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Résultats avec Windows Live® Search Grandes Espérances, les [Charles Dickens]Article
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Grandes Espérances, les [Charles Dickens], roman de Charles Dickens, paru à partir de 1860 dans le journal All the Year Round, fondé par l’auteur lui-même l’année précédente, et publié en volume en 1861 sous le titre original de Great Expectations. Ce roman renoue avec la veine autobiographique que David Copperfield avait inaugurée dix ans plus tôt. Moins délibérément personnel, empreint d'une sérénité propre aux dernières créations de Dickens, les Grandes Espérances reste néanmoins fortement imprégné des souvenirs de son auteur et, à ce titre, mérite d’être rangé parmi les plus grandes œuvres du romancier.
Le roman suit le parcours qui mène le jeune orphelin Philip Pirrit d’une humble condition aux plus hautes sphères de la société londonienne. Surnommé Pip par son entourage, Philip vit auprès de son acariâtre sœur et du modeste forgeron Joe Gargery. Protégé dans sa province des tentations de la ville, il est mis en apprentissage à Satis House chez Miss Havisham, riche excentrique qui, déçue par les hommes, projette sa frustration sur sa jeune protégée, la belle Estella, et lui inculque la haine du sexe masculin. Pip, qui perçoit d’un inconnu des sommes d’argent nécessaires à son éducation, s’éprend secrètement de la jeune fille. Mais quelques années plus tard, par l’intermédiaire de Jaggers, l’homme de loi engagé par le mystérieux bienfaiteur, Pip apprend qu’il héritera d’une fortune immense à la condition de quitter définitivement le milieu duquel il est issu. Bientôt Pip fait la connaissance de son protecteur, Abel Magwitch. Ce parvenu respectable arrache définitivement le jeune homme à sa condition. Installé désormais à Londres, Pip peut jouir, avec son nouvel ami Herbert Pocket, d’une vie oisive et élégante, à tel point qu’il en vient à renier ses origines et à mépriser le bon Joe Gargery. Mais cette ascension providentielle s’accompagne d’un revers imprévu. Estella épouse un rival de Pip, le vil Bentley Drummle, à ses dépens d’ailleurs, puisqu’elle ne tarde pas à subir les brutalités de son nouvel époux. Dans le même temps, Pip découvre la véritable identité d’Abel Magwitch : celui-ci n’est autre que le forçat évadé que le jeune orphelin, dans la scène inaugurale du roman, avait été obligé de secourir. Celui-ci est d’ailleurs toujours poursuivi par la justice. Pip projette alors de lui faire quitter l’Angleterre afin de le mettre en sécurité. Mais la tentative d’évasion échoue : Magwitch, finalement arrêté, est condamné à mort. Il meurt cependant en paix, aux côtés de Pip, quelque temps avant la date de son exécution. Ce dénouement marque la fin des illusions : Pip, qui subit indirectement l’arrestation de son bienfaiteur, prend la décision de renoncer à sa vie dorée et de retourner dans sa famille, où il est accueilli par Joe. Dix ans après leur séparation, il retrouve, dans les ruines de Satis House, Estella, désormais veuve.
D’une structure somme toute assez proche de David Copperfield, ce nouveau récit de formation obéit pourtant à une morale bien plus ironique. Si le héros succombe à la tentation de la réussite facile, ce jeune nanti finit par réprouver le milieu dans lequel il est parvenu sans véritable mérite. Au contraire de David Copperfield dont l’itinéraire suit une courbe uniformément ascendante, la trajectoire de Pip reste, avant tout, marquée par la brutalité de son élévation peu commune. À l’apprentissage laborieux de l’honnêteté, succède un apprentissage plus pernicieux, celui de la mondanité et de ses codes. Entre la sophistication désincarnée des gentlemen londoniens et la rusticité profondément éthique de Joe Gargery, Dickens souligne la déperdition des valeurs vaincues par la tyrannie de l’argent. Cette mise en cause d’une société essentiellement corruptrice qui, sous ses aspects de sociabilité affectée, cultive la cruauté et le mépris fait écho au Livre des Snobs de Thackeray. Mais, d’une certaine manière, Dickens va encore plus loin que son contemporain en sapant de l’intérieur l’édifice social. Car la fortune qui permet au héros de gravir les échelons de la société n’est rien d’autre que le fruit du crime. Ultime perversion qui tend à faire d’un forçat évadé l’agent d’une possible conquête de la respectabilité et de la moralité ainsi que le représentant, en tout point achevé, d’une élite fortunée. Bien que discrète, la critique sociale affleure donc dans ce tableau enchanté de l’Angleterre prévictorienne, imprégné d'une nostalgie toute romantique. Car ce roman d’essence autobiographique, empreint de sentimentalité plutôt que de sentimentalisme, dresse tout autant le portrait d’une génération — celle des années 1820 — qui a vu ses espérances et sa jeunesse englouties par l’avènement d’une société finalement gagnée à l’utilitarisme.
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