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Hommes de bonne volonté, les [Jules Romains]

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Plan de l'article
1

Présentation

Hommes de bonne volonté, les [Jules Romains], cycle romanesque en vingt-sept volumes de Jules Romains, publié de 1932 à 1946.

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6 octobre 1908-7 octobre 1933

Au matin du 6 octobre 1908, Paris s’éveille. L’apprenti Wazemmes, la comédienne Germaine Baader, les Saint-Papoul et les Champcenais, l’instituteur Clanricard commencent leur journée. Le relieur Quinette reçoit la visite de Juliette et d’un étrange individu dans sa boutique de Vaugirard. Dans le train qui l’amène de Saint-Étienne à Paris, Jean Jerphanion songe à son entrée prochaine à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, où il rencontrera son camarade Pierre Jallez. Voilà le point de départ d’une immense superposition d’intrigues dont le terme chronologique amène au 7 octobre 1933, occasion, comme vingt-cinq ans avant, d’un dernier panorama parisien.

Un premier ensemble romanesque (les volumes 1 à 16) couvre donc les années 1908 à 1916, culminant avec le tableau de la guerre brossé dans Prélude à Verdun et Verdun. Cet ensemble raconte, entre autres, une énigme policière (Crime de Quinette), une ascension politique (Gurau député puis ministre, dans les Superbes et les Humbles), une odyssée industrielle (le personnage d’Haverkamp) et de multiples liaisons amoureuses. C’est aussi le récit d’une amitié entre Jallez et Jerphanion, dont les rencontres et les discussions passionnées ponctuent les différents volumes.

Les personnages se retrouvent ensuite au printemps de 1919, début d’un après-guerre qui semble d’abord riche de promesses, tant privées que politiques (la Douceur de la vie, Cette grande lueur à l’Est), avant de se dégrader dans une nouvelle montée des périls, les menaces d’une nouvelle implosion de l’Europe (volumes 17 à 27). Jallez voyage dans le monde entier : il visite la Russie soviétique, l’Italie et l’Allemagne où s’installe le fascisme ; il écrit. Jerphanion fait une carrière politique qui le mène en 1933 au ministère des Affaires étrangères, dont il démissionne (le Tapis magique). Quinette s’est confessé comme étant « le plus grand criminel du siècle » (Comparutions). Les amours se défont, mais d’autres peuvent naître : Jallez aime ainsi une jeune femme qui redonne sens à sa vie (Françoise). La dernière page transporte ses personnages d’abord au sommet de la butte Montmartre pour un lever de soleil, ensuite à l’aéroport du Bourget, où Jallez concède : « Ce monde moderne serait tout de même quelque chose de bien épatant, si… » Et Jules Romains conclut ainsi son œuvre : « Aucun des autres n’avait besoin qu’il expliquât le si. Aucun non plus n’avait sous la main une réponse. »

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Un roman unanimiste

C’est vers 1908, à l’époque où Jules Romains se fait connaître par ses poèmes recueillis dans la Vie unanime, qu’il ébauche le projet d’une somme romanesque répondant aux critères d’une vision du monde originale, fondée sur la croyance à une vie collective, à une énergie spirituelle des groupes, au-delà de l’enfer de la solitude urbaine (voir unanimisme). Il rédige en 1929 les premiers plans de l’œuvre. À partir de 1932, ce « roman unique » divisé en 27 volumes commence à paraître. Chaque automne, avec une régularité impressionnante, deux volumes des Hommes de bonne volonté sont ainsi livrés aux lecteurs. La Seconde Guerre mondiale n’interrompt pas le projet : de 1941 à 1944, les volumes 19 à 24 sont publiés à New York, où l’auteur s’est réfugié en 1940. En 1946, revenu à Paris, entré à l’Académie française, Jules Romains réserve à la France libérée les trois derniers titres de l’immense récit.

Relevant le défi de renouveler l’écriture de la totalité sociale selon des moyens différents du retour des personnages de la Comédie humaine ou de la généalogie des Rougon-Macquart, il souhaite « tracer de notre époque une image aussi ressemblante que le permett[ent] les ressources actuelles de l’art ». Jules Romains revendique, contre Balzac et Zola, une esthétique de l’addition, sans cohérence artificielle des intrigues et des milieux : « Dans les Hommes de bonne volonté, déclare-t-il, en 1933, il n’y a pas de personnage central, et la plupart de mes personnages n’ont ni lien ni relation entre eux. » Il s’agit d’« exprimer la vie collective », dans son désordre, ses échecs apparents, ses promesses d’amélioration aussi. Le titre même du cycle, emprunté à la Bible, indique un optimisme mesuré que l’on peut opposer aux tragédies de l’Histoire.

Dans sa volonté de peindre toute la vie humaine dans son foisonnement quasi organique, Jules Romains use d’une écriture romanesque qui, elle, ne rompt pas vraiment avec le réalisme du siècle précédent. Résistant aux renouvellements littéraires du xxe siècle, il a été plus lu qu’honoré par ses pairs et par la critique. On lui reconnaîtra pourtant l’introduction en France de l’écriture de la simultanéité, pratiquée aux États-Unis par John Dos Passos dans les années vingt. Cette technique est particulièrement bien venue dans les volumes extrêmes (Le 6 octobre, Le 7 octobre), ainsi que dans l’évocation de la Première Guerre mondiale (Prélude à Verdun, Verdun). Ces deux derniers titres ont fait l’admiration de Sartre, qui se souviendra du simultanéisme pour écrire son Sursis.

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