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Soupe au canard [Leo McCarey]

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Soupe au canard [Leo McCarey] (Duck Soup), film américain en noir et blanc de Leo McCarey, réalisé en 1933.

Trentino (Louis Calhern), l’ambassadeur de Sylvania, voudrait épouser Mrs. Teasdale (Margaret Dumont), la veuve milliardaire du président de Freedonia, pour s’approprier ses terres. Mais celle-ci a déjà confié les clefs du royaume à Rufus T. Firefly (Groucho Marx) qu’elle admire. Trentino envoie donc deux espions, Pinky (Harpo Marx) et Chicolini (Chico Marx) pour renverser son rival, mais leur incompétence est telle qu’elle déclenche la guerre entre les deux pays.

La Soupe au canard est certainement l’œuvre la plus drôle et la plus subversive, en même temps que la plus justement célébrée des Marx Brothers. Mis en scène par Leo McCarey, l’ancien assistant de Tod Browning et le futur grand prêtre de la comédie américaine avec l’Extravagant Mr. Ruggles (Ruggles of Red Gap, 1935) ou Cette sacrée vérité (The Awful Truth, 1937), la Soupe au canard brille par la tenue et la rapidité d’un rythme qui enchaîne gags visuels et blagues sonores pour mieux satiriser l’héroïsme militaire, la conquête du pouvoir politique et la justice. Pourtant fort éprouvé par le tournage (« Je préfère payer pour les voir au cinéma plutôt que de les diriger moi-même », a-t-il déclaré), nul mieux que McCarey n’a su mettre en valeur l’originalité et le tranchant du comique des Marx Brothers. Les quatre frères détournent ici le burlesque de sa tradition muette et fondent leur humour sur un véritable « étourdissement » de la parole par le délire absurde. Ils renouent par là avec la verve initiale et anarchiste du burlesque américain (représentée avant tout par Mack Sennett) qui, au moyen d’un flux continu de paroles frappées du sceau de la folie, dissout l’ordre en désordre. C’en est fini des contrepoints mélodramatiques et de la rêverie sentimentale d’un Chaplin ou d’un Buster Keaton. Ne reste ici qu’une accumulation d’effets comiques qui s’enchaînent à une vitesse fulgurante au point de donner le vertige au spectateur. Les Marx Brothers ne préparent pas leurs gags en les faisant précéder d’une pause mais dévastent les temps morts de leur furie tout en détournant systématiquement le récit de sa direction initiale. Ainsi chaque situation est-elle retournée comme un gant et ignore joyeusement l’idée même de logique narrative. Impossible de ne pas comprendre l’admiration que portaient les poètes surréalistes aux frères Marx en voyant la Soupe au canard. Le non-sens impose sa folie propre, toute forme d’autorité est systématiquement bafouée au profit d’une révolution permanente, dans un film d’une rare lucidité qui, dès 1933, se déclarait sans ambiguïté anti-munichois.

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