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Franciade, la [Pierre de Ronsard], épopée de Pierre de Ronsard, publiée en 1572. On parle de la Franciade comme d’un échec dans l’œuvre de Ronsard. Cependant, la parution des quatre premiers livres (1572) a été la réponse nécessaire à la confiance unanime de ses pairs de la Pléiade qui l’avaient désigné comme le successeur d’Homère en France. Il réalise un projet dont l’idée apparaît pour la première fois dans « l’Ode de la Paix » et qu’il n’a jamais cessé de poursuivre et de nourrir tout au long de sa production.
Poète à la Cour de Charles IX, engagé dans la poésie civique, Ronsard rêve d’offrir à la France perdue en guerres intestines une épopée homérique qui chanterait, en douze ou vingt-quatre chants de décasyllabes, la grandeur du pays et de ses héros, depuis leurs origines légendaires. Reprenant le canevas de la légende troyenne, Ronsard imagine les aventures que Francus, fils du troyen Hector, rencontre pendant le voyage qu’il entreprend, à la demande des Dieux, vers la Gaule. Après avoir essuyé une grosse tempête, la flotte est contrainte d’accoster en Provence où elle est accueillie par Dicée, le roi du pays, qui lui offre asile. Pour le remercier, Francus combat et tue le géant qui retient prisonnier son fils, Orée. Dicée lui offre sa fille Hyante qui, possédant des dons de prophétie, lui révèle que ses descendants seront les souverains de la France et entreprend de lui raconter leur histoire et celle des règnes que connaîtra le pays. Elle s’interrompt à l’évocation de Charles Martel.
La parution des premiers livres de la Franciade déçoit public et amis de Ronsard qui, outre certaines longueurs, lui reprochent l’union, peu recommandée, selon le partage des genres, de l’histoire et de la fable, l’une s’attachant à transcrire le réel et l’autre, le vraisemblable. Malgré les corrections apportées à l’édition de 1573, la Franciade continue de décevoir et sombre dans l’oubli, au point même que Ronsard en abandonne la rédaction, avouant avoir atteint ses limites. Il est vrai que la haute conception qu’il a du poème héroïque, mélange laborieux et savant de l’imitation des modèles dans un cadre et des procédés stricts, gêne plus Ronsard qu’elle ne l’aide à accomplir son « grand œuvre ». Il avoue dans « l’Épître au lecteur » peiner avec l’idéologie (livre I) et l’interminable liste des rois de la première dynastie (livre IX). Il excelle en revanche dans l’invention romanesque des pauses descriptives, dans les épisodes héroïques (livre II) ou dans les passages lyriques des amours des héroïnes (livre III). Mêlant le civisme à l’héroïsme, de manière à faire converger l’ensemble des thèmes qui l’ont servi depuis les Odes jusqu’aux Discours, Ronsard aurait pu signer l’aboutissement de tout son programme poétique avec la Franciade et aurait atteint cette place « de soldat de l’histoire et du monde » qu’il n’a cessé de rêver d’occuper, s’il n’avait pas fait d’un désir personnel une œuvre collective. Moins qu’un échec, la Franciade est un écart dans le parcours d’un homme de lettres qui pèche par trop d’ambition nationaliste et glorieuse.
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