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Cris et Chuchotements [Ingmar Bergman] (Viskningar och rop), film suédois en couleurs d’Ingmar Bergman, réalisé en 1973. Agnès (Harriett Andersson) se meurt. Ses deux sœurs, Karin (Ingrid Thulin) et Maria (Liv Ullmann), s’affairent à son chevet, mais ne font que s’entre-déchirer et se révèlent incapables d’accompagner la mourante. Seule Anna (Kari Sylwan), la servante bien-aimée, se tient proche d’Agnès, faisant revivre les temps bénis où la famille était unie. Après la mort d’Agnès, Anna est renvoyée tandis que les deux sœurs n’ont cesse de poursuivre leurs querelles. Long récit d’une agonie, Cris et chuchotements (récompensé en 1997 par la palme d’or des palmes d’or au cinquantième festival de Cannes) appartient à la série des films de chambre du cinéaste suédois. L’agonie d’Agnès est filmée comme la métaphore de la décomposition d’une famille, observée par Ingmar Bergman avec un soin presque maniaque et impudique. Comme à son habitude, le cinéaste se concentre sur les visages et, sans jamais hésiter à les filmer en très gros plan, cherche dans la moindre ride les secrets familiaux inavouables. Ces visages sont ceux des actrices bergmaniennes de toujours, filmées depuis le temps de leur splendeur jusqu’au crépuscule de leur beauté. Outre Ingrid Thulin et Liv Ullmann, on retrouve Harriett Andersson (l’image même du désir vingt ans auparavant dans Monika), qui joue un rôle de composition impressionnant en rentrant totalement dans la peau de l’agonisante. La cruauté d’Ingmar Bergman s’affiche là encore au grand jour dans sa manière de filmer une actrice profondément marquée par les années. Mais le film vaut aussi par le travail singulier de Sven Nykvist, le directeur de la photographie attitré de Bergman, qui en a fait une sorte de symphonie en pourpre, couleur à laquelle François Truffaut attribuait tout le succès du film.
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