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Nana [Émile Zola]

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Émile ZolaÉmile Zola
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Présentation

Nana [Émile Zola], neuvième roman du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Il commence par paraître en feuilleton dans le Voltaire à la fin de 1879 avant d’être publié en volumes en 1880. Cette peinture d’une courtisane issue du milieu ouvrier a suscité des polémiques et connu un grand succès de librairie. Elle a emporté l’admiration définitive de Flaubert pour Zola.

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Le roman des plaisirs tarifés

Nana est la troisième des enfants de Gervaise (voir l’Assommoir) : demi-sœur d’Étienne Lantier, le héros de Germinal, et de Claude, personnage principal de l’Œuvre. Après s’être prostituée pour fuir la misère, elle est engagée au Théâtre des Variétés, plus pour son physique que pour ses talents. Devenue une des demi-mondaines les plus en vue, elle est adulée par une cour masculine et entretenue par le comte Muffat, chambellan de l’impératrice Eugénie. Le lit de cette « cocotte » du second Empire accueille le Tout-Paris et cause la ruine du comte, le déshonneur ou le suicide des hommes. Nana part à l’étranger et meurt misérablement — de la petite vérole — le jour de la déclaration de la guerre à la Prusse.

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La « mouche d’or » sur le fumier du second Empire

L’expression qui désigne ainsi Nana est prêtée au personnage de Fauchery, journaliste, qui assiste, dès l’ouverture du roman, à l’apparition de l’actrice dénudée aux yeux du Tout-Paris, dans le spectacle la Blonde Vénus, parodie des créations d’Offenbach. Zola, critique, déteste le compositeur dont il écrit qu’il a « tout un public de claqueurs qui se pâme pour une obscénité accentuée d’un coup de hanche » (la Tribune, 3 octobre 1869). Le roman propose la satire des loisirs bourgeois sous le second Empire : théâtre, champ de courses, qui sont des espaces marchands où les parades et parures des femmes entretenues servent de caution bancaire aux hommes d’affaires et aux hommes politiques. Paris est capitale du vice. Comme la comédienne, dans la tradition d’Ancien Régime, la « cocotte » ou « mangeuse d’hommes » est un personnage qui constitue un lieu commun du xixe siècle : diabolisée puisqu’elle est capable de prendre toutes les apparences, elle figure l’artifice et brouille les valeurs existantes en se situant à leur carrefour. En 1843, Balzac avait présenté la courtisane comme « un chiffre en dehors des êtres sociaux ». Zola désacralise le mythe de la fille galante : l’aspect documentaire de son étude sociologique, puis la « réélaboration » poétique que propose le roman, font de la sexualité vénale l’une de ces dépenses dévastatrices que met en scène l’ensemble du cycle. Le roman de la prostitution présente avec Nana un corps symbolique : elle figure le corps social enfiévré qui meurt d’une passion mortifère, sans transfiguration. Le corps féminin est ainsi la lettre qui donne à lire le mal historique.

Les jeux d’influences entre écrivains et peintres, très nombreux au xixe siècle, sont à propos de ce roman particulièrement sensibles. Manet, ami de Zola, propose au Salon de 1877 une Nana demi-mondaine, qui serait inspirée par l’Assommoir. Le peintre représenterait la petite fille du roman, devenue grande. Lorsque Zola propose à son tour la vision de Nana, adulte, en 1879, il fait écho au tableau de Manet, exposé boulevard des Capucines après son refus au Salon. La scène de réception du prince d’Écosse dans la loge de l’actrice pourrait ainsi être une reprise de ce que le tableau aurait d’avance illustré. De plus, le peintre Gervex avait présenté à Zola Mme Valtesse de la Bigne, l’une des courtisanes du Tout-Paris impérial : le lit que celle-ci possédait inspirera le décor de la chambre de Nana.

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