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Hamlet [William Shakespeare]

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William ShakespeareWilliam Shakespeare
Plan de l'article
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Présentation

Hamlet [William Shakespeare], tragédie en cinq actes en vers et en prose de William Shakespeare, écrite et portée à la scène vers 1601.

L’intrigue a été puisée dans les Histoires tragiques (1570), traduites en français par Belleforest à partir de l’Histoire des Danois de Saxo Grammaticus (XIIIe siècle). Shakespeare s’inspire également du Hamlet de Thomas Kid (1558-1594) représenté en 1589 et en 1594. Dans cette adaptation, figurent déjà l’apparition du spectre et l’épisode de la pièce de théâtre. Tels sont les canevas à partir desquels Shakespeare crée ce héros tragique à la fois inquiétant et fascinant qu’est Hamlet. Tandis que dans l’œuvre de Kid le jeune prince de Danemark incarne encore les valeurs héroïques de la bravoure et de la pugnacité, le Hamlet de Shakespeare est un héros de la dissonance et de la fêlure.

L’action se déroule au Danemark dans le château d’Elseneur, juste après les funérailles du roi. À l’acte I, le jeune prince Hamlet, fils du roi défunt, manifeste indignation et amertume à l’idée que sa mère, la reine Gertrude, puisse, sans respect des convenances, précipiter son mariage avec son beau-frère, Claudius, récent héritier de la couronne de Danemark. Mais voici que le spectre du roi mort, qui hante la forteresse depuis le début de la pièce, se présente à Hamlet. Après lui avoir révélé qu’il a été empoisonné de la main même de Claudius, il exhorte le jeune homme à le venger. L’acte II est celui d’Hamlet : la bizarrerie de son comportement inquiète le couple royal, qui charge deux de ses amis, Rosenkrantz et Guildenstern, de veiller sur lui. Les répliques qu’il adresse à Polonius, premier ministre, et à ses deux amis oscillent constamment entre lucidité et déraison. C’est alors que se présentent des comédiens dont le jeu inspire à Hamlet, resté seul en scène, une méditation douloureuse sur le travestissement des sentiments, sur sa veule irrésolution, sur les sortilèges de l’illusion. À ce monologue de conclusion répond l’autre célèbre monologue de l’acte III, « Être ou n’être pas… », interrompu par l’arrivée d’Ophélie, fille de Polonius. Troublée par les égarements de son prétendant, la jeune fille se voit injuriée sans raison. Dans la scène 2, le couple royal est convié à une représentation théâtrale imaginée par Hamlet. Transposition évidente du meurtre commis par Claudius, la pièce relate un régicide par empoisonnement exécuté par un roi et une reine de comédie. La reine Gertrude s’efforce de ramener son fils à la raison, mais celui-ci, s’imaginant que Claudius écoute la conversation derrière un rideau, passe l’espion au fil de l’épée, et s’aperçoit, mais trop tard, qu’il s’agissait de Polonius. De ce meurtre nous découvrons les conséquences funestes à l’acte IV : après avoir perdu la raison, Ophélie meurt noyée, tandis que son frère Laërtes crie vengeance. L’acte final débute par les funérailles d’Ophélie — précédées d’une amère méditation d’Hamlet sur la dérision de la mort (« Pauvre Yorick… ») — et s’achève, dans une tonalité dramatique et ironique à la fois, sur un véritable carnage. Le roi entend, en apparence, réconcilier Hamlet et Laërtes et les prie d’accepter de se mesurer en un combat symbolique ; mais on donne à Laërtes une épée dont la pointe est empoisonnée. Hamlet est touché, mais blesse mortellement Laërtes et tue le roi avant de mourir. Gertrude boit la coupe empoisonnée qui était destinée à son fils. La tragédie s’achève sur l’arrivée de Fortinbras, prince de Norvège, qui devient souverain du royaume du Danemark.

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La crise du sens, l’ironie douloureuse

Ainsi triomphe la mort par le poison. L’avilissement, le pourrissement moral d’Elseneur, ouvrent et achèvent cette tragédie. Le palais des souverains est ici espace de dérèglement des valeurs, et plus largement des principes qui fondent la vision du monde féodal. Confronté à un univers qui pose plus de questions qu’il n’offre de réponses, Hamlet est en proie à l’hébétement, au vertige. Cette conscience juvénile qui chancelle, cette âme de héros qui doute de son mérite et de sa valeur, sont bien à l’image d’un monde lui-même vacillant. Gérard Desarthe, interprète inspiré du rôle d’Hamlet dans la mise en scène de Patrice Chéreau (1988) dodelinait constamment de la tête pour manifester cette déstabilisation et cette absence de repères. Qu’il soit confronté à l’imposture et aux mensonges de son entourage, ou encore à sa propre impuissance en situation de monologue, Hamlet est le héros de la rupture, de la crise du sens. Quand l’illusion sous toutes ces formes (apparition, théâtre, dissimulations, etc.) le dispute à la réalité cynique du pouvoir et de ses courtisans, ou à la réalité pathétique du pur amour, quand la veulerie du crime par empoisonnement rivalise avec l’héroïsme de la vengeance ou du duel, rien de stable ne semble pouvoir s’imposer. De sorte que l’ironie douloureuse est devenue le seul mode de comportement de ce héros incapable d’assumer sa posture héroïque. Tout le tragique de cette œuvre tient sans doute alors à ce mélange de pathétique et de dérision si caractéristique du destin d’Hamlet.

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Postérité d’Hamlet

On ne s’étonnera pas que la génération romantique, génération du malaise et du dégoût de vivre se soit reconnue dans ce héros de l’impasse existentielle. Loin des héros tragiques de la tradition classique qui s’accomplissent par la délibération et la décision, le personnage shakespearien est une figure de l’irrésolution. Sans doute parce que ses thèmes sont proches de notre sensibilité moderne, Hamlet a séduit les metteurs en scène contemporains, mais aussi les cinéastes. Citons notamment les adaptations cinématographiques de Laurence Olivier (1948), et plus récemment de Franco Zeffirelli (1990) avec Mel Gibson dans le rôle-titre, et enfin de (et avec) Kenneth Branagh (1997).

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