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Faust I [Goethe]

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Johann Wolfgang von GoetheJohann Wolfgang von Goethe
Plan de l'article
1

Présentation

Faust I [Goethe], premier Faust de Johann Wolfgang von Goethe, publié (dans la version définitive que nous lisons aujourd’hui) en 1808, dans le huitième volume des Œuvres de l’auteur, sous le titre Faust. Eine Tragödie (Faust. Une tragédie).

La pièce est l’aboutissement d’un travail de près de quarante ans. En 1770 à Strasbourg, ou même plus tôt à Francfort, le poète rencontre, par l’intermédiaire des marionnettes et du théâtre, la figure de Faust, qui le hantera toute sa vie. Personnage historique mal connu, le pseudo-savant et magicien Faust, né dans le Wurtemberg au XVe siècle, avait déjà suscité une vogue populaire, cristallisée dans le fameux Volksbuch ou Faustbuch (« Livre de Faust »), ouvrage anonyme publié par l’imprimeur Spiesz à Francfort en 1587. Christopher Marlowe en Angleterre, en 1601, Gotthold Ephraim Lessing en Allemagne, en 1759, reprennent le sujet sous une forme dramatique, illustres prédécesseurs de Goethe, qui de 1773 à 1775 rédige son Urfaust, ou « Faust primitif ». En 1790, il insère dans le tome VII de l’édition Goeschen de ses Œuvres, un nouveau texte, intitulé Faust, Ein Fragment. Il lui faudra dix-huit ans pour aboutir à ce qui n’est encore que son « premier » Faust.

2

Le pari, le pacte

Deux prologues précèdent les vingt-cinq scènes du Faust I. Dans un « prologue sur le théâtre », Goethe rassemble un directeur de théâtre, un poète dramatique, un bouffon. Le directeur enjoint au poète de dérouler pour son public les « tableaux » de la « création », passant « et de l’enfer au ciel, et du ciel à la terre ». La pièce s’ouvre ainsi par un « prologue dans le ciel », confrontant le Seigneur et Méphistophélès à propos du savant Faust, dont l’esprit toujours « chevauche dans les espaces », perpétuel insatisfait de sa condition terrestre, animé de tempétueux désirs inassouvis. Méphistophélès souhaiterait l’écarter du droit chemin par des tentations multiples, pour posséder son âme après sa mort. Confiant en son serviteur Faust, le Seigneur permet à Méphistophélès d’entreprendre son dessein. S’engage l’action : Faust dans sa chambre d’études déplore la vanité du savoir et invoque l’Esprit de la terre. Incapable de soutenir son apparition, Faust abattu songe au suicide, projet dont le détournent les échos de la fête de Pâques, résonnant en ville. C’est alors qu’intervient Méphistophélès, qui lui propose, en échange d’un pacte signé avec son sang, de l’aider à accéder à cette connaissance « vivante » dont il se sent si douloureusement frustré. Faust à bout de ressources accepte. Rajeuni, il accompagne son maléfique compagnon dans une taverne, dans une cuisine de sorcière, avant d’engager grâce à lui une liaison avec la très jeune Marguerite. Innocente promptement séduite, la jeune femme s’abandonne aux tourments de l’amour. Hostiles à cette passion hors mariage, sa mère et son frère périront. Au cours d’une nuit de sabbat, Faust pressent l’enjeu horriblement funeste de son aventure et maudit Méphistophélès. Mais il est trop tard. Marguerite est condamnée à mort pour avoir tué l’enfant qu’elle portait. Lors d’une ultime scène, Méphistophélès arrache Faust impuissant au cachot où il était allé retrouver Marguerite, dont les voix célestes décident tout de même qu’après jugement elle mérite le salut.

3

Les confessions d’un enfant du Sturm und Drang

Ce premier Faust reflète les préoccupations personnelles de Goethe, comme celles de toute une génération. Le personnage symbolise l’être avide de connaissances, épris d’infini mais en proie à la finitude, qu’aucune expérience de la vie ordinaire ne peut satisfaire. Son alliance avec le démon manifeste son désir de repousser toute limite, comme elle suppose un défi : les aspirations (ou Streben, élan) de Faust ne sauraient se contenter des vulgaires artifices du Malin. Faust comprend progressivement l’insuffisance des sortilèges, dont il devient aussi la victime à court terme — sans parler du lot final promis. Ses difficultés à aimer sans sacrifier son ego, sa révolte latente contre Dieu et ses ambitions titanesques, il reste à les gérer, selon un apprentissage dans lequel Méphistophélès représenterait plutôt la faculté que l’on a de s’abuser soi-même. L’exigence spirituelle est maintenue, qui amène Faust à se rebeller contre le faux adjuvant, qui l’entrave plus qu’il ne le libère. Une éducation de soi est à faire, par soi sans doute : leçon de ce premier Faust, qui soumet au lecteur une personnalité emblématique, problématique, de l’humaine condition telle qu’elle est perçue par Goethe au fil de longues années. Contre le luthérianisme de l’époque Renaissance qui vit naître le mythe, Goethe propose une revalorisation de l’appétit de savoir, qui dépasse les revendications rationalistes antérieures d’un Lessing. Le Faust de Goethe veut accéder à la nature dans sa vie profonde, selon une manœuvre qui convoque intelligence et sensibilité, volonté, intuition et sensualité : « programme » complet dont la revendication appelle un second Faust (Faust II). Le charme passionné du premier fera néanmoins sa fortune littéraire européenne, notamment après sa traduction en français par Gérard de Nerval, en 1828 et 1835.

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