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Lulu [Alban Berg]

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Lulu [Alban Berg], opéra en trois actes d’Alban Berg, d’après les tragédies de Frank Wedekind intitulées Esprit de la terre (1895) et la Boîte de Pandore (1902).

Lulu est depuis longtemps l’amante du riche docteur Ludwig Schön, directeur d’un grand quotidien, qui lui a fait « une situation » en la mariant à un professeur de médecine nommé Goll. Au premier acte, elle pose pour un peintre ; le professeur de médecine arrive et meurt d’une crise d’apoplexie ; au tableau suivant, elle a épousé le peintre, qui se suicide lorsqu’il apprend sa liaison avec Schön ; au troisième tableau, elle se produit comme danseuse et, apercevant dans la salle la fiancée du docteur Schön, le contraint à rompre. À l’acte II, Lulu et Schön sont mariés ; la jeune femme reçoit chez elle la comtesse Geschwitz (qui est amoureuse d’elle), Schigolch (qui se fait passer pour son père adoptif), le dompteur Rodrigo, un lycéen, et Alwa, journaliste, fils de Schön. Resté seule avec elle, Alwa tombe à ses pieds. Schön revient et assiste à la scène sans se faire voir. Il la surprend, lui donne une arme à feu en lui demandant de la retourner contre elle, mais elle le tue et est arrêtée. Un film muet, pour lequel Berg a composé la musique d’accompagnement, nous présente la suite des événements : on y découvre que Lulu, atteinte du choléra, est envoyée dans un lazaret dont elle parvient à s’évader grâce à un échange de vêtements avec la comtesse Geschwitz, qui prendra sa place. À l’acte III, on retrouve Lulu à Paris où le marquis Casti-Piani la fait chanter ; au dernier tableau, à Londres, elle se prostitue pour subsister et entretenir Alwa et Schigolch. Un de ses clients, Jack l’Éventreur, la tue ainsi que la comtesse Geschwitz, venue rejoindre celle qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.

Interdit par la censure autrichienne, la Boîte de Pandore est donné en privé par Karl Kraus en 1905 (voir Autriche, littérature d’) ; Wedekind en personne prend part au spectacle et Berg y assiste. Deux ans après Wozzeck (1925), ce dernier décide de composer un opéra sur Lulu ; il en établit le livret, mais meurt avant d’avoir achevé le troisième acte dont il reste seulement des esquisses et les passages déjà orchestrés pour les Cinq Morceaux symphoniques de Lulu (1934). Les deux premiers actes, quant à eux, sont créés en 1937 à Zürich. Friedrich Cerha fournit une version orchestrée du troisième acte à partir d’indications laissées par Berg malgré l’interdiction de sa veuve, Helene.

Pour le compositeur comme pour Karl Kraus, Lulu est un personnage fascinant de femme-enfant qui se situe au-delà de la morale conventionnelle. Elle est « celle qui détruit tout parce qu’elle a été détruite par tous ». Formellement, cet opéra est écrit selon la méthode dodécaphonique de Schoenberg. Comme dans Wozzeck, Berg s’appuie sur des formes de la musique pure, mais il a recours à des procédés et à des structures traditionnels comme les récitatifs et les dialogues parlés, les airs et ensembles qui utilisent tous les degrés possibles du sprechgesang (parlé-chanté) jusqu’au chant colorature du rôle-titre.

Une des créations les plus remarquables de cette œuvre a été celle de l’Opéra de Paris en 1979, dirigée par Pierre Boulez et mise en scène par Patrice Chéreau, avec Teresa Stratas dans le rôle de Lulu.

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