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Salon de musique, le [Satyajit Ray] (Jalsaghar), film indien en noir et blanc de Satyajit Ray, réalisé en 1958. Au Bengale, dans les années vingt, un vieil aristocrate se souvient de la musique de son fils et des musiciens qu’il conviait jadis dans son salon. Mais son fils et sa femme sont morts, et ses affaires périclitent. Pour narguer son créancier, il décide de rouvrir son salon à la musique, et se ruine en donnant un ultime récital. Dès son quatrième film, Satyajit Ray, ancien assistant de Jean Renoir, abandonne le lyrisme romantique de ses premiers films et pose les bases essentielles des œuvres à venir : rigueur, réalisme et économie. le Salon de musique fait le portrait d’un homme qui se replie sur sa sensibilité et se coupe du monde extérieur. Son absence d’humilité lui autorise une sublime sortie de scène, mais ne lui ménage aucun espoir de survivre — sinon dans la fuite. Le metteur en scène détaille à loisir les facettes de l’affect autodestructeur qui afflige ce propriétaire terrien mélomane, en même temps qu’il permet au spectateur de s’insinuer dans les recoins les plus profonds de son âme, en particulier par le biais des mouvements de caméra, tout cela avec une discrétion et une douceur d’un raffinement inégalé. Chez le cinéaste bengali, la mise en scène, bien qu’omniprésente, revendique avec hauteur son invisibilité. Geste à la modestie aristocratique héritée de son maître Jean Renoir, qui n’a eu de cesse de rendre chaque procédé cinématographique imperceptible et d’en cacher systématiquement les moindres manifestations. Les trouvailles cinématographiques et autres audaces visuelles laissent Satyajit Ray indifférent. Classique jusqu’au bout des ongles, seule compte pour lui la lente pénétration simultanée des états d’âmes de ses personnages et de leur environnement. Cette sobriété, faite d’un mélange paradoxal de recul et d’empathie, de distance extérieure destinée à rendre compte de l’intériorité des êtres, fonde le credo de toute la carrière du cinéaste. Découvert en France au début des années quatre-vingt, le Salon de musique est un des chefs-d’œuvre qui ont contribué à la reconnaissance et à la notoriété internationales de Satyajit Ray — cinéaste que Hollywood honora d’un oscar peu de temps avant sa mort.
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