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Illusion comique, l' [Pierre Corneille], comédie en cinq actes et en vers de Pierre Corneille, créée au Théâtre du Marais, à Paris, début 1636, et publiée en mars 1639.
Curieuse comédie que l’Illusion comique, comédie des apparences, des faux-semblants, construite selon le schéma traditionnel des amours décalées. Pridamant est à la recherche de son fils, Clindor, qui a fui le domicile paternel. Le magicien Alcandre lui propose de contempler, à l’intérieur d’une grotte enchantée, des épisodes de l’existence du disparu. Il fait défiler devant ses yeux le « film » de la vie du jeune homme qui est impliqué dans une intrigue amoureuse d’une grande complexité. Clindor aime en effet la jeune Isabelle, elle-même courtisée par le faux brave Matamore et par Adraste. Clindor, de son côté, est aimé de la servante Lyse. Provoqué par son rival Adraste, il le blesse grièvement. Arrêté et condamné à mort, il réussit à s’évader avec la complicité du geôlier, soudoyé par Lyse. Le spectacle auquel assiste ainsi le père s’achève sur une méprise. Le magicien lui montre l’assassinat de Clindor. Mais heureusement, il s’agit d’une fiction, de la représentation d’une pièce jouée par le jeune homme devenu comédien. Rassuré, Pridamant est décidé à lui pardonner ses incartades et à donner son accord à son mariage avec Isabelle.
Huitième pièce de Pierre Corneille, l’Illusion comique fait partie de ses huit comédies et, plus particulièrement, des six composées durant la première partie de sa carrière, marquée par la pratique de l’irrégularité. C’est en fait une œuvre hybride, dans laquelle — un peu comme Molière dans Dom Juan —, en une sorte d’art théâtral, il offre toutes les facettes, tous les fonctionnements, toutes les tonalités de l’art dramatique de l’époque. La comédie est là, avec le personnage ridicule de Matamore et l’intrigue amoureuse complexe. La tragi-comédie est présente dans la tension qui affecte les rebondissements et dans le caractère souvent dramatique de la passion. La tragédie marque le traitement de la pièce dans la pièce qui s’achève sur la mort du personnage principal. Le merveilleux est créé par l’intervention du magicien, figure clef de la pièce. Et cette diversité se trouve encore accentuée par l’éclatement de l’action, que souligne, en particulier, le recours au théâtre dans le théâtre, et par la dilatation spatio-temporelle qui inscrivent la pièce dans l’irrégularité.
La modernité de son fonctionnement explique le succès actuel de l’Illusion comique, que choisissent souvent les metteurs en scène contemporains. Le traitement du temps, qui repose sur les retours en arrière, préfigurations du flash-back cinématographique, est révolutionnaire. Par ailleurs, la construction burlesque du personnage de Matamore développe un comique tout à fait actuel et constitue, de façon plaisante, comme la version parodique avant la lettre de Rodrigue du Cid, qui, écrit une année après l’Illusion comique, marquera la fin de la période irrégulière de Pierre Corneille.
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