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Plan de l'article
Présentation ; Les prémices d’une œuvre profondément originale ; Une esthétique de la violence ; Un discours iconoclaste sur les arcanes de la réalité
Lynch, David (1946- ), réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain, également photographe, peintre, écrivain et musicien. Artiste protéiforme évoluant en marge des systèmes, David Lynch propose une œuvre unique et inclassable, au fil de laquelle il tente de percer le mystère du réel, cette vérité de façade communément admise qu’il entend déconstruire et dépasser. Toute forme d’étrangeté et de déviance (physique ou psychologique) lui permet alors d’accéder à une réalité différente, une dimension souvent proche du rêve et de toutes ses connotations psychanalytiques et symboliques.
Né à Missoula (Montana) et élevé dans l’Idaho, David Lynch étudie la peinture à la Corcoran School of Art de Washington puis à la Pennsylvania Academy of Fine Arts de Philadelphie. Après deux courts métrages (The Alphabet en 1967 et The Grandmother en 1969), il réalise son premier long métrage (Eraserhead, réalisé de 1972 à 1976 et sorti en 1977) avec un budget extrêmement réduit, des acteurs inconnus et dans des conditions quasi artisanales ; ce film à l’atmosphère surréaliste et cauchemardesque fait aujourd’hui encore l’objet d’un véritable culte. Elephant Man (1980), produit par Mel Brooks, obtient, quant à lui, huit nominations aux oscars et place David Lynch parmi les cinéastes les plus prometteurs de sa génération.
Après un détour par la science-fiction (Dune, en 1984, d’après la saga de l’écrivain américain Frank Herbert), David Lynch revient au genre policier avec Blue Velvet (1986) et Sailor et Lula (Wild at Heart, palme d’or au festival de Cannes en 1990), deux œuvres à la fois violentes et inquiétantes. Il réalise ensuite pour la télévision la série Twin Peaks, histoire d’un meurtre perpétré dans une bourgade du nord-ouest des États-Unis et dont l’élucidation se révèle accessoire : cette mise en scène de la vie secrète et extraordinaire de gens ordinaires connaît un immense succès populaire permettant une adaptation pour le grand écran (Twin Peaks: Fire Walk With Me, 1992), qui ne reçoit en revanche qu’un accueil très mitigé.
Producteur et acteur dans Nadja (1994) de Michael Almereyda, libre adaptation du mythe de Dracula, David Lynch réapparaît en tant que réalisateur avec Lost Highway (1997), évocation claustrophobe et délibérément énigmatique de troubles identitaires et description de personnages habités par d’intenses et douloureuses obsessions (notamment sexuelles). Rejeté par une frange de la critique qui stigmatise ses velléités « intellectualisantes » et esthétisantes, le réalisateur américain tourne le dos à une certaine sophistication le temps d’Une histoire simple (The Straight Story, 1999) : le périple d’un vieil homme sur son tracteur dans le Midwest américain suscite une réflexion étonnamment sentimentale et émouvante sur la famille, l’amitié et l’approche de la mort. Mulholland Drive (2001, prix de la mise en scène ex æquo au festival de Cannes), imaginé au départ par David Lynch comme un feuilleton, poursuit la réflexion du réalisateur sur les rapports troubles et insaisissables qui tour à tour lient et opposent la réalité et la fiction. Relatant une quête d’identité menée par deux femmes et orchestrée selon les « canons » du film noir, le film propose plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation. Métaphore du rêve hollywoodien, fait d’illusions, de mensonges et de faux-semblants, Mulholland Drive se nourrit également de nombreuses citations cinématographiques — Gilda (1946) de Charles Vidor notamment — et déroule une thématique articulée autour de l’imagination, du rêve et de la psychanalyse. Inland Empire (2007), tourné en totale indépendance (financière et matérielle) à l’aide d’une caméra vidéo numérique, mêle de nouveau le rêve à la réalité et l’abstraction aux dédoublements des personnages ; le labyrinthe visuel autant que mental ainsi créé écarte toute tentative d’interprétation classique et plonge au contraire le spectateur dans une « expérience » de cinéma plutôt que dans un film au sens traditionnel du terme.
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