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Tristan et Isolde [Richard Wagner]

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Wagner (Richard), Tristan et IsoldeWagner (Richard), Tristan et Isolde

Tristan et Isolde [Richard Wagner], opéra de Richard Wagner, créé à Munich en 1865.

Exilé en Suisse et en pleine conception du Ring, Wagner découvre, en 1854, les écrits du philosophe Schopenhauer. La première trace d’un projet esquissé d’après le mythe littéraire de Tristan et Iseut date de cette époque, mais le compositeur n’y travaille qu’à partir de l’été 1857, interrompant Siegfried après l’achèvement du Ier acte. C’est l’époque de sa liaison avec la poétesse Mathilde Wesendonck : l’épouse du riche homme d’affaires qui l’héberge alors lui fournira des textes sur lesquels il écrira cinq lieder laissant découvrir des esquisses de Tristan. La partition de cette « action musicale » est achevée en août 1859, mais la création n’aura lieu, à Munich, qu’en 1865.

À l’acte I, naviguant vers la Cornouaille sous la conduite de Tristan (ténor) et de son écuyer Kurwenal (baryton), Isolde (soprano), qui doit épouser le roi Marke, livre à sa suivante Brangäne (soprano ou mezzo) un de ces récits d’un fait antérieur qui, souvent chez Wagner, contiennent l’essentiel du drame : naguère, Tristan a tué au combat son fiancé Morold ; la blessure infligée par celui-ci ne pouvant se fermer, il a confié sa vie à la mer dans une barque qui s’est échouée en Irlande, où elle-même, savante en ces matières, l’a soigné avant de reconnaître en lui le meurtrier de Morold. Seul un regard du blessé a arrêté son geste vengeur. La musique montre très clairement que c’est l’amour qui est né alors dans la compassion, amour déjà là mais impossible et expliquant la grande tension du début de l’acte. Isolde se propose de la dénouer grâce au philtre de mort que Tristan accepte en connaissance de cause et que Brangäne a remplacé par un philtre d’amour. Cessant de comprendre le langage social, les deux héros passent définitivement dans une autre sphère.

À l’acte II, l’opéra atteint son paroxysme avec l’immense duo (plus de 35 mn) entre Isolde et Tristan, ponctué par les avertissements de Brangäne et interrompu par l’arrivée de Marke. La musique, d’une rare sensualité, soutient un incroyable échange érotico-philosophique. Le dépassement de soi dans la conjonction amoureuse, source de « connaissance nouvelle » (supériorité de la nuit sur les illusions du jour), conduit au désir de l’extase suprême : « ne plus jamais se réveiller », être emportés « sans douleur », par la « Mort d’Amour » (Liebestod) vers les « espaces infinis »… Rien d’étonnant si, après la plainte d’un Marke (basse) plus affligé que vindicatif, Tristan se jette littéralement sur l’épée de Melot qui l’a trahi.

L’acte III vient couronner cette nostalgie de mort : Tristan, agonisant sur son île de Kareol, attend la venue d’Isolde, non pour guérir, mais pour mourir, et elle-même, dans le célèbre Liebestod final, se laisse engloutir « dans le flot universel de la respiration du monde […] joie suprême », sourde aux paroles de pardon de Marke.

Wagner illustre avec cette œuvre une version remarquablement dense du couple amour-mort, où le renoncement à soi dans un amour libre de toute loi, apparaît comme un degré à franchir vers la joie suprême, le renoncement absolu au « vouloir-vivre » dans l’anéantissement.

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