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Rapaces, les [Erich von Stroheim]

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Erich von StroheimErich von Stroheim

Rapaces, les [Erich von Stroheim] (Greed), film américain muet en noir et blanc d’Erich von Stroheim, réalisé en 1924.

Un jeune employé de mine nommé Mc Teague (Gibson Gowland), lassé de vivre misérablement avec sa mère, décide de se reconvertir et d’entamer une carrière de dentiste. Installé à San Francisco, il a pour patiente Trina (ZaSu Pitts), une fille d’émigrés allemands dont il s’éprend. Lors d’une séance de soins, il ne peut s’empêcher d’embrasser la jeune fille qui est aussi la fiancée de son meilleur ami, Marcus Schooler (Jean Hersholt). Rongé par le remords, il avoue tout à son ami qui renonce noblement à sa petite amie. Mc Teague et Trina se marient mais Trina, qui a gagné une fortune à la loterie, est progressivement gagnée par une avarice obsessionnelle, tandis que Mc Teague, faute d’un diplôme officiel, est sommé d’arrêter ses activités. La situation se détériore terriblement entre les deux époux, au point que Mc Teague assassine Trina et lui dérobe sa fortune, avant de prendre la fuite dans le désert de la Vallée de la Mort. Décidé à en découdre, Marcus part à sa recherche. Une lutte sanglante s’ensuit en plein désert pendant laquelle Mc Teague blesse mortellement Marcus qui a pourtant réussi à s’enchaîner à son adversaire. Sans eau potable et sans vivres, Mc Teague n’a plus qu’à attendre la mort sous un soleil écrasant, attaché au cadavre de son ennemi.

L’œuvre et la vie du cinéaste et acteur Erich von Stroheim sont entourées d’une aura de légende : ce dernier est en effet une des plus grandes figures mythiques de cet âge d’or du cinéma américain où sont pléthore les hommes de génie (atteints de mégalomanie comme ce Viennois exilé) qui se sont jetés à corps perdu dans les projets les plus démesurés. Avec les Rapaces, le réalisateur de Folies de femmes (Foolish Wives, 1921) entreprend l’adaptation avec une fidélité maniaque (c’est-à-dire au mot près) du roman naturaliste de Frank Norris, Mc Teague (1899). Odyssée de la cupidité et du déterminisme social, cette fresque hallucinée au réalisme cru décrit des personnages minables qui avancent toujours plus loin dans la déchéance. La fatalité y est omniprésente, fatalité sociale tout d’abord — incarnée par la toute-puissance de l’argent (qui détruit inexorablement le couple) —, puis fatalité archétypale qui, de toute éternité, est liée à la condition humaine. De la ville jusqu’au désert, la trajectoire spatiale du film reproduit un mouvement inéluctable de retour à la sauvagerie et à la violence primitives. Dans son parti pris de réalisme absolu, Erich von Stroheim a d’ailleurs exigé de tourner uniquement en décors naturels, allant jusqu’à exiger que l’appartement de Mc Teague à San Francisco ait été le lieu d’un véritable meurtre.

Le cinéaste, après avoir effectué un premier montage de huit heures (40 bobines), verra contre son gré son film réduit par les producteurs de la MGM, Louis B. Mayer et Irving Thalberg, à une version exploitable en salles de deux heures.

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