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décolonisationArticle
Plan de l'article
Présentation ; Les prémisses ; Le choc de la Seconde Guerre mondiale ; Un phénomène majeur de l'après-guerre ; Une décolonisation pacifique ; Une décolonisation violente ; Un bilan contrasté
Cette stratégie permet à la Grande-Bretagne de conduire une décolonisation pacifique dans plusieurs pays, même si le désengagement rapide est parfois la cause d’affrontements religieux ou interéthniques (ou du moins les favorise) dans les pays décolonisés. La Grande-Bretagne s’engage très rapidement après la guerre dans la voie d’une décolonisation globale. Ainsi, en Asie, ce sont successivement l’Inde et le Pakistan en 1947, le Sri Lanka et la Birmanie en 1948 qui accèdent à l’indépendance. Après l’Asie, c’est au tour des pays du bassin méditerranéen. Les Britanniques se désengagent de Palestine en 1948 et de Chypre en 1960, laissant dans ces deux pays les communautés antagonistes (Juifs et Palestiniens, Grecs et Turcs) face à face, puis de Malte (1964) perdant ainsi le contrôle de cette région, pourtant autrefois si importante pour son commerce. En Afrique, les Britanniques tentent dans un premier temps de favoriser un compromis par « l’association des races » afin que les colons blancs puissent conserver une partie du pouvoir. Mais, face à l’hostilité des populations noires, Londres se résout à accepter la thèse du nationalisme sans pluralité de races. Ainsi, le Ghana (1957), le Soudan anglo-égyptien (1956), le Nigeria (1960), la Sierra Leone et le Tanganyika (actuelle Tanzanie) (1961) accèdent à l’indépendance, sous l’impulsion de grandes formations politiques noires en position dominante dans lesquelles le personnel gouvernemental est recruté : à la tête de la Tanganyika African National Union (TANU, « Union nationale africaine du Tanganyika »), Julius Kambarage Nyerere, hostile à toute parité raciale, devient le premier président du Tanganyika, tandis que Milton Obote, le leader de l’Uganda People’s Congress (UPC, « Congrès du peuple ougandais »), prend la direction des affaires en Ouganda lorsque ce pays recouvre sa pleine souveraineté en 1962. Ces pays africains sont suivis par les possessions anglaises aux Caraïbes. La plupart de ces nouveaux États restent membres du Commonwealth. D’ailleurs, la demande d’adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun en 1962 manifeste l’évolution économique et politique des Britanniques qui, du repliement sur leur empire, passent à une stratégie d’intégration européenne témoignant du recul de l’influence britannique dans le monde. Quasiment exclus du Proche et du Moyen-Orient, où les pays de la zone se regroupaient dans le pacte de Bagdad sous la protection des Américains, les Britanniques connaissent les mêmes déboires avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie qui intègrent l’ANZUS (abréviation de Australia, New Zeland and United States), préférant Washington à Londres. L’absence de violence et la relative facilité de ces diverses entreprises de décolonisation incitent nombre d’historiens à mettre en avant l’exemple de la Grande-Bretagne, instaurant un parallèle avec les autres empires coloniaux tels que ceux de la France, des Pays-Bas et du Portugal, États qui n’ont pas su conduire le processus d’accession à l’indépendance de leurs possessions d’outre-mer et ont eu à supporter des guerres longues et coûteuses. Mais cette opposition ne recouvre que partiellement la réalité. En effet, la France a su réussir la décolonisation de l’Afrique noire. Grâce aux différentes étapes que sont l’Union française (1946), puis la loi-cadre Defferre qui établit un régime d’autonomie interne, la transition réformatrice est privilégiée et aboutit à une émancipation progressive et pacifique. L’absence d’intérêts économiques majeurs et d’une forte minorité d’Européens dans ces colonies favorisent la mise en place de cette solution, ainsi que l’attitude des grands meneurs indépendantistes africains, aux idées et à la culture francophiles, qui mènent une stratégie souple, ne s’engageant jamais dans l’affrontement direct avec la métropole mais au contraire y cherchant des appuis. Félix Houphouët-Boigny, député de Côte d’Ivoire à l’Assemblée nationale (1946-1959) et plusieurs fois ministre sous la IVe République, fondateur du Rassemblement démocratique africain (RDA), et Léopold Sédar Senghor, partisan d’un métissage entre la culture française et ses racines africaines, jouent un rôle primordial dans cette évolution. Et même si la Communauté française — créée par de Gaulle en 1958, qui instaure une autonomie interne complète tandis que la politique extérieure reste du domaine de la France — est un échec sur le plan politique, les pays africains accédant à l’indépendance sans conserver aucun lien avec la métropole, elle permet à la France de maintenir de bonnes relations avec les pays de l’Afrique équatoriale française (AÉF) et de l’Afrique occidentale française (AOF), qui demeurent dans sa zone d’influence. La même situation se présente au Maroc et en Tunisie, où la France joue la fermeté dans un premier temps : l’arrestation de Bourguiba et des meneurs nationalistes tunisiens, la déposition et la déportation du sultan Mohammed V sont la réponse initiale de la métropole face à un mouvement indépendantiste qui ne cesse de se développer. Cependant, Pierre Mendès France et son successeur, Edgar Faure, prennent vite conscience du fait que la France n’a pas les moyens de mener de front de nouvelles guerres coloniales, alors que l’Algérie réclame de plus en plus de moyens, et préfèrent donc accompagner le processus de décolonisation, tout en préservant les liens politiques et économiques, c’est-à-dire l’essentiel. Cependant, même si le Maroc et la Tunisie accèdent rapidement à l’indépendance (1956), ces deux pays cherchent des appuis, auprès des Américains notamment, pour prendre leurs distances avec la France, et soutiennent dans sa lutte le Front de libération nationale (FLN) algérien. Bien que plus tardive, la décolonisation espagnole se déroule également de façon plutôt pacifique. Entre 1968 et 1976, l’Espagne rétrocède l’enclave d’Ifni au Maroc, qui se partage avec la Mauritanie, en 1976, le Sahara-Espagnol, tandis que les anciens territoire du Río Muni et de Fernando Poo deviennent indépendants en 1968 sous le nom de Guinée équatoriale. De son empire jadis si vaste, l’Espagne ne conserve alors plus que les présides de Ceuta et de Melilla ainsi que les Canaries.
Le plus souvent, cependant, la violence reste le trait dominant des processus de décolonisation. La Grande-Bretagne, elle aussi, est confrontée à des émeutes et des soulèvements, et la répression qu’elle organise à la suite de l’insurrection des Mau-Mau au Kenya, ou des actions de la guérilla communiste, essentiellement chinoise, en Malaisie, est brutale et sanglante avant que ces deux pays n’accèdent finalement à l’indépendance. En Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe), Londres s’avère incapable d’organiser un processus politique pacifique, et la minorité blanche décrète en 1965, unilatéralement, l’indépendance sur la base d’un régime raciste et d’apartheid similaire à celui de l’Afrique du Sud. De même les Pays-Bas, impuissants à maintenir plus longtemps une présence militaire devenue trop coûteuse, doivent reconnaître la souveraineté de l’Indonésie dirigée par Sukarno, après une guerre violente de près de quatre années (1945-1949). Ils conservent encore la Guyane hollandaise mais, forts de leur expérience indonésienne, ne s’opposent pas à son accession à l’indépendance sous le nom de Suriname en 1975. C’est surtout la France qui connaît un problème colonial important, entraînant de graves crises qui aboutissent à la naissance de la Ve République, en raison de l’absence de toute conception globale de la décolonisation comme de toute volonté politique forte de la part des différents gouvernements de 1945 à 1958, et du désintérêt affiché de l’opinion publique métropolitaine, mais aussi de l’évolution de la situation internationale. Ainsi, le conflit d’Indochine se déroule en grande partie dans un contexte de guerre froide liée à la prépondérance, dans le mouvement nationaliste, des communistes dirigés par Hô Chí Minh et à la proximité de la Chine de Mao Zedong. Huit années de guerre (1946-1954), le désastre de Diên Biên Phu (mai 1954) et le refus des Américains de lui venir en aide sont nécessaires pour que la France signe les accords de Genève le 20 juillet 1954, accorde l’indépendance au Viêt Nam ainsi qu’au Laos et au Cambodge, et se retire de cette région du monde. À Madagascar, le soulèvement nationaliste en 1947 est suivi d’une répression très violente qui fait plusieurs dizaines de milliers de victimes, et les Malgaches n’accèdent à l’indépendance qu’avec le mouvement général d’émancipation de l’Afrique noire française, en 1960. Enfin, en Algérie, la France s’engage dans l’une des plus longues guerres de la décolonisation (1954-1962) contre le FLN, en raison de la présence d’une forte minorité de colons (voir Algérie, guerre d’). Dans cette lutte sans merci, l’échec de l’expédition de Suez (1956) marque un tournant décisif en manifestant que la France ne peut plus agir sans l’assentiment des Américains et qu’un Arabe, l’Égyptien Gamal Abdel Nasser, l’a mise en échec. Malgré l’envoi du contingent et un succès militaire sur le terrain, la France ne peut cependant se maintenir en Algérie ; le général de Gaulle, arrivé au pouvoir grâce à la pression des colons et de l’armée, sait conduire le processus menant à l’indépendance — acquise lors des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962 — qui met fin à cent trente années de présence française. Le Portugal se lance également dans de longs et difficiles conflits au Mozambique, en Angola et en Guinée-Bissau, y consacrant une part très importante de son budget. Mais l’échec du régime d’António de Oliveira Salazar à vaincre ces mouvements nationalistes entraîne sa chute, et la révolution des Œillets en 1974 ouvre la voie à l’indépendance des possessions d’outre-mer, qui devient effective en 1975.
Laissant de lourdes séquelles dans la mémoire des peuples colonisés, la décolonisation a marqué une étape majeure de l’histoire des pays d’Afrique et d’Asie, et rares sont ceux qui ont vécu sans trouble cette transition essentielle. Des États-nations se sont certes formés mais ils ont été l’objet de nombreuses convoitises par les deux « super-grands », en raison de leurs richesses minières ou de leur importance géostratégique. Surtout, contraints de devoir choisir leur camps dans le contexte de la guerre froide et de la lutte entre les deux blocs, ils ne sont pas parvenus, malgré leur désir affiché, à donner une force et un contenu suffisant à ce qu’ils voulaient instaurer comme troisième voie entre capitalisme et socialisme. Pour certains pays d’Asie, il leur a fallu adhérer à des organisations régionales dominées par les États-Unis. Dans l’ensemble, les pays non-alignés n’ont pu rester dans l’esprit de la conférence de Bandung. Surtout mal préparés à accéder à l’indépendance, nombre d’entre eux ont été la proie, dès leur indépendance, de violents conflits politiques ou interéthniques qui se sont amorcés avec le départ de la puissance coloniale. En métropole aussi, la perte des possessions d’outre-mer a eu de nombreuses conséquences. Si elle a généralement été bénéfique pour les économies des ex-puissances coloniales, qui, comme les Pays-Bas, ont ainsi dès lors pu financer leurs propres infrastructures, en revanche, les conséquences politiques et sociales ont parfois été très lourdes : le rapatriement des colons et des indigènes qui avaient choisi le camp de la métropole a posé de nombreux problèmes de logement, de réinsertion et de chômage, sans compter que le poids des relations historiques avec les anciennes colonies a favorisé une importante immigration vers les États européens. L’ère des empires coloniaux a vécu, laissant place à un monde toujours plus morcelé, comme en témoigne le nombre sans cesse croissant des pays membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) : de cinquante en 1945, ils sont passés à plus de cent quatre-vingt aujourd’hui. Ce morcellement s’est d’ailleurs encore accéléré avec la chute du mur de Berlin (1989) et l’effondrement du bloc de l’Est. L’Union soviétique n’y a pas résisté ; elle a éclaté en décembre 1991 face aux revendications nationalistes des ex-républiques composant son empire, au terme de conflits brefs mais violents, notamment en Arménie, en Azerbaïdjan et dans les États baltes. Cet éclatement marque d’une certaine façon la fin de la décolonisation. Cependant, quelles que soient les voies choisies — libéralisme, socialisme, système étatique fort ou État théocratique —, les pays qui ont accédé à l’indépendance demeurent soumis aux exigences de l’économie-monde et cette mondialisation a favorisé le maintien, voire l’accentuation, de leur dépendance envers les anciennes métropoles. Cette dépendance économique, caractéristique du néocolonialisme malgré les politiques d’aide et de coopération, et le poids de la dette — les puissances européennes demeurant parmi les principaux bailleurs de fonds — jouent, aujourd’hui encore, un rôle important dans l’impuissance des ex-pays colonisés à mettre en place les structures de leur développement.
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