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Présentation ; Le conflit entre amour et raison d’État ; Une tragédie sans bain de sang ; En concurrence avec Corneille
Bérénice [Jean Racine], tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine, créée au Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, à Paris, le 21 novembre 1670, et publiée en janvier 1671.
Bérénice est une de ces nombreuses tragédies de Racine qui mettent en scène les échecs d’un amour partagé. Elle fait, par ailleurs, partie des trois pièces qui exploitent des thèmes tirés de l’histoire latine, montrant ainsi que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, les sujets grecs sont loin d’avoir une place exclusive dans le théâtre racinien, puisqu’ils fournissent matière à l’action de cinq tragédies seulement sur onze. Bérénice se déroule sous l’Empire romain, en 79 apr. J.-C., et c’est le peuple qui constitue l’obstacle à la passion partagée. Titus, qui vient de succéder à l’empereur Vespasien, aime Bérénice, la reine de Palestine, également courtisée par Antiochus, le roi de Comagène, une contrée d’Asie Mineure. Mais les coutumes romaines s’opposent à cet amour : un empereur ne peut épouser une reine et, qui plus est, une barbare. Titus, déchiré, est obligé de céder à la volonté populaire et de se séparer de Bérénice, qu’il renvoie dans ses États. Si ce dénouement n’est pas sanglant, il fait trois désespérés : Titus, Bérénice, mais aussi Antiochus qui, malgré ses vertus et son honnêteté, est repoussé par celle qu’il aime.
Bérénice est une tragédie particulière dans le théâtre de Racine. Elle ne s’achève pas, comme à l’ordinaire, par un bain de sang. Mais le dénouement n’en est pas moins tragique. Si la mort physique n’est pas au rendez-vous, la mort spirituelle sanctionne la séparation de ces deux êtres, voués à l’enfer dans une sorte d’abîme spatio-temporel si bien évoqué par Bérénice : « Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous. » (Acte IV, scène 5) De plus, le conflit intérieure qui déchire les personnages, partagés entre leur amour et les nécessités de la raison d’État, ajoute à l’obstacle extérieur et ancre profondément la pièce dans l’univers de la tragédie. Bérénice se distingue aussi, dans l’écriture racinienne, par la construction des personnages. Les trois protagonistes, Bérénice, Titus et Antiochus, refusent de se servir de l’arme de la dissimulation et entendent utiliser des moyens honnêtes pour parvenir à leur but.
Racine, sur ce point, rejoint la conception cornélienne. Mais, si l’on compare sa pièce avec Tite et Bérénice de son concurrent, créée la même année par la troupe de Molière au Théâtre du Palais-Royal, on constate de grandes différences entre les deux œuvres. La simplicité de l’action de la première contraste avec la complexité de la seconde. Le lyrisme amoureux est prééminent chez Racine tandis que Corneille accorde la place prépondérante au sens de l’honneur et de la gloire.
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