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Justine ou les Malheurs de la vertu [Sade]

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Justine ou les Malheurs de la vertu [Sade], roman du marquis de Sade, publié (dans sa seconde version) en 1791.

Ce n’est pas un livre mais trois. Le texte évolue en effet, après d’amples remaniements, du conte philosophique composé en 1787 à la Bastille, les Infortunes de la vertu, au roman, Justine ou les Malheurs de la vertu, publié en 1791, avant de devenir le texte fleuve définitif, la Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur (ce dernier volet, ajouté au premier, étant plus connu sous le titre Juliette ou les Prospérités du vice), publié en 1797.

Première manifestation en France du « genre noir », ce roman donne à comprendre à la fois la puissance de l’imagination de Sade et sa capacité à remettre en cause non seulement la morale et les valeurs sociales mais aussi, dans une moindre mesure toutefois, l’écriture et les genres littéraires.

Justine est une jeune fille qui, à l’âge de douze ans, se voit jetée à la rue après la ruine de son père et la mort de sa mère. Si sa sœur Juliette, qui conçoit ce malheur comme le début de la liberté, va suivre le chemin du mal, Justine, candide incarnation du bien, « a toutes les vertus, et de chaque vertu se voit punie. Compatissante, un mendiant la dévalise. Pieuse, un moine la viole. Honnête, un usurier la ruine [...] elle porte bonheur à qui abuse d’elle » (Jean Paulhan). C’est par son obstination à demeurer vertueuse qu’elle subit ainsi jusqu’au martyre les supplices sexuels et les tortures physiques les plus raffinés, dont elle livre elle-même au lecteur la confession.

Sade ne se contente pas de mettre en œuvre sa philosophie — l’absolue liberté du désir et sa réalisation comme condition du bonheur — et de montrer comment le mal profite aux seuls hommes qui choisissent de suivre sa voie, il remet aussi en cause l’écriture romanesque même. Avec cette seconde version, ce sont les molles douceurs du roman libertin (voir Libertinage) qu’il balaie d’un geste. Ainsi, l’écriture romanesque abolit sous la plume de Sade les limites du langage et, tout pouvant être dit, c’est d’une certaine façon la puissance même de la liberté qui s’exprime là dans sa nudité tout entière.

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