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Présentation ; La formation d’un héros moderne : le révolutionnaire ; Une fresque épique ; Des adaptations nombreuses
Germinal [Émile Zola], treizième roman du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Paru d’abord en feuilleton dans le Gil Blas en 1884-1885 puis dans la Vie populaire, il est publié sous sa forme définitive en 1885. L’action retrace l’histoire d’une grève dans le bassin houiller du nord de la France et fait écho au conflit historique d’Anzin (1884). La documentation de l’écrivain, préalable à l’élaboration fictionnelle, est extrêmement précise et contribue à la très grande célébrité du roman : le lectorat populaire s’accroît et reconnaît alors en Zola un témoin fidèle du monde ouvrier. Le succès critique est également assuré : le roman est inscrit dans la lignée des Misérables de Victor Hugo.
La structure romanesque met en relief un héros singulier, Étienne Lantier, fils de Gervaise (voir l’Assommoir), frère de Claude (l’Œuvre) et de Nana (Nana). L’action débute par son arrivée à Montsou et s’achève avec son départ, à l’aube d’un jour neuf. Le personnage est emblématique des problèmes du monde ouvrier sous le second Empire : renvoyé des chemins de fer, à Lille, pour avoir giflé son chef, Lantier se fait embaucher au puits de mine du Voreux. Il partage alors la vie et les misères de l’équipe de Maheu. Révolté par la vie quotidienne des mineurs, écrasés par les lois du patronat, il devient le porte-parole des idées socialistes de la Première Internationale et organise la lutte et la révolte avec ses moyens d’autodidacte. Il est agitateur, idéaliste et peu armé. La compagnie minière provoque la grève avant que les ouvriers aient pu organiser une caisse de secours qui leur permettrait de tenir : la faim et la colère génèrent la violence. Les installations sont détruites, les femmes attaquent l’épicier Maigrat qui collabore avec la direction de la mine. « Le soulèvement des salariés, le coup d’épaule donné à la société qui craque un instant, la lutte du capital et du travail » durent deux mois et demi. L’armée tire sur les grévistes. L’anarchiste Souvarine sabote le puits du Voreux et déclenche l’effondrement des galeries. Étienne Lantier est enfermé au fond, avec Catherine Maheu qu’il n’avait pas osé conquérir. Elle meurt dans ses bras. Le personnage de Lantier, rescapé de cet enfer, quitte Montsou pour Paris : malgré le poids héréditaire de son ascendance Macquart et la naïveté coupable de ses premiers élans révolutionnaires, il a traversé une sorte de roman d’éducation. La dernière page du roman offre la vision d’un héros en marche, porteur des espoirs de justice sociale, qui sont en germe dans le sol meurtri.
La valeur documentaire du roman naturaliste et l’analyse du réel qu’il vise sont dans le cas de Germinal, particulièrement sensibles. Les conditions de travail, de vie quotidienne, les mœurs ou les maladies des mineurs sont données à voir avec précision et souci du détail. Les forces en présence dans le champ économique sont représentées : le grand capital, la petite industrie, les rentiers. Les ressorts idéologiques des discours dominants apparaissent : le paternalisme de la bourgeoisie mais aussi la volonté de puissance personnelle des « meneurs » de grève, leurs querelles internes, l’emprise discursive des théories politiques neuves. Cependant, le roman manifeste de façon remarquable l’efficacité d’une poétique mise au service de la peinture du monde ouvrier : la réception critique contemporaine de Germinal a convoqué les références à Dante, Hugo ou Delacroix. Le narrateur a ici recours aux modèles de l’épopée ou du conte. Par exemple, il fait du puits de mine, le « Voreux », un ogre qui avale et recrache les hommes, les femmes et les enfants, réduits à l’état de proies. Le capital est un « Minotaure » : il met à mal les jeunes gens et rend stériles et faibles les cités ouvrières.
Selon un désir récurrent de l’écrivain, le roman est adapté au théâtre dès mai 1885. Les résistances du pouvoir ne lui permettent d’échapper à la censure qu’en 1887 : la pièce alors autorisée est présentée au théâtre du Châtelet en avril 1888 et connaît un échec. Une autre adaptation a cependant du succès : celle de William Busnach, en janvier 1889. Elle est jouée en France, puis en Belgique et ce jusqu’en 1900. Les versions cinématographiques sont nombreuses dès 1903 : Germinal, d’Albert Capellani et du metteur en scène de théâtre André Antoine (1913) ; Germinal, d’Yves Allégret, avec Claude Brasseur, Bernard Blier, Berthe Granval (1963) ; Germinal de Claude Berri, avec Renaud dans le rôle d’Étienne, et Laurent Terzieff dans celui de Souvarine (1993). Cette dernière version présente une image pessimiste des luttes ouvrières et transforme la page finale du roman en vision crépusculaire.
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