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Dom Juan ou le Festin de pierre [Molière], comédie en cinq actes de Molière, donnée à Paris le 15 février 1665, retirée de l'affiche sans raison connue au bout d'un mois et plus jamais reprise du vivant de l'auteur. L’œuvre a été publiée à Paris en 1682 dans une version édulcorée (édition La Grange des Œuvres de Molière) et à Amsterdam en 1683 dans une version plus conforme au texte joué en 1665.
Un grand seigneur espagnol, jeune et beau mais sans foi ni loi, multiplie autour de lui les scandales. On l'apprend de la bouche de Sganarelle, son valet, effarouché par la conduite hardie de son maître, et par Gusman, écuyer de la noble Elvire. Après avoir séduit celle-ci, l'avoir enlevée de son couvent et épousée, Don Juan* vient de l'abandonner sans retour. C'est ce que Sganarelle présage et confie à Gusman, et ce que Don Juan confirme à Sganarelle en lui faisant l'éloge de la conquête infinie et de l'infidélité systématique. Il est d'ailleurs déjà sur la piste d'une autre femme qu'il veut enlever à son futur époux au cours d'une promenade en mer. Confronté à Elvire elle-même, il repousse ses plaintes et ses objurgations sur un ton mi-cynique mi-hypocrite (acte I). Une bourrasque fait échouer sa tentative d'enlèvement et il est sauvé de la noyade par le paysan Pierrot. Il en profite aussitôt pour faire une cour pressante à Maturine et aussi à Charlotte, la promise de Pierrot. Il bouscule ce dernier sans ménagements mais on l'avertit qu'un parti de cavaliers le cherche et il songe à se travestir pour leur échapper (acte II). Déguisé en paysan, il fait à Sganarelle déguisé en médecin un discours qui disqualifie médecine et médecins puis toute forme de crédulité, y compris celle qui a trait à la religion. Sa leçon d'impiété est aussitôt appliquée à un pauvre à qui il tente de faire renier Dieu en jurant pour avoir son aumône. Don Juan sauve la vie d'un cavalier attaqué par des brigands : c'est l'un des frères d'Elvire, qui veulent le tuer ou l'obliger à la reprendre. Par reconnaissance, il obtient un délai et, chemin faisant, rencontre la tombe d'un Commandeur qu'il a tué en duel. Par dérision envers l'impressionnante statue qui l'orne, il invite celle-ci à dîner. La Statue acquiesce (acte III). Chez lui, avant le souper, Don Juan expédie avec une courtoisie assassine son créancier Monsieur Dimanche, puis, avec une insolence froide, son père venu lui faire reproche de sa conduite, indigne d'un gentilhomme, et encore Elvire venue lui dire son pardon et le supplier de changer de vie pour ne point être damné ; il accueille enfin sans trouble la Statue qui a répondu à son invitation et qui l'invite à son tour pour le souper du lendemain (acte IV). Soudain converti et repentant, il comble de joie son père, mais détrompe aussitôt Sganarelle : ce n'est qu'une feinte, un essai de « l'hypocrisie à la mode ». Il en joue encore auprès du frère d'Elvire, refuse l'avertissement d'un spectre « en femme voilée » qu'il croit reconnaître et est foudroyé en donnant la main à la Statue. « Mes gages, mes gages ! » crie Sganarelle (acte V).
La seule description de l'œuvre dit assez son caractère particulier : voilà une espèce de monstre textuel et théâtral qui ne ressemble à rien d'autre et se montre apte à prendre toutes sortes de formes. C'est proprement la séduction du diable qu'affronte Molière avec un sujet inhabituel chez lui et qu'il a fort contribué à constituer en mythe, après l'Espagnol Tirso de Molina (avant 1630), en même temps que des auteurs italiens et français de son siècle, et avant beaucoup d'autres (dont Hoffmann, Byron, Pouchkine, Lenau, Milosz). Don Juan est l'exemple rare d'un mythe sans origine antique. Molière lui a sans doute donné sa dimension la plus pleine : l'affirmation d'une autodétermination personnelle absolue, avec toutes ses conséquences. La plus repérable est la liberté amoureuse qui pousse à collectionner les conquêtes féminines dans la plus complète irresponsabilité, moment fort de la pratique libertine. Mais ce mépris de l'amour et ce non-respect de l'autre, le personnage l'inscrit dans une révolte plus radicale contre toute contrainte familiale, sociale, morale ou religieuse. Molière a su faire sentir avec génie cette radicalité assez effrayante du libertinage de Don Juan en construisant autour de lui une comédie qui échappe aussi à toute règle. Temps, lieu, action sont fort bousculés ; l'appel au surnaturel est complètement anachronique et largement invraisemblable ; le dénouement est pour le moins inattendu dans une « comédie ». Ces écarts esthétiques, allègrement repris par Mozart dans Don Giovanni, sont peut-être, autant que les audaces idéologiques ou morales, la cause de la longue éclipse du vrai Dom Juan (remplacé au théâtre, jusqu'en 1847, par une fade adaptation en vers de Thomas Corneille), comme de la faveur dont il jouit aujourd'hui, au théâtre, au cinéma, dans la littérature et dans les représentations les plus courantes de la conduite amoureuse, masculine ou féminine — on a vu exalter les « Don Juanes » ! * On utilise traditionnellement la graphie Dom pour le titre de la comédie de Molière (Dom Juan), et la graphie Don pour désigner, dans le texte de la pièce, le nom du personnage (Don Juan). Cela n’a pas toujours été le cas : Molière et le XVIIe siècle en général écrivaient Dom dans tous les cas, confondant le titre religieux et la particule de courtoisie espagnols.
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