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Rollins, Sonny

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Rollins (Sonny), St. ThomasRollins (Sonny), St. Thomas
Plan de l'article
1

Présentation

Rollins, Sonny (1930- ), saxophoniste ténor et compositeur de jazz américain.

Figure inclassable de l’histoire du jazz, improvisateur exubérant doté d’une sonorité puissante et lumineuse, Sonny Rollins cultive les antagonismes et les ruptures dans un jeu qui multiplie les citations, les sarcasmes, les déchirements et les moments de douceur, et emprunte aussi au folklore et à la tradition.

2

Du rhythm and blues à Miles Davis

Né à New York, Sonny Rollins (de son vrai nom Theodore Walter Rollins) grandit dans le quartier de Sugar Hill où il a pour voisins de nombreux jazzmen connus (Don Redman, Andy Kirk, Erskine Hawkins ou Nat King Cole). Il commence par des études de piano, puis passe au saxophone alto avant d’adopter définitivement le saxophone ténor en 1946 et de faire ses débuts professionnels au sein de formations de rhythm and blues (Louis Jordan, Milton Larkins).

En 1948, le chanteur Babs Gonzales l’invite à une première séance d’enregistrement. En 1949, il rencontre Art Blakey, avant de se produire aux côtés de Bud Powell ou de Tadd Dameron (1950), puis d’accompagner Miles Davis pendant six mois avec J. J. Johnson et Fats Navarro (1951). Entre 1951 et 1954, il enregistre avec Charlie Parker, Thelonious Monk, Horace Silver, Roy Haynes ou encore Miles Davis ; Bag’s Groove (1954) comprend trois compositions de Sonny Rollins (« Oleo », « Doxy » et « Airegin », inversion des lettres de Nigeria, témoignage des préoccupations africaines du saxophoniste).

3

Un ténor du hard bop

En 1955, en remplacement de Harold Land, Sonny Rollins se joint à un quartette codirigé par Clifford Brown et Max Roach et qui devient la référence canonique du hard bop ; le groupe enregistre At Basin Street (1956) et, sous le nom de Sonny Rollins seulement, Sonny Rollins Plus 4 (1956). Tenor Madness (1956) restitue quant à lui sa confrontation avec une autre voix majeure du saxophone ténor, John Coltrane.

Entre 1956 et 1959, Sonny Rollins enregistre une série d’albums pour différents labels (Verve, Riverside, Blue Note, Prestige, Contemporary) qui établissent sa réputation d’improvisateur et de musicien éclectique, ouvert à de multiples influences, au prix parfois (aux yeux de certains) d’une certaine dispersion stylistique. Sur Saxophone Colossus (1956, gravé en quartette avec le pianiste Tommy Flanagan, le batteur Max Roach et le contrebassiste Doug Watkins), son solo dans « Blue Seven » est un modèle d’improvisation thématique, issue des structures du blues. Sur le même album, le titre « St. Thomas » est une exploration des rythmes des Caraïbes comme le calypso (ses parents sont originaires des Antilles). Parmi les disques gravés à cette époque, il faut aussi mentionner, pour sa véhémence et son audace abrupte, A Night at the Village Vanguard (enregistré en public en 1957), avec le tandem Wilbur Ware (contrebasse) et Elvin Jones (batterie), ou encore Freedom Suite (1958), avec Max Roach et Oscar Pettiford.

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Ruptures et rebonds

En dépit d’un accueil très favorable de la critique, Sonny Rollins, qui cultive un perfectionnisme destructeur, se retire de la scène en 1959, tandis que John Coltrane et Ornette Coleman portent le jazz vers de nouveaux horizons, toujours plus ambitieux. De retour en 1962, il grave The Bridge (dont le titre fait allusion au pont de Williamsburg à New York, situé à proximité du domicile du saxophoniste, et sous lequel celui-ci avait l’habitude de jouer pendant sa retraite) ; cet album pacifié, au fil duquel brillent les fluides interventions mélodiques du guitariste Jim Hall, est pourtant suivi de On the Outside (1962), une incursion dans les territoires du free jazz en compagnie d’Ornette Coleman, du trompettiste Don Cherry et du batteur Billy Higgins. L’année suivante, il grave un album aux accents déchirés et aux ballades lancinantes, Sonny Meets Hawk (1963), témoignage de sa confrontation-hommage avec Coleman Hawkins.

En 1968, Sonny Rollins se retire à nouveau de la scène musicale et voyage en Inde et au Japon pour étudier le yoga et le bouddhisme zen. De retour en 1972, sans perte d’énergie ni d’esprit d’ouverture, il dirige plusieurs groupes constitués de musiciens plus jeunes et dont la musique fait de multiples emprunts à la pop et au funk. Si son album + 3 (1996) marque un retour à un répertoire plus classique, Sonny Rollins garde sa force de subversion musicale intacte. Le discours environnemental de Global Warming (1998) est à mettre en parallèle avec Freedom Suite (1958), tandis que Without A Song: the 9/11 Concert (sorti en 2005) est enregistré quatre jours après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés aux États-Unis. Sonny, Please (2006) est pour sa part le premier album distribué par son propre label, Doxy Records.

Sonny Rollins a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles un prix de la fondation Guggenheim en 1972 et le prix Jazz Master en 1983, décerné par le National Endowment for the Arts.

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