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Dans les steppes de l'Asie centrale [Alexandre Borodine]

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Borodine, Dans les steppes de l'Asie centraleBorodine, Dans les steppes de l'Asie centrale

Dans les steppes de l'Asie centrale [Alexandre Borodine], brève « esquisse symphonique » de Borodine.

Constituée de 283 mesures, dont un texte joint à la partition explicite le propos, cette œuvre est un des exemples les plus typiques de musique « à programme ». Une octave à vide sur mi, dans l’aigu et pianissimo, très longuement tenue par les premiers violons, plante le décor du « silence des steppes sablonneuses ». À la cinquième mesure apparaît à la clarinette un motif, repris aussitôt par le cor, identifié comme « le premier refrain d’une paisible chanson russe ». Une transition, en chromatismes, des cordes graves, pizzicato, conduit au second motif, une mélodie très conjointe au rythme souple associant binaire et ternaire qui figure « les sons mélancoliques de l’Orient », significativement confiée au cor anglais. Mais, tandis que s’installe un fond obstiné de marche, c’est le thème russe qui, sous diverses couleurs instrumentales, domine toute la première section de l’œuvre, jusqu’au passage culminant (mesures 123-140) où il est donné fortissimo par la petite harmonie et les violoncelles, soutenus par des accords marqués des cuivres et des autres cordes : « une caravane escortée par des soldats russes traverse l’immense désert [...], s’abandonnant avec confiance à la force guerrière russe ». Après une nouvelle transition, le motif oriental réapparaît, à l’identique, mais doublé par les violoncelles, avant d’être repris aux cordes aiguës. À partir de la mesure 193 (« les chants des Russes et ceux des indigènes se confondent dans la même harmonie »), s’ouvre une section de contrepoint mêlant les deux motifs, en diverses associations de timbres instrumentaux. Le texte stipule que « leurs refrains se font entendre longtemps dans le désert et finissent par se perdre dans le lointain ». La musique, en effet, se raréfie peu à peu, dans une dynamique sans cesse diminuendo. Le thème russe, dont cor, clarinette et cor anglais font entendre d’abord les seules premières notes, revient ensuite entier, mais en valeurs deux fois plus longues, avant que la flûte ne l’expose une dernière fois dans sa forme originale, sur le fond réapparu des aigus diaphanes de violons.

Véritable démonstration de l’aptitude de la musique à suggérer couleurs, espace et mouvement, cette page datant de 1880, jouée à l’occasion des vingt-cinq ans de règne du tsar Alexandre II, est aussi un reflet de l’expansionnisme russe vers l’Asie, marqué alors par les conquêtes toutes récentes du Kazakhstan, du Turkménistan ou du Turkestan.

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