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Filles du feu, les [Gérard de Nerval], recueil de nouvelles de Gérard de Nerval, publié en 1854.
Le choix d’un prénom féminin comme titre pour chaque nouvelle manifeste le souci de lier des pièces d’une étonnante diversité d’écriture. « Angélique » relate la quête d’un ouvrage par le narrateur à travers diverses bibliothèques, sans cesse interrompue par le récit des aventures d’une jeune femme du xvie siècle. « Sylvie » est l’histoire d’une désillusion : le retour du narrateur sur les lieux de son enfance où tout a changé, surtout ses anciennes amours. Suit un court texte intitulé « Chansons et légendes du Valois », rassemblant divers fragments de chansons populaires. « Jemmy », emprunté à une nouvelle allemande, raconte la vie des premiers colons en Amérique. « Octavie » est un parcours initiatique du narrateur à Naples, pris entre deux amours, une jeune Anglaise et une Italienne. « Isis » est la description d’une fresque antique entraînant une réflexion spirituelle syncrétique. « Corilla » est une saynète, un moment de comédie où une actrice est courtisée par deux hommes. « Émilie », enfin, raconte une vengeance familiale tragique et n’est probablement pas entièrement de la plume de Nerval. L’ouvrage comporte en outre un recueil de douze sonnets relativement hermétiques, les Chimères. Nerval donnait un sens très large au terme de « nouvelle ». Il s’agit d’une forme brève sans appartenance générique spécifique et présentant de fortes possibilités de concentration. D’autre part, Nerval construit un système de rapports quelque peu mystérieux entre les pièces par des échos d’une pièce à l’autre, tant en ce qui concerne les personnages, les objets, que certaines formules langagières.
L’impression d’unité naît, dans les différents récits, du personnage central du narrateur. Autour de lui, les personnages féminins sont comme des marionnettes, des archétypes. Il vit des amours malheureuses, des échecs, des disparitions dans une solitude certaine, et à travers des interrogations sur son éventuelle folie, ce qui comporte un aspect autobiographique. La dédicace du recueil (à Alexandre Dumas) pose ce problème et présente l’œuvre comme une justification de maîtrise raisonnable, non sans confronter constamment la logique et l’illogisme. La prose nervalienne ne néglige cependant pas la poésie, se fonde sur l’imaginaire matériel du feu et de l’eau, et manifeste un net penchant pour l’image et le symbole.
Le recueil s’organise autour de certains lieux (le Valois, la Campanie), à travers notamment le thème du voyage. Le voyage est souvent illusoire et vain, la fuite impossible. Les transformations de ces lieux sont à l’image de celles du temps, et l’écriture joue sur les différentes strates temporelles qui sont celles de la mémoire. Passé et présent se confondent sans cesse, que le passé soit celui, personnel, du narrateur, ou le passé historique de grands personnages. Personnages et lieux trouvent donc toujours leur double, qu’il soit réel ou illusoire. Cela s’exprime en particulier grâce à la thématique dominante du théâtre.
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