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Front islamique du salut [FIS]

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Présentation

Front islamique du salut [FIS], formation politique algérienne, interdite depuis 1992, militant pour la création d’un État islamique fondé sur le Coran et la Sunna.

Créé en mars 1989, le Front islamique du salut (FIS) n’a existé légalement que durant trois années. En mars 1990, il a obtenu la majorité des voix lors des premières élections municipales libres en Algérie. Mais sa victoire au premier tour des élections législatives, le 26 décembre 1992, a entraîné, sous la pression des militaires, l’interruption du processus électoral. Dès janvier 1992, une partie de ses militants et sympathisants sont passés à la lutte armée. La cour d’Alger a prononcé la dissolution du FIS le 4 mars 1992.

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L’expression de l’islamisme algérien

Lorsqu’il se crée, le FIS fédère plusieurs courants de l’islamisme algérien, qui connaît une audience croissante depuis le début des années quatre-vingt. Les islamistes tissent durant cette décennie un réseau d’associations de bienfaisances et de mosquées qui échappent au contrôle des autorités gouvernementales. Lors d’émeutes en octobre 1988, au cours desquelles les forces de l’ordre tirent sur les manifestants, leurs prédicateurs, au premier rang desquels se trouve Ali Benhadj, encadrent les contestataires, d’abord réunis spontanément.

À partir de cette date, les futurs dirigeants du FIS organisent la contestation sociale et politique. Le FIS mobilise les exclus d’un système monopolisé par le parti unique, le Front de libération nationale (FLN), sur les thèmes de la justice sociale et de la lutte contre la corruption. Il rassemble les jeunes, premières victimes du chômage, les artisans et petits commerçants, mais aussi une partie de la classe moyenne instruite, composée de diplômés qui n’ont pas accès aux postes à responsabilités.

À une population paupérisée par le contre-choc pétrolier de 1986, il offre une identité culturelle, arabo-islamique, en dénonçant l’occidentalisation de l’élite dirigeante.

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Un mouvement divisé

Le FIS n’est pas homogène. Schématiquement s’opposent deux tendances, représentés par ses deux dirigeants historiques, Ali Benhadj et Abassi Madani.

Ali Benhadj, né en 1956, ancien professeur de l’enseignement secondaire, est un prédicateur charismatique. De 1983 à 1987, il est emprisonné puis assigné à résidence pour avoir défendu la lutte armée menée dès cette époque par certains islamistes. Exprimant la tendance radicale, il privilégie constamment, même durant la période légale du FIS, le recours à la violence comme moyen de conquête du pouvoir.

Abassi Madani, né en 1931, fils d’imam, représente la génération de la guerre d’indépendance, durant laquelle il a été emprisonné pour avoir participé à l’insurrection de novembre 1954. Titulaire d’une thèse d’État en éducation, universitaire, élu du FLN de 1969 à 1974, il veut accéder au pouvoir grâce à la mobilisation électorale des masses.

Abassi Madani s’assure du contrôle de la direction du parti et impose la voie électorale. Après l’interruption du processus électoral, les deux tendances s’opposent de plus en plus. La répression exercée sur les militants du FIS, dont plusieurs milliers sont internés dans des camps, pousse nombre d’entre eux dans la violence. Les plus radicaux rejoignent le Groupe islamique armé (GIA), créé par de jeunes islamistes échappant au contrôle du FIS. Les autres combattent l’armée algérienne au sein de groupes, rassemblés en juillet 1994 dans l’Armée islamique du salut (AIS). Les dirigeants du FIS sont emprisonnés, comme Madani et Benhadj, condamnés à quatre ans de prison, ou bien s’exilent.

Tout en assumant les actions violentes menées par l’AIS, les dirigeants politiques condamnent à plusieurs reprises les assassinats d’étrangers et les attentats revendiqués par le GIA. Ils tentent également de parvenir à une solution négociée avec le pouvoir. En janvier 1995, le FIS est l’un des signataires de la plate-forme de Rome, qui condamne le recours à la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir.

Libéré une première fois en juillet 1994, avec Benhadj, Madani a appelé le chef de l’État algérien à respecter les règles de l’alternance. Réincarcéré en janvier 1995, il est de nouveau libéré en juillet 1997 dans le cadre de négociations avec les militaires, puis placé en résidence surveillée, après avoir demandé la médiation du secrétaire général de l’ONU. Benhadj, qui a refusé tout compromis avec les militaires, demeure emprisonné. Le 24 septembre 1997, Madani Mezrag, chef de l’AIS, annonce un cessez-le-feu unilatéral prenant effet le 1er octobre. L’AIS appelle également les autres groupes armés à mettre fin à la guerre civile.

Le FIS et l’AIS veulent ainsi éviter l’amalgame avec les plus radicaux des groupes islamistes, auxquels sont imputés les massacres de civils et les attentats. Mais leur demande d’une « conférence nationale de réconciliation » est rejetée par le gouvernement algérien.

Après six ans d’interdiction, le FIS est considérablement affaibli. Les partis islamistes légalistes, tels que le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ancien Hamas) et Ennadah, ont attiré une partie de son ancien électorat, lors des législatives de juin 1997. Il n’en demeure pas moins que le FIS dispose encore d’un électorat potentiel, comme en témoigne peut-être le taux d’abstention de 35 p. 100 à ce scrutin que le FIS avait appelé à boycotter. En 1999, après l’élection de Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle, le chef de l’AIS a annoncé l’arrêt définitif de la lutte armée et l’intention de participer au retour de la stabilité en Algérie.

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