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mode, histoire de la

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Collection automne-hiver 2001 d’Alexander McQueenCollection automne-hiver 2001 d’Alexander McQueen
Plan de l'article
2.4

La diffusion de la mode

La structure d’une maison de couture, qui compte, lorsqu’elle est importante, plus de mille ouvrières, est fondée sur une séparation très rigide des fonctions. Chaque atelier est spécialisé dans la fabrication d’une partie bien déterminée du vêtement, et la robe n’est assemblée sur le corps de la cliente qu’au dernier essayage. En 1900, on compte, parmi les grands noms de la couture parisienne, Worth (maison alors dirigée par les deux fils du fondateur), son grand rival, Jacques Doucet, célèbre pour ses toilettes vaporeuses inspirées par l’esthétique du XVIIIe siècle, les sœurs Callot (auxquelles reste attaché le nom de la plus connue d’entre elles, Mme Gerber), Redfern (maison dirigée en France par Charles Poynter), Paquin, Drecoll, Dœuillet et Laferrière.

En 1910, est fondée la Chambre syndicale de la couture parisienne, qui impose des règles très strictes à la cinquantaine de maisons qui se partagent le marché. Parallèlement, dans le domaine des accessoires, certaines modistes, comme Virot, Caroline Reboux, Olga Mouliega, Levis ou les sœurs Legroux acquièrent une réputation équivalente à celle des couturiers.

Les deux pôles de la mode sont alors Paris et, dans une certaine mesure, Londres, où les noms de Redfern, Liberty, Paquin, Peter Robinson et Says s’imposent. La diffusion de l’innovation est assurée par les grandes Expositions, comme celles de Paris (1878, 1889, 1900). Les grands magasins servent également de relais en proposant des modèles simples, inspirés de la ligne alors à la mode. De leur côté, les revues, comme les Modes, le Journal des dames et des modes ou le Petit Écho de la mode, reproduisent des modèles et permettent la diffusion d’une certaine esthétique dans tous les points du territoire.

Plus généralement, les centres de la mode sont si peu nombreux qu’ils attirent la clientèle du monde entier, notamment celle de toutes les familles royales, des riches Américaines et des familles fortunées d’Amérique du Sud, tandis que la clientèle des actrices (Réjane est habillée, à la scène comme à la ville, par Doucet, Mistinguett par Drecoll) et des demi-mondaines (comme Cléo de Mérode ou Liane de Pougy) contribue au renom des couturiers.

2.5

La révolution de Poiret

À partir des années 1910 s’amorce le mouvement qui caractérisera les modes de l’après-guerre : une considérable simplification du vêtement féminin. Mariano Fortuny, et surtout Paul Poiret, font ainsi porter leurs recherches sur une rénovation radicale de la silhouette féminine. Dès 1906, Poiret propose une ligne inspirée de la mode du Directoire, avec une taille très haute, remontant presque sous les seins ; en même temps, il rend inutile l’usage du corset, en montant ses robes sur de hautes ceintures renforcées par des baleines, et impose des formes droites et la jupe entravée, d’une ligne très souple et effilée, resserrée aux chevilles.

Proposant de substituer le turban aux volumineux chapeaux, Poiret impose également une rénovation dans l’inspiration des motifs décoratifs, introduisant l’orientalisme, les motifs folkloriques russes (sous l’influence des Ballets russes), mais également le goût des couleurs vives, tranchant avec la palette en demi-teintes de l’époque, où dominent les mauves ou les lilas. Il emploie des artistes, comme Raoul Dufy ou Paul Iribe, ouvrant ainsi la voie à une collaboration suivie entre la couture et toutes les disciplines des arts décoratifs.

À la même époque, nombreux sont les couturiers qui prennent l’habitude de travailler pour le théâtre, mais aussi pour le cinéma, tendance qui sera l’une des constantes de la haute couture jusqu’à nos jours.

3

Les Années folles

3.1

L’émancipation de la femme

La Première Guerre mondiale a une influence considérable sur l’évolution de la mode : l’absence des hommes modifie la place des femmes dans la société. Confrontées à de nouvelles responsabilités, les femmes sont désireuses d’accéder à un style de vie qui soit l’expression de leurs nouvelles aspirations. Les années vingt savent traduire cette émancipation, alors que Paris s’ouvre à toutes les influences, dont témoignent le succès du cabaret Le Bœuf sur le toit ou les revues de Joséphine Baker.

Après quelques tâtonnements, les grands créateurs de l’époque, Jean Patou, Lucien Lelong, Jeanne Lanvin, Jenny, Cheruit, Henri Poirier et le Britannique Molyneux, imposent une silhouette « à la garçonne ». Les robes sont alors raccourcies, largement décolletées à l’arrière, la taille peu marquée, le corset définitivement abandonné. Maquillées de manière artificielle (fards de couleurs vives, sourcils épilés), portant pyjama du soir et cheveux courts, parfois gominés, arborant de longs fume-cigarettes, les femmes manifestent une volonté de libération par rapport aux années de l’avant-guerre. Les chapeaux lourdement ornés disparaissent ainsi au profit du chapeau cloche, les chaussures, désormais visibles, sont souvent réalisées dans le même tissu que la robe. De nouvelles étoffes, comme la mousseline brochée de métal, le kacha, le tussor, le shantung naturel font leur apparition.

La pratique des sports impose la création de tenues spéciales pour le tennis, le golf, le casino ou la montagne, qui, en retour, inspirent les modèles de tenues sportives, en maille, comme celles auxquelles Coco Chanel attache son nom.

3.2

L’esprit Art déco

Paul Poiret, avant la ruine qui le contraint à cesser ses activités, participe encore à la grande exposition des arts décoratifs de 1925, dont l’esprit novateur a une grande influence sur la mode de l’après-guerre. Raoul Dufy dessine des modèles d’imprimés pour Bianchini Ferrier. Sonia Delaunay donne à Jacques Heim des modèles de broderie, Jean Dunand réalise pour la modiste Agnès des chapeaux faits de coquilles d’œuf arrangées comme des mosaïques. Les bijoux de Georges et de Jean Fouquet, les sacs à main cubistes, traduisent la domination du style Art déco. Des accessoires, comme les boas de plumes, les ombrelles et les éventails, viennent compléter les tenues. Les tissages de perles, les broderies de Lesage, les franges, les tissus lamés ou métallisés sont caractéristiques de cette époque. Le costume masculin évolue également, avec la mode du smoking, celle des chemises à col anglais, la diffusion du motif Prince-de-Galles. La maison Lanvin est l’une des premières à ouvrir un département de création pour hommes.

4

Les courants de l’avant-guerre

La crise économique de 1929, qui entraîne l’effondrement de nombreuses fortunes, les inquiétudes relatives à la situation internationale et les bouleversements sociaux ont une profonde influence sur l’évolution de la mode.

Dès la fin des années vingt, on assiste déjà à une remise en valeur des formes du corps (en rupture avec la mode androgyne prévalant jusqu’alors), ainsi qu’à l’introduction de teintes beaucoup plus neutres, comme le beige et le noir. La généralisation du soutien-gorge et de la gaine permet de proposer des modèles à taille marquée, à poitrine soulignée. Les cheveux restent courts, mais ondulés, tandis que la mode du bronzage fait son apparition. Au feutre mou, de rigueur le matin à la ville, succède la capeline, plus habillée, l’après-midi. En 1933, Hermès lance la mode des foulards (ou carrés) en soie imprimée, auxquels son nom restera. Des journaux comme Marie-Claire, fondé en 1938, se font les interprètes de ces transformations.

Cette époque de l’immédiat avant-guerre est dominée par Chanel, célèbre pour ses robes du soir en mousseline de soie, et par Madeleine Vionnet, qui posséde une maîtrise sans égale de la coupe en biais, que l’on retrouve aussi dans les modèles de la maison Augustabernard, renommés pour leurs coloris plus vifs. L’Américain Mainbocher, installé à Paris, acquiert une grande notoriété après avoir réalisé la toilette de mariage de la duchesse de Windsor : le modèle « Bleu Wallis » sera maintes et maintes fois copié. Elsa Schiaparelli se distingue par le caractère novateur de ses collections, ornées de broderies figuratives inspirées du surréalisme. En Grande-Bretagne, enfin, Norman Harnell commence à se faire connaître comme couturier attitré de la famille royale ; cependant, son style, influencé par les peintres du XVIIIe siècle, apparaît un peu en retrait par rapport aux audaces parisiennes, en raison de son caractère figé et cérémonieux.

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