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Ange bleu, l' [Josef von Sternberg]

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Josef von SternbergJosef von Sternberg

Ange bleu, l' [Josef von Sternberg], (Der Blaue Engel), film allemand en noir et blanc de Josef von Sternberg, réalisé entre 1929 et 1930.

L’austère et moralisateur professeur Rath (Emil Jannings) tombe éperdument amoureux de la jeune chanteuse Lola-Lola (Marlène Dietrich), qui se produit sur la scène de L’Ange bleu, cabaret malfamé que fréquentent les turbulents élèves du professeur. Il abandonne son poste pour l’épouser et la suivre dans ses tournées, devenant rapidement son souffre-douleur continûment humilié. Quelques années plus tard, Lola-Lola est de retour sur la scène de L’Ange bleu, dont la salle comble, réunissant anciens élèves et collègues, attend impatiemment le fameux cri du coq poussé par l’ancien professeur lorsque le prestidigitateur lui écrase un œuf sur le crâne. Comble de l’humiliation : après le spectacle, Rath découvre Lola aux bras d’un bellâtre dans les coulisses. Dans un élan de fureur, il tente de l’étrangler. Jeté à la rue, il finit par aller mourir de froid et d’épuisement dans son ancienne salle de classe.

Adapté du roman Professor Unrat de Heinrich Mann, l’Ange bleu est le premier et seul film allemand de Josef von Sternberg. C’est à l’invitation du producteur Erich Pommer que celui-ci se rend aux studios de Babelsberg pour y diriger la jeune Marlène Dietrich, déjà considérée à l’époque comme la rivale de Greta Garbo, aux côtés d’Emil Jannings et des vedettes de cabaret Hans Albers, Rosa Valetti et Kurt Gerron. Après l’Ange bleu, Josef von Sternberg retourne à Hollywood en emmenant « sa » vedette qu’il consacrera avec des films comme X 27 (Dishonored, 1931) ou l’Impératrice rouge (The Scarlet Empress, 1934). À travers une atmosphère expressionniste digne de Friedrich Murnau, Sternberg transforme ici le roman naturaliste de Mann en un sulfureux poème d’amour baudelairien, dépeignant les affres et la déchéance d’un digne bourgeois qui succombe à l’érotisme mortifère d’une chanteuse de cabaret. Les grandes lignes du style de Sternberg éclatent ici avec force, notamment sa conception du plan envisagé comme espace à investir jusqu’à la surcharge. Cette orientation s’accompagne d’une grande attention apportée au décor qui, multipliant les voiles et les écrans, acquiert une présence réellement envahissante. Face à cette pesanteur des apparences et de la matière, les personnages n’ont pas d’autre choix que d’entrer dans le jeu du semblant et du paraître, au point, parfois, de se faire purs objets. C’est ce qui caractérise le personnage de Lola-Lola dans l’Ange bleu, et au-delà, la plupart des rôles interprétés par Marlène Dietrich dans les films de Sternberg. Quant à l’homme, empêtré dans la spirale des apparences spécieuses et des leurres du désir, il est souvent contraint de s’avilir, au point de perdre sa propre estime — son seul but étant dès lors de la regagner.

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