très nette entre toilettes d’après-midi, robes pour un dîner intime, robes pour un dîner privé, robes de bal, robes pour le théâtre, etc.), tandis que l’opulence et la complexité des modèles composent une esthétique dédiée à la représentation. À l’imposante crinoline, dont Worth s’éloigne presque immédiatement, succède une ligne à tournure, dont le volume est assuré, sur l’arrière de la robe, par un pouf baleiné accentuant la cambrure du corps. Un peu plus tard, on verra les polonaises, inspirées du style Louis XVI (la robe de dessus dégage par-devant la robe de dessous, mais forme à l’arrière une très longue traîne). La somptuosité des tissus, qui stimule l’industrie de la soie et la fabrication de la dentelle, l’abondance des rubans et des passementeries du « style tapissier » favorisent le développement des accessoires (des bijoux, mais aussi des fichus, des châles, des sacs et des chapeaux).
À partir des années 1890, une certaine simplification de la ligne vestimentaire commence à s’imposer. Redfern, couturier britannique installé à Paris et à Londres, lance pour l’après-midi le costume-tailleur (plus tard appelé costume-trotteur), comportant une jaquette à basque et une double jupe, participant d’une ligne à la fois plus stricte et plus sportive. Simplifié, ce costume devient bientôt un classique de la garde-robe féminine, après son adoption par la princesse Alexandra, épouse du prince de Galles (le futur Édouard VII). Parallèlement, pour les tenues habillées, on note un allongement de la silhouette, favorisé par l’étranglement de la taille, mais compensé par l’ampleur donnée aux manches (gigot, puis ballon) ; les robes sont généralement ornées d’une petite traîne. À la même époque, le manteau de fourrure devient le complément presque indispensable de la robe habillée. Le costume masculin connaît, pour sa part, peu de modifications, même si on note, aux alentours des années 1880, l’apparition du complet-veston en tweed ; dans l’aristocratie et la bourgeoisie, l’habit et le haut-de-forme restent cependant de rigueur pour tous les types de sorties, et le smoking ne fait son apparition que progressivement, comme tenue de casino. La mode enfantine reste dominée par le costume marin pour les garçons, tandis que les tenues habillées pour les filles (activité qui est à l’origine de la maison Lanvin) reprennent bien souvent les grandes lignes de la mode en vigueur chez les adultes.
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