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Trenet, Charles (1913-2001), auteur, compositeur et interprète français.
Charles Trenet est né à Narbonne. D’une enfance marquée par le divorce de ses parents, la séparation d’avec sa mère et la pension, on retiendra surtout la rencontre du peintre Fons-Godail, qui lui donne le goût du dessin et des pinceaux, et celle du poète Albert Bausil, son premier mentor en écriture. À quinze ans, renvoyé du lycée pour indiscipline, il rejoint sa mère qui vit à Berlin. Il y poursuit des études artistiques et découvre le jazz et la musique de Kurt Weill. En 1930, il se fixe à Paris et se voue à la peinture et à la décoration de cinéma, tout en écrivant une ébauche de roman et ses premières chansons. Résidant à Montparnasse, il se lie d’amitié avec Antonin Artaud, Jean Cocteau et Max Jacob et fait la connaissance d’un jeune chanteur et compositeur suisse, Johnny Hess, avec lequel il décide de monter un duo. Charles et Johnny débutent ainsi en 1933, et connaissent un succès rapide grâce à des titres comme « Sur le Yang-Tsé-Kiang », « Quand les beaux jours seront là » ou « Vous qui passez sans me voir » (créé par Jean Sablon). Mais les deux jeunes gens doivent se séparer en 1936, quand Charles Trenet est appelé sous les drapeaux.
À sa démobilisation, celui que l’on surnomme déjà « le fou chantant » se lance en solo et ne tarde pas à sortir son premier disque, qui contient « Je chante » et « Fleur bleue ». Le public retient surtout la première, qui symbolise à merveille le style Trenet, fait de rythmes syncopés et de textes d’une jeunesse et d’une joie de vivre bien en phase avec la période du Front populaire. Grand prix du disque en 1939 pour « Boum », il triomphe à l’ABC, tandis que Maurice Chevalier, au faîte de sa gloire, fait un tabac en 1937 avec l’une de ses compositions, « Y’a d’la joie ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la presse annonce sa mort, Trenet s’occupe d’organiser le Théâtre aux Armées, avant de reprendre le cours de sa carrière, au lendemain de la débâcle. Il tourne alors pour le cinéma (Romance de Paris, 1941), écrit de nouvelles chansons (« Que reste-t-il de nos amours ? », « Débit de l’eau, débit de lait », « la Mer », « Douce France »), et continue de se produire sur scène, en dépit d’une violente campagne antisémite orchestrée contre lui par la presse collaborationniste. Le fait d’avoir chanté pour l’Occupant lui vaut néanmoins dix mois d’interdiction professionnelle au lendemain de la Libération. Sanction injuste, au terme de laquelle son retour sur scène sera follement acclamé par le public de l’ABC. Dans l’intervalle, il s’est lancé à la conquête des États-Unis, de l’Amérique du Sud et du Canada, où il songe à s’installer un temps. En 1951, il renoue avec le public français en chantant pendant deux mois à l’Étoile, puis retourne en Amérique latine avant de faire son premier Olympia en 1954, pour fêter ses vingt ans de carrière et son dix millionième disque vendu, avec de nouvelles chansons telles que « Moi, j’aime le music-hall », « À la porte du garage », « Nationale 7 ».
Le début des années soixante, avec l’arrivée de la vague yé-yé, marque une éclipse dans sa carrière ; mais si le public français le délaisse, il n’en continue pas moins de se produire à l’étranger. Après s’être trouvé mêlé à des procès peu glorieux, il décide de faire front et de reconquérir cette « Douce France » qui le boude. Un retour marqué, en 1971, par l’album Fidèle, et par un nouveau passage à l’Olympia ; ce même Olympia où il fait ses adieux à la scène en 1975. Cette retraite sera de courte durée : en avril 1977 « le fou chantant » est plébiscité par le jeune public, à l’occasion d’une mémorable soirée spéciale au Printemps de Bourges. Désormais, Trenet ne cesse plus de chanter (inauguration du Zénith en 1984 ; Théâtre des Champs-Élysées en 1987 ; théâtre du Châtelet en 1988 ; palais des Congrès en 1989 ; Opéra- Bastille en 1993 ; salle Pleyel en 1999), ni d’enregistrer (Les poètes descendent dans la rue, 1999). Lorsqu’il s’éteint, c’est l’un des derniers monuments de la chanson française qui disparaît. Bien que controversé, le personnage a tant marqué le xxe siècle qu’on s’accorde à reconnaître l’existence d’un « avant » et d’un « après-Trenet ». Brassens, Brel, Ferré, Aznavour, Higelin, pour ne citer qu’eux, ont d’ailleurs toujours reconnu leur dette à son égard.
Sélection discographique :
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