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    Source : Manière de voir, 87, Vies et mort du Tiers-Monde, juin-juillet 2006 ... Source : Manière de voir , 87, Vies et mort du Tiers-Monde, juin-juillet 2006

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    L'histoire du monde en cartes de 1815 à nos jours. Ressources cartographiques et historiques pour une meilleure compréhension de l'histoire du monde contemporain et de la ...

  • Carte de la décolonisation de l'Afrique

    L'histoire du monde en cartes de 1815 à nos jours. Ressources cartographiques et historiques pour une meilleure compréhension de l'histoire du monde contemporain et de la ...

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décolonisation

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Décolonisation : chronologieDécolonisation : chronologie
Plan de l'article
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Présentation

décolonisation, processus historique qui a conduit les pays colonisés à l’accession à l’indépendance.

La décolonisation, entamée dans les années trente par les Britanniques, est devenue une issue inévitable après l’effondrement de la puissance et du prestige des métropoles durant la Seconde Guerre mondiale. Elle s’est déroulée en plusieurs étapes : de 1945 à 1954, la plupart des pays d’Asie s’émancipent ; de 1945 à 1965, c’est le tour des anciennes colonies en Afrique ; de 1965 à 1991, on assiste à une troisième phase qui voit s’achever la décolonisation et les derniers territoires dominés accéder à la liberté, tandis que l’éclatement de l’Union soviétique marque la fin du processus.

Enjeu de nombreux conflits, source de frustration pour les pays qui, tels l’Allemagne et l’Italie, s’étaient lancés tardivement dans l’aventure, la colonisation a été l’un des phénomènes majeurs de l’histoire mondiale au xixe siècle et dans les premières décennies du xxe siècle. Cependant, le système colonial, tant par ses justifications que par son application, contenait en germe sa propre disparition.

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Les prémisses

La colonisation se voit justifiée non seulement par les avantages économiques qu’elle représente pour les puissances européennes, mais aussi par le développement qu’une telle situation assure aux pays colonisés. Selon la doctrine admise alors, la colonisation est devenue un système d’échanges entre les métropoles, qui vendent leurs produits manufacturés à leurs possessions d’outre-mer, et ces dernières, qui apportent leurs ressources et leur main-d’œuvre. L’action « civilisatrice » des pays européens doit surtout permettre aux populations soumises d’accéder progressivement au niveau social, culturel et moral des puissances colonisatrices ; à terme donc, la colonisation doit disparaître. Mais les termes de cette échéance demeurent fort lointains dans l’esprit des métropoles. Certes, la participation des colonies à l’effort de guerre entre 1914 et 1918 a suscité l’espoir de voir se modifier les rapports entre les deux parties, mais, dès 1919, les puissances coloniales reprennent comme avant leur domination. Seules les colonies de peuplement comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud voient leur situation se modifier, passant d’un statut de subordination à une position d’égalité au sein du Commonwealth.

Cependant, même si durant l’entre-deux-guerres les puissances coloniales ne voient pas la stabilité de leurs empires remise en cause, les idées nationalistes chez les peuples colonisés connaissent un essor certain.

Le retard économique des pays coloniaux s’avère très important et les métropoles ne font rien pour le combler. Au contraire, elles s’en tiennent à l’idée que chaque colonie doit pouvoir prendre en charge ses propres investissements pour se développer et coûter le moins possible aux contribuables européens. Mais, ce faisant, les puissances coloniales doivent s’appuyer sur les autorités traditionnelles pour administrer les différents pays, permettant ainsi aux cadres administratifs et politiques des futures indépendances de se mettre en place.

La colonisation favorise surtout l’apparition et le développement d’élites locales, commerçants, négociants, bourgeois et intellectuels, qui restent exclues du pouvoir confisqué par les colons et le personnel de la métropole. Leurs frustrations les incitent à se radicaliser peu à peu et à abandonner leurs revendications tendant à l’assimilation pour devenir nationalistes. Formés en métropole, frottés à la culture et aux idées occidentales, ils utilisent les valeurs telles que l’État-nation, la république, le socialisme ou le libéralisme pour dénoncer le colonialisme et justifier leurs revendications à l’indépendance.

Dans le même temps, en Europe, dès 1919, se diffusent les idéaux défendus par le président Thomas Woodrow Wilson, concernant en particulier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, thème qui rencontre chez les colonisés une forte résonance, ainsi que ceux de l’anticolonialisme et du communisme, qui fait de la lutte anti-impérialiste l’un des points principaux de son programme. Cette diffusion favorise l’émergence d’un courant intellectuel et politique hostile au maintien de l’empire colonial, qui s’efforce en métropole même de soutenir, voire de relayer, les mouvements indépendantistes. Plusieurs tentatives ont lieu pour répondre à cette attente mais, soit que les solutions envisagées aient été trop timides, soit que les colons s’y soient opposés fortement, elles n’aboutissent pas, comme en témoigne l’échec du projet Blum-Violette visant, en 1936, à octroyer le droit de vote à 25 000 Algériens.

Dans les colonies mêmes, les premiers mouvements s’esquissent et connaissent parfois le succès. En Égypte, le parti nationaliste, le Wafd, triomphe lors des élections de 1924 ; il accède ainsi au pouvoir et incite les Britanniques à négocier l’évacuation de leurs troupes du pays (1936) sauf dans la zone du canal de Suez. De même, en Irak, les Britanniques préfèrent prendre les devants et signent avec les Irakiens un accord leur permettant de conserver des bases militaires tout en accordant la souveraineté à Bagdad.

D’autres actions jettent les bases d’une future indépendance et ont, par leur portée symbolique, un retentissement mondial qui favorise la prise de conscience du problème par l’opinion publique internationale, comme les campagnes de boycott menées en Inde dans les années trente par Gandhi sous le signe de la non-violence.

De nombreux partis, futurs cadres politiques de l’action nationaliste, se créent également : dans les Indes néerlandaises, le Parti nationaliste indonésien (PNI), fondé par Sukarno en 1927 ; en Tunisie, le Néo-Destour, par Habib Bourguiba en 1934 ; en Algérie, l’Étoile nord-africaine (1926), puis le parti du Peuple algérien (1936), par Messali Hadj. Dans le même temps, l’essor du communisme dans les colonies entraîne la fondation de nombreux partis communistes, tel celui du Viêt Nam par Hô Chí Minh en 1930.

Des révoltes se font jour, principalement dans l’empire colonial français, notamment au Liban où les Druzes se soulèvent en 1925, en Indochine (mutinerie de Yen Bay en 1931) et surtout au Maroc (guerre du Rif, de 1925 à 1926 contre les Français), à chaque fois très lourdement réprimées par l’armée française, le général Sarrail n’hésitant pas, pour mater les Druzes, à faire bombarder Damas.

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Le choc de la Seconde Guerre mondiale

La défaite de la France, en 1940, face à l’Allemagne nazie, et surtout les premières victoires du Japon (1941-1942), qui occupe les colonies françaises (Indochine), britanniques (Singapour, Malaisie, Birmanie), néerlandaises (Indonésie) et américaines (Philippines), portent, en affaiblissant les puissances coloniales, un coup décisif à leur prestige. De plus, les colonies prennent conscience de leur importance dans l’évolution générale du conflit. Ainsi, jusqu’en 1944, la France libre a pour principale assise territoriale l’empire, notamment l’Afrique-Occidentale française (AOF) et l’Afrique-Équatoriale française (AÉF) et, après le débarquement allié en Afrique du Nord (1942), l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Les métropoles font largement appel au potentiel humain et économique pour mener leur combat contre les puissances de l’Axe.

Enfin, la propagande des Alliés contre l’hitlérisme qui remet en cause la notion de supériorité de la race blanche, ainsi que la mise en avant du principe des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, principes inscrits dans la charte de l’Atlantique (1941) à l’instigation des Américains, puis dans celle des Nations unies (1945), favorisent l’essor des mouvements indépendantistes. L’espoir suscité s’accompagne d’une radicalisation certaine, comme en témoigne en Algérie le Manifeste du peuple algérien lancé par Ferhat Abbas en 1943, qui réclame l’indépendance alors qu’il s’était fait jusque-là le partisan de l’assimilation. Ainsi, dès 1945, la décolonisation apparaît comme un des problèmes majeurs de l’après-guerre. Le 8 mai 1945, en Algérie, dans les régions de Sétif et de Guelma, des émeutes ont lieu, obligeant l’armée française à intervenir et à se lancer dans une forte répression qui fait plusieurs milliers de victimes. En Indochine, après le départ des Japonais, Hô Chí Minh, à la tête du Viêt-minh, déclare l’indépendance du Viêt Nam et Sukarno fait de même en Indonésie.

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Un phénomène majeur de l'après-guerre

Si les Américains reconnaissent l’indépendance des Philippines dès 1946, en revanche, les puissances coloniales, surprises par la rapidité et la violence des revendications, ne sont pas préparées à une telle situation.

Pour la plupart des métropoles, la possession d’un empire colonial reste la base, voire le symbole, de leur puissance. Face au déclin progressif de leur rôle sur la scène internationale, les États européens cherchent à préserver un empire qui a été l’un des moteurs de leur force, leur assurant des zones d’influence considérables et apparaissant comme le signe de leur vocation mondiale. Les possessions d’outre-mer sont à leurs yeux un atout pour ne pas rétrograder au rang de puissances de second ordre. Dans l’esprit de l’opinion publique britannique, l’empire reste attaché à l’apogée de la puissance anglaise — le règne de Victoria —, tandis qu’en France, comme aux Pays-Bas, l’armée et une partie importante de l’opinion publique, marquées par le souvenir de la débâcle de 1940, perçoivent tout abandon de colonie comme le signe d’une nouvelle défaite.

À cela s’ajoute le poids, variable selon les colonies, des minorités européennes. Plus leur présence est importante et leur pression forte et relayée en métropole par des partis et des lobbies, plus il s’avère difficile pour les puissances coloniales de conduire une décolonisation pacifique, comme en témoigne le rôle joué durant la guerre d’Algérie par les Français d’Algérie, qui sont à l’origine de la crise finale qui emporte la IVe République.

Enfin, les intérêts économiques en jeu sont également un des facteurs qui rendent la décolonisation problématique. Offrant matières premières, ressources et débouchés commerciaux, les pays colonisés ont, avant 1939, une importance certaine dans l’économie des métropoles. Mais, après 1945, la nécessité de mener des opérations militaires de plus en plus nombreuses, d’entretenir sur place des troupes et des moyens logistiques de plus en plus importants pour tenter de freiner la montée des mouvements nationalistes, suscitent en métropole des critiques et des remises en cause de la politique coloniale. Il devient bientôt évident, pour un certain nombre de puissances telles que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, que les colonies coûtent plus qu’elles ne rapportent, ce qui a pour conséquence d’inciter ces puissances à se désengager progressivement. Cette théorie est défendue en France par le journaliste, codirecteur de Paris-Match, Raymond Cartier, d’où son nom de cartiérisme, qui dénonce la lourdeur de la charge coloniale sur le plan économique, contraignant la métropole à réduire ses propres investissements chez elle.

À cette remise en cause économique du système colonial s’ajoute également une forte pression de la part des deux « super-grands », les États-Unis et l’URSS, à l’égard surtout de la France et de la Grande-Bretagne. Américains et Soviétiques voient dans la décolonisation le moyen non seulement d’affaiblir les États européens mais également de consolider leur nouvel ordre mondial. Favorisant les mouvements indépendantistes, ils entendent bien prendre la place des anciennes puissances coloniales tout en se gardant de mener la même politique dans leurs zones d’influence respectives. L’anti-impérialisme n’empêche pas l’URSS de maintenir sa domination sur l’ex-empire tsariste et sur les pays satellites d’Europe centrale et orientale ; le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne modifie pas l’attitude des États-Unis en Amérique latine, qu’ils considèrent comme leur chasse gardée. Mais leur soutien aux peuples colonisés joue néanmoins un rôle important dans la décolonisation.

À partir de 1950, cette dernière connaît une phase d’accélération grâce aux premiers succès enregistrés par les mouvements nationalistes. Les pays ayant accédé à l’indépendance deviennent en effet des références pour les États encore sous tutelle, qui se lancent à leur tour dans la lutte anticolonialiste. L’indépendance de l’Inde puis de l’Indonésie, la création de la Ligue arabe (1945), la conférence de Bandung (1955) ou bien encore la guerre d’Indochine (1946-1954) nourrissent les revendications des peuples coloniaux et conduisent les métropoles à infléchir leur politique.

Mal préparées à cette décolonisation, elles ne savent pas, le plus souvent, mener le processus conduisant à l’indépendance de la colonie. Cette impuissance à trouver une solution politique est en fait en grande partie due à la nature même de la colonisation. Les relations politiques et économiques entre la métropole et ses colonies ont pour conséquence une désagrégation des structures sociales dans les pays colonisés. S’appuyant sur des élites traditionnelles ou bien les désagrégeant, sur certaines ethnies au détriment d’autres, suscitant de nouvelles élites occidentalisées tout en les excluant des véritables responsabilités, les puissances coloniales nourrissent de violentes contradictions favorisant l’émergence de mouvements nationalistes complexes et tiraillés, où se mêlent modernité (État laïc, socialisme) et tradition (clans, identité culturelle et religieuse), contribuant à rendre la décolonisation plus difficile, voire plus violente. Aussi l’accession à l’indépendance s’accompagne-t-elle souvent de conflits interraciaux ou religieux que les métropoles n’ont fait qu’entretenir par la colonisation et n’ont pas su apaiser au moment de la décolonisation. Le désengagement soudain et total de la Belgique au Congo comme au Rwanda et au Burundi est suivi de terribles guerres civiles. De même, le départ des Britanniques en Inde s’accompagne en 1947 d’un conflit entre hindous et musulmans (voir indo-pakistanais, conflit) qui s’achève par la partition du sous-continent et la création de deux États séparés : l’Inde et le Pakistan.

Cependant, l’ampleur prise par le problème au lendemain de la Seconde Guerre mondiale conduit les principales puissances coloniales à s’interroger sur l’avenir de leur empire. La réponse des métropoles à cette situation est très différente selon les cas mais deux grandes stratégies se dégagent.

Après avoir manifesté une certaine inertie afin de préserver une sécurité illusoire, la France s’engage dans la voie de la répression pour sauvegarder ses intérêts. Certes, la conférence de Brazzaville, sous l’impulsion du général de Gaulle en 1944, insiste sur les progrès économiques et sociaux à mener dans l’empire. La création de l’Union française, par la Constitution de 1946, tente également de favoriser l’autonomie administrative des colonies : elle garantit l’accès des autochtones à tous les emplois, et leur donne une représentation politique plus large. La France semble s’engager dans une solution fédéraliste et témoigne de sa volonté conciliatrice. Mais, très vite, la peur de voir se désagréger l’empire amène les gouvernements de la IVe République à mener une politique répressive.

L’influence notamment de la tradition jacobine fait que la France préfère se lancer dans la voie de la progressive assimilation par une intégration complète des colonies à la métropole, qui doit à terme faire de tous les autochtones des citoyens français.

La Grande-Bretagne, qui avait pris conscience du problème dès l’entre-deux-guerres, tente de profiter des structures souples et évolutives du Commonwealth mises en place par le traité de Westminster en 1931, pour favoriser l’instauration d’un self-government des élites locales, afin de garder des liens politiques, et plus encore économiques. L’idée de domination doit être remplacée par celle d’association volontaire.

L’arrivée au pouvoir des travaillistes en 1945 favorise cette évolution. Le financement du Welfare State (État-providence) voulu par les travaillistes, suppose en effet une réduction des autres dépenses, donc un abandon progressif de l’empire, et ce d’autant plus que, pour la gauche britannique, l’empire a constitué les bases qui ont permis aux élites conservatrices d’asseoir leur pouvoir.

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