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Cabinet du docteur Caligari, le [Robert Wiene]

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Wiene (Robert), le Cabinet du docteur CaligariWiene (Robert), le Cabinet du docteur Caligari

Cabinet du docteur Caligari, le [Robert Wiene] (Das Kabinett des Dr Caligari), film muet allemand en noir et blanc de Robert Wiene, réalisé en 1919.

Dans un asile d’aliénés dirigé par le docteur Caligari (Werner Krauss), un jeune interné raconte son histoire : à l’occasion d’une foire, le jeune homme est attiré par la roulotte d’un psychiatre et hypnotiseur (également nommé Caligari dans l’esprit dérangé du jeune homme), qui harangue la foule et présente sa « créature » : le somnambule Cesare (Conrad Veidt), totalement soumis aux volontés de Caligari. Des meurtres commencent à être commis dans la ville et la fiancée du narrateur, Jane (Lil Dagover), disparaît. Les diverses pistes convergent toutes pour remonter au mystérieux docteur Caligari.

Œuvre phare des années 1920, le Cabinet du docteur Caligari est le film-manifeste du courant qui domine cette décennie du cinéma allemand : l’expressionnisme (voir expressionnisme, littérature et cinéma). Le climat tendu et dépressif de l’Allemagne de la République de Weimar a contribué à faire émerger cette forme de cinéma repliée sur elle-même, en discordance totale et volontaire avec le réel. La stylisation extrême des décors plats et peints sur toile des peintres et architectes Hermann Warm, Walter Reimann et Walter Röhrig, qui distordent les perspectives (et obligent la caméra à une certaine fixité), une utilisation de l’éclairage qui joue des ressources du clair-obscur, des acteurs aux postures figées et automatiques, apparaissent comme autant de caractéristiques, mobilisées ici pour atteindre à l’expression la plus forte et la plus sensorielle d’une atmosphère hallucinée et morbide. Dans son essai fondateur De Caligari à Hitler (From Caligari to Hitler, A Psychological History of the German Film, 1947 traduction française 1973), Siegfried Kracauer envisage le personnage de Caligari comme une préfiguration, à l’instar du Mabuse de Fritz Lang, de la folie meurtrière de Hitler.

La réalisation du Cabinet du docteur Caligari fut tout d’abord proposée à Fritz Lang qui refusa, mais suggéra d’encadrer le récit principal (signé Carl Mayer) par un prologue et un épilogue justifiant l’atmosphère fantastique et invraisemblable du film. Le propos initial perdit alors en subversion pour gagner en rationalité, transformant la condamnation de la « folie » inhérente à toute autorité en légitimation de cette autorité. S’il dispense ses derniers feux dans les années trente, l’expressionnisme continue néanmoins d’imprégner le cinéma mondial, et en particulier des œuvres comme Citizen Kane d’Orson Welles (1941), Ivan le Terrible de S. M. Eisenstein ou le Jour se lève de Marcel Carné, et plus largement de nombreux films d’angoisse et d’épouvante allemands et hollywoodiens.

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