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Belle Noiseuse, la [Jacques Rivette]

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Jacques RivetteJacques Rivette

Belle Noiseuse, la [Jacques Rivette], film français en couleurs de Jacques Rivette, réalisé en 1991.

Nicolas, un jeune peintre (David Bursztein) et sa compagne, Marianne (Emmanuelle Béart) se rendent au château du peintre Frenhofer (Michel Piccoli) et de sa femme (Jane Birkin) pour une visite d’atelier suivie d’un dîner. Le vieux maître a cessé de peindre depuis dix ans, laissant inachevé son tableau la Belle Noiseuse dont sa femme fut le modèle. Pourtant, au cours de cette visite, un étrange « contrat » s’élabore : si Nicolas autorise Marianne à poser comme modèle pour Frenhofer, il pourra en échange contempler le tableau du maître une fois celui-ci achevé. La jeune femme relève le défi et se rend d’elle-même à la première séance de pose.

Chaque film de Jacques Rivette a l’ambition de piéger les plus secrets rapports entre les êtres, et cette adaptation du Chef d’œuvre inconnu de Balzac n’échappe pas à la règle. En s’enfermant dans l’atelier de Frenhofer, le cinéaste nous montre avec un plaisir et un savoir uniques l’intime réalité de la relation du peintre et du modèle. Aussi le film constitue-t-il le plus beau document sur la création picturale. Des enthousiasmes aux moments de tension extrême, de la fatigue au manque d’inspiration, aucune étape du long chemin qui mène de la genèse d’une œuvre à son achèvement n’est occultée. La durée du film — quatre heures — permet de décrire les moindres basculements de la création, les moindres errements du pinceau vécus par le spectateur en temps réel. Chaque coup de crayon, chaque tracé, chaque crissement durent à l’écran ce qu’ils durent dans la réalité. Rivette enregistre ainsi l’acte de peinture dans ce qu’il a de physique, que celui-ci soit du fait objectif de la main du peintre (« doublé » par Bernard Dufour, « vrai » peintre) ou l’effet en creux induit du corps du modèle (de ses contorsions dans les poses les plus inconfortables ou de ses efforts pour tenir celles-ci jusqu’à l’extrême limite). Frenhofer et Marianne s’enferment dans une folie créatrice soustraite au monde extérieur et au temps. Même si Rivette montre subrepticement à plusieurs reprises les rayons du soleil qui percent à travers persiennes et portes closes, la Belle Noiseuse nous fait pénétrer au cœur d’une relation hors de prise de l’écoulement des heures, des jours et des nuits.

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