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Décaméron, le [Boccace]

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Andrea del Castagno, BoccaceAndrea del Castagno, Boccace

Décaméron, le [Boccace], recueil de nouvelles de Boccace, composé entre 1348 et 1353, juste après la Grande Peste qui fit périr les deux tiers de la population de Florence. Par sa thématique, aussi bien que par sa langue et sa construction, le Décaméron est l’un des livres majeurs de la littérature de la fin du Moyen Âge.

Tiraillé entre deux formations qui ne correspondent ni l’une ni l’autre à sa personnalité, l’une tournée vers le commerce, l’autre vers le droit canon, Boccace — grand lecteur des auteurs latins — rêve d’égaler Dante et son contemporain et ami Pétrarque. « Je vais donc reproduire cent nouvelles (fables, paraboles ou histoires, à notre gré) qui, lors de la mortelle épidémie de peste aujourd’hui révolue, furent contées par une honnête compagnie de sept jeunes femmes et trois jeunes hommes », écrit-il dans la préface du Décaméron. Boccace y évoque en effet l’histoire de dix amis, sept femmes et trois hommes « de valeur, bien éduqués et discrets », qui se sont réfugiés dans une villa de campagne, aux environs de Florence, afin d’échapper à l’épidémie de peste qui sévit en ville. Pour se distraire tout au long des dix jours de leur retraite, ils se racontent à tour de rôle des histoires : ce sont les fameuses « cent nouvelles pleines d’esprit », contées dans l’ouvrage. À chaque fin de journée, l’un des dix protagonistes chante une canzone et, lorsque s’achève la centième histoire, les amis rentrent chez eux.

C’est, à travers ces nouvelles extrêmement variées, à la fois un tableau et une satire de la société de son époque que nous offre Boccace. En cherchant à défendre les intérêts des marchands — Florence connaît alors une prospérité commerciale sans précédent — tout en conciliant ces intérêts avec les codes chevaleresques, il invente une éthique singulière en totale rupture avec la tradition littéraire médiévale, éthique dans laquelle, Dieu n’intervenant plus pour sauver les hommes, ceux-ci doivent compter sur leurs armes propres, le courage, la lucidité et l’intelligence.

L’autre aspect puissamment novateur de ce livre inclassable, c’est qu’il constitue à lui seul une sorte de catalogue de formes narratives souvent mineures, auxquelles il donne leurs lettres de noblesse. Écrit non plus en latin mais dans la langue populaire de son temps, il connaît aussitôt un immense succès. Au-delà de la virtuosité de la composition, c’est l’aspiration à un bonheur libéré des carcans de la morale chrétienne qui fait du Décaméron un ouvrage unique en son genre et révolutionnaire pour son époque : le grand souffle de liberté qui s’en dégage marie intelligence et plaisir, et, à cet égard, les personnages féminins (de par la liberté de goût, de sentiments et de mœurs ouvertement affichée tout au long de l’ouvrage) jouent un rôle majeur dans cette exigence de liberté. Marguerite de Navarre saura plus tard s’en souvenir avec son Heptaméron.

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