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classicisme (littérature)Article
Plan de l'article
Présentation ; Classicisme, un « anti-romantisme » ; Classicisme, un « anti-baroque » ; Le classicisme français du xviie siècle ; La prose classique : du decorum au réalisme élégant ; Épopée et théâtre classique
Malgré cette confusion lexicale et la diversité des œuvres produites à l’époque dite classique, on peut tenter de définir le classicisme comme moment historique. Le contexte est relativement instable : les pays du Sud sortent de leur siècle d’or, ceux de l’Est sont ravagés par la guerre, ceux du Nord s’enrichissent mais connaissent des troubles. L’État français cherche, quant à lui, une stabilité après les guerres civiles du xvie siècle (les guerres de religion) et celles du milieu du xviie siècle (la Fronde). La recherche d’une organisation harmonieuse et solide entre les élites sociales (caste parlementaire, grande noblesse d’épée) ou entre les courants religieux (gallicanisme et romanisme jésuite) comprend naturellement un volet culturel. Prolongeant la politique du cardinal de Richelieu, Louis XIV affirme la vigueur de l’État en renforçant son administration et en intervenant dans l’économie. Il instaure également une politique culturelle à l’aide de subventions à des auteurs choisis et grâce à la fondation d’institutions d’État telles que les Académies (Institut de France). Le cardinal de Richelieu fonde l’Académie française en 1634 et lui ordonne trois ans plus tard de rendre son jugement pour terminer la « querelle du Cid » (polémique littéraire autour d’un succès de Corneille). Par la suite sont créées l’Académie royale de peinture et de sculpture (1648), celle d’architecture (1671) et celle de musique (dont Lully devient directeur en 1672). Par ailleurs, la mainmise royale sur le théâtre s’accomplit lors de la fusion de trois troupes pour former la Comédie-Française (1680).
Parallèlement le comportement en société se codifie par la définition d’un idéal de l’« honnête homme ». Ce modèle est systématisé par l’écrivain Nicolas Faret dans l’Honnête homme ou l’art de plaire à la cour (1630). Il pose les vertus héroïques de cet homme qui doit être bon guerrier, bon amant, et dont la morale chrétienne est sans faille. Ce modèle est repris et corrigé par Antoine Gombaud, chevalier de Méré, dans ses Conversations (1668) et ses Lettres (1682). « L’honnête homme » est un courtisan soucieux de plaire au roi Louis XIV. C'est le triomphe du « bel esprit », mondain et frivole. Les auteurs et les institutions de Louis XIV travaillent également pour définir le bon usage du français, au-delà de la diversité conflictuelle des castes et des goûts. Et l’Académie française se voit confier la tâche d’élaborer un dictionnaire, une rhétorique et une poétique : les trois domaines envisagés sont donc la langue, la prose et la littérature en vers.
La France du xviie siècle connaît encore le multilinguisme, avec des parlers ou des accents régionaux et sociaux très contrastés. Cependant depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts (août 1539), le français n’est plus perçu comme une langue « vulgaire » par rapport au latin, comme c’était encore le cas au siècle précédent. Reste à en fixer le bon usage, c’est-à-dire « la façon de parler de la plus saine partie de la cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps », comme l’écrit le seigneur de Vaugelas dans ses Remarques sur la langue française (1647). De nombreux ouvrages paraissent à la suite du sien, notamment celui de Gilles Ménage, Observations sur la langue française (1672). La fin du siècle voit paraître les trois premiers dictionnaires de la langue française : le Dictionnaire des mots et des choses de Pierre Richelet, 1680 ; le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière, 1690 ; le Dictionnaire de l’Académie, 1694.
La réflexion sur la prose classique dérive de celle sur l’art oratoire : les belles lettres naissent de l’éloquence, un des cinq piliers de la rhétorique. À ce titre, le style et les ouvrages de Cicéron (De oratore, Brutus) sont fondateurs. Les érudits s’interrogent sur le meilleur style : quel est-il ? Est-ce l’« atticisme » (style sévère et simple) ou l’« asianisme » (style plaisant et orné) ? Cicéron insistait sur la nécessité du decorum, c’est-à-dire de l’adaptation du discours à la situation et à l’auditoire, impliquant des styles plus ou moins élevés et ce decorum devient un concept clé du classicisme, par exemple dans l’écriture des lettres (notamment dans les recueils de lettres fictives ou réelles appelés Secrétaires). Les débats français reprennent alors les débats italiens. La civilisation de cour de la noblesse d’épée (la « cour ») et la conscience de classe de l’aristocratie de robe (la « ville ») s’y heurtent, tout comme les personnages de Trissotin l’arrogant frivole et de Vadius le pédant austère dans les Femmes savantes de Molière. S’ajoute à cela un débat sur la prose chrétienne qui se place sous le signe de saint Augustin. C’est dans les années 1620-1630 que se forme un consensus français, dont la fin du siècle livre les synthèses notamment à travers l’ouvrage de l’érudit père jésuite Bouhours, Entretiens d’Ariste et d’Eugène, 1671. Préparée par les traductions (les « belles infidèles ») en français des historiens latins, la prose classique livre ses chefs-d’œuvre, dans des registres qui vont du style « naïf » c’est-à-dire naturel (les Lettres de Madame de Sévigné) au style d’apparat (les Sermons et Oraisons de Bossuet). La prose s’illustre aussi par les mémoires (ceux du cardinal de Retz ou du duc de Saint-Simon), les œuvres morales (Maximes du duc de La Rochefoucauld et Caractères de Jean de La Bruyère) mais aussi les contes (notamment ceux de Charles Perrault). Comme Nicolas Poussin sait s’éloigner en peinture à la fois du style du Caravage et du maniérisme, le roman abandonne à la fois le réalisme cru des « histoires comiques » (Charles Sorel, Antoine Furetière, Cyrano de Bergerac) et l’irréalité élégante des longs romans de bergers (notamment les romans pastoraux illustrés par Honoré d’Urfé avec l’Astrée) ou de princes (romans héroïques illustrés par Mademoiselle de Scudéry avec le Grand Cyrus). Le récit tend plutôt à élaborer un réalisme élégant, qu’illustrent bien les récits historiques comme la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette.
L’Académie n’a jamais rédigé sa poétique, mais Nicolas Boileau livre la sienne en 1674. Les grands noms pour la postérité y figurent déjà : François de Malherbe, père de la poésie lyrique classique, mais aussi Pierre Corneille, Jean Racine et Molière pour la poésie « dramatique », c’est-à-dire le théâtre. La poétique classique (appelée « doctrine classique ») se place sous le signe de celle d’Aristote et de ses commentateurs italiens (Joseph Juste Scaliger, 1561 ; Ludovico Castelvetro, 1570) ou hollandais (Daniel Heinsius, 1611 ; Gérard Jean Vossius, 1647). Elle reprend à l’Antiquité la définition de la littérature comme « imitation » et le précepte « plaire et instruire », qui a entre autres servi à justifier l’existence du théâtre contre les attaques des catholiques rigoureux. La comédie vaut par la satire morale, la tragédie par la « catharsis », c’est-à-dire la « purgation des passions ». Les deux grands genres classiques sont l’épopée (« poème héroïque ») et la tragédie. L’épopée (Jean Chapelain, la Pucelle, 1656) ne donne pas de chefs-d’œuvre. En revanche, une dramaturgie classique, codifiant la tragédie et la grande comédie, s’élabore à partir de la réflexion sur la tragédie : notamment la Lettre sur la règle des vingt-quatre heures (1630) de Jean Chapelain, ainsi que les textes polémiques autour du Cid et de la Pratique du théâtre (1657) de l’abbé d’Aubignac et les Discours et Examens (1660) de Pierre Corneille. Ces théories s’ajoutent à une riche expérimentation rendue possible par l’essor du théâtre joué, à la création de troupes fixes à Paris et à la pratique du mécénat pour les troupes itinérantes. Une nouvelle et féconde classification voit le jour : farce, tragi-comédie régulière ou non, pastorale, théâtre à machines et opéra. La règle fondamentale la plus célèbre du théâtre classique est celle dite « des trois unités » (d’action, de temps, de lieu). Selon cette règle, l’intrigue forme un tout organique (unité d’action). De plus, elle préconise, pour une « imitation » parfaite, d’éviter la rupture spatio-temporelle : la scène ne représente qu’un seul lieu (unité de lieu), et le temps de la fiction se rapproche du temps de la représentation en n’excédant pas vingt-quatre heures (unité de temps). L’entrée et la sortie des personnages se font, en outre, de façon à marquer l’enchaînement temporel des scènes (liaison des scènes). Chaque pièce se construit selon les règles précédentes et selon les règles de la vraisemblance, de la cohérence des caractères et de la « bienséance » qui recommande de ne pas choquer le spectateur. Le théâtre de Jean Racine, davantage que celui de son aîné Pierre Corneille, trouve précisément sa force esthétique dans le respect même de ces unités. Le tragédien crée une atmosphère de huis clos qui participe à l’élaboration de la « crise » tragique, le moment le plus intense de la pièce où se joue le destin des personnages. Souffrances et mort accompagnent toujours les héros classiques qui doutent et tentent d’échapper à leurs destins oppressants. Le succès de la tragédie classique en fait un modèle inégalé qui bride la créativité des successeurs immédiats de Jean Racine. Seuls les dramaturges romantiques, au xixe, ont su innover et renouveler le genre par l’usage de mots issus du quotidien ou par la représentation directe de la mort sur scène.
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