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Julie ou la Nouvelle Héloïse [Jean-Jacques Rousseau]

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Jean-Jacques RousseauJean-Jacques Rousseau
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1

Présentation

Julie ou la Nouvelle Héloïse [Jean-Jacques Rousseau], roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau, conçu à la faveur d’une longue pause dans le combat philosophique et politique du « citoyen », esquissé dès 1756, puis conduit à une première version en quatre parties (1757), terminé en 1758, mis au net dans les deux années suivantes, enfin publié — en six parties — en 1761, avec un immense succès.

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« Des sens si combustibles »

Un précepteur et sa jeune élève tombent passionnément amoureux l’un de l’autre. Le bonheur exultant de Saint-Preux et de Julie d’Étanges, innocent et glorieux, vertueux et libre, se heurte à l’empêchement social et aux projets du père de Julie, qui a promis sa fille à M. de Wolmar. Malgré l’entremise de leurs anges tutélaires respectifs, Milord Edouard et Claire, les amants doivent se séparer, déchirés (I). Saint-Preux explore le monde de la ville — ses séductions, ses artifices, ses périls (II). Julie s’engage dans le sacrifice, en acceptant le mariage avec Wolmar. Saint-Preux, d’abord tenté par le suicide, part pour un tour du monde de l’oubli (III). À son retour, il est convié à Clarens, et invité à prendre place, auprès des époux Wolmar, dans la communauté sereine, ordonnée, radieuse, efficace, du domaine (IV). Des signes prémonitoires jettent leur ombre sur cette utopie (V). Julie meurt, en sauvant son fils de la noyade, après qu’une insatisfaction l’eut imperceptiblement séparée des siens. La longue coda du roman révèle les secrets enfouis et s’enfonce dans le deuil et le chagrin (VI).

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« Il faut des romans aux peuples corrompus. »

En changeant de moyens, selon ses propres mots, Rousseau ne change pas d’objet : il plie le roman à l’enquête philosophique, tous azimuts, sur l’homme. D’où les digressions ou dissertations, qui s’intercalent dans les événements comme autant de « points » opérés (sur la physiologie, la musique, le suicide, l’économie, etc.) qui convergent vers une question centrale : la double et contradictoire positivité de l’expression naturelle et du lien social. Toutefois, c’est la fiction elle-même qui porte l’essentiel des hantises rousseauistes : le drame des amants explore toutes les équivoques de la vertu (générosité du don et austérité du devoir), de la loi (contrainte extérieure et fondation intime), du bonheur (besoin du moi et menace d’anarchie). Ni prédictif, ni dogmatique, le roman se fait utopie — exaltée, tendue, finalement désespérée.

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« Aimer l’humanité »

Rousseau pousse à un point souverain d’expression les possibilités du roman épistolaire. La démultiplication des points de vue, la différence des styles, la révolution des rythmes, la diversité des événements (brutalité des séparations, trouées du tragique, retard des informations, désespoir des attentes, effusion des réponses, délais de la douleur, contrecoups des épanchements, etc.) sont fondues dans un ensemble secrètement musical. Hymne à l’amour, à sa légitimité, autant qu’à la conscience, à sa nécessité, ce chant des âmes vraies, jeté à la littérature comme un défi, atteint d’incomparables vibrations (la célèbre promenade sur le lac), avant le coup de génie de la fameuse lettre posthume de Julie — qui balaie in extremis tout le roman, comme un secret ineffaçable du cœur renversant toutes les fragiles constructions auxquelles ce dernier s’est librement, consciemment, mais en vain, adonné.

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