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jazz européen

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Reinhardt (Django) et Grappelli (Stéphane), Swanee RiverReinhardt (Django) et Grappelli (Stéphane), Swanee River
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1

Présentation

jazz européen, ensemble des manifestations européennes de musiques dites improvisées, nées dans le sillage du jazz afro-américain.

Le jazz est indéniablement le genre qui caractérise le mieux la musique du XXe siècle, et son implantation en Europe constitue un fait culturel majeur.

Les disques, les revues de music-hall, les cabarets, dancings et casinos auront contribué à sa découverte : le premier disque de l’histoire du jazz enregistré en 1917 (regroupant les titres « Livery Stable Blues » et « Dixieland Jass Band One-Step ») par l’Original Dixieland Jazz Band, la première grande tournée de « Spirituals » par les Jubilee Singers en 1871 (ils chanteront devant le tsar de Russie et la reine Victoria), la revue new-yorkaise Clorindy, the Origin of the Cake-Walk à Londres en 1898, ou celle intitulée les Joyeux Nègres au Nouveau Cirque de Paris en 1902. Mais, ce sont les armées américaines débarquant au secours des Alliés en 1917 puis en 1944 qui feront déferler le jazz sur le Vieux Continent. Ce sont les « brass bands » (orchestres de cuivres) des forces armées que découvrent les habitants de l’ouest de l’Europe, comme ce 369e régiment d’infanterie (les Hellfighters, « combattants de l’enfer ») dirigé par Jim Europe ou ce 158e Infantry Band, suivis en 1919 du Marion Cook Syncopated Orchestra, dans lequel figure le jeune Sidney Bechet.

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Le jazz de l’insouciance

Le jazz est devenu à la mode au cours des années vingt et trente ; à Berlin, Bruxelles, Londres, Paris, on danse le fox-trot, le lambeth-walk, et de nombreux orchestres américains, noirs ou blancs, comptant dans leurs rangs de futures vedettes, effectuent de nombreuses tournées dans toute l’Europe de l’Ouest.

L’orchestre de Billy Arnold ou celui des Mitchell’s Jazz Kings propagent le jazz dit « hot » ; Joséphine Baker triomphe dans la Revue nègre en 1925 ; l’orchestre de Duke Ellington entame une série de triomphes en 1933 ; Louis Armstrong connaît un énorme succès à la salle Pleyel en 1934, et le saxophoniste Coleman Hawkins (le « père du saxophone ») l’année suivante.

Le jazz suscite de nouvelles vocations dans toute l’Europe, mais le national-socialisme en Allemagne et le fascisme en Italie mettront bientôt un terme (provisoire) à son expansion dans ces pays. En France, avant même l’organisation des premières formations comprenant des jazzmen français, les rencontres américano-françaises se succèdent dans les boîtes de nuit, mais leur répertoire doit souvent laisser la place à la musique de danse ou à des parties « variétés », comme dans l’orchestre de Grégor et ses Grégoriens ou celui de Ray Ventura.

En 1932, de jeunes amateurs dévoués à la cause du « vrai » jazz créent le Hot Club de France et, trois ans plus tard, Charles Delaunay fonde Jazz Hot, première revue mondiale uniquement consacrée au jazz, puis une compagnie discographique sous la marque Swing, du nom de ce nouveau courant musical que l’Europe découvre. Des centaines de disques seront enregistrés, notamment par le tout nouveau Quintette du Hot Club de France, avec le guitariste Django Reinhardt et le violoniste Stéphane Grappelli. La radio devient un formidable moyen de diffusion et consacre des émissions au jazz. L’Exposition internationale de 1937 attire de nombreux musiciens, les concerts se multiplient, les clubs regorgent de monde avant que la guerre éclate et que l’armée allemande entre dans Paris.

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Le jazz pendant l’Occupation

Durant l’occupation, le jazz ne sera pas interdit mais « toléré », car assimilé à la « musique légère », à la condition que soient bannies les œuvres des compositeurs juifs et noirs, ce qui a donné lieu à de savoureux détournements de titres (« Douce Georgette brune » pour « Sweet Georgia Brown », par exemple). Afin d’oublier oppression et privations, les Parisiens renouent avec leurs habitudes de sorties nocturnes, les soirées dansantes remplacent les bals, interdits, cependant que les clubs, fréquentés par les occupants, ouvrent à nouveau. Le swing est devenu un phénomène de mode. Le jazz français vit replié sur lui-même, ignorant de l’évolution du jazz aux États-Unis. Les grandes formations, comme celle de Raymond Legrand, ont recours à des intermèdes ou à des sketches ; en revanche, le Jazz de Paris, grand orchestre dirigé par le saxophoniste Alix Combelle, réunit les plus grands solistes. Django Reinhardt devient une grande vedette, reforme un quintette (sans Grappelli, demeuré à Londres à la déclaration de guerre). Les concerts ont repris, les festivals affichent complet.

L’oppression devient plus forte en 1942 et les autorités françaises, bientôt relayées par la milice, font maintenant la chasse aux « oisifs » et aux zazous, à ces « parasites » qui vont écouter cette musique de « dégénérés » inaudible aux oreilles des propagandistes de « la révolution nationale » et des tenants de l’ordre nouveau, tandis que les bruits d’un débarquement imminent se répandent de plus en plus.

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Après la Seconde Guerre mondiale

La Libération se fête aux accents du swing des orchestres français et américains, ainsi qu’à l’écoute de nombreux V-Discs (« disques de la Victoire »). Les musiciens français rencontrent alors les jazzmen américains des bases militaires et découvrent avec stupéfaction que, pour cause de guerre, ils ont manqué la révolution du be-bop (voir jazz) alors que, conjointement, résonnent les accords d’une musique quelque peu oubliée, celle de La Nouvelle-Orléans (le New Orleans Revival), double phénomène qui engendre une bataille du jazz entre « figues moisies » et « raisins aigres » (ainsi nommés par Boris Vian, personnage emblématique de ce centre parisien du jazz qu’est devenu le quartier de Saint-Germain-des-Prés). Le grand public danse sur « In the Mood », Django Reinhardt retrouve Stéphane Grappelli à Londres et improvise sur la Marseillaise un « Echoes of France » qui suscitera de nombreux détracteurs, tandis que le clarinettiste Claude Luter investit une cave avec ses Lorientais et accompagne Sidney Bechet venu au festival de Paris de 1949 avec le saxophoniste Charlie Parker, l’un des créateurs du be-bop avec Dizzy Gillespie, dont la musique aura été matière à une polémique d’ordre esthétique lors de son passage l’année précédente.

Django Reinhardt (qui jouera désormais sans Grappelli) et Sidney Bechet deviendront les figures emblématiques de ces années d’après la Libération, alors que de jeunes musiciens accompagnent les grands solistes américains de passage, dont quelques-uns choisiront l’Europe, et plus particulièrement la France, pour fuir la ségrégation raciale et les détestables conditions de travail dont ils sont victimes chez eux.

Dans les années soixante, l’évolution du jazz vers plus de liberté a semblé un moment remettre en cause son existence ou son avenir. Pourtant, de jeunes musiciens du monde entier adhèrent à ce courant appelé free-jazz qui, comme le be-bop en son temps, divise musiciens, critique et public ; d’autant que, dans le même temps, la pop music et le rock envahissent l’espace musical (culturel aussi) et que de grands créateurs comme Miles Davis se tournent vers les rythmes binaires. Le jazz est devenu éclectique, électrique parfois avec l’utilisation de nouvelles technologies. De nouveaux lieux s’ouvrent à tous les courants (du dixieland au free en passant par le be-bop, le hard bop et le cool) qui seront représentés dans ces nouveaux festivals internationaux, comme ceux d’Antibes-Juan-les-Pins, de Chateauvallon, ou de Montreux, dans lesquels se rencontrent les jazzmen de tous les pays.

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